Drive-In Jesus : quand l’église se déplace dehors

Par Félix Rousseau-Giguère

« Est-ce qu’il y a quelque chose de moins spirituel que d’aller à l’Église enfermé dans la plus aliénante des inventions américaines, la voiture ? », se demande la réalisatrice Lauren DeFilippo dans un texte du New York Times. Telle est la question qui l’a menée à réaliser son court-métrage documentaire Drive-In Jesus, disponible sur YouTube.

C’est en roulant sur l’autoroute depuis la maison de ses parents en Floride, que Lauren DeFelippo est tombée sur la Daytona Beach Drive-In Christian Church, une église façon ciné-parc où les gens viennent stationner leurs autos sur un grand terrain pour écouter la messe à même leur habitacle de voiture.

Des motivations insoupçonnées

« Il fallait que j’aille à un service », s’est dit la cinéaste en voyant l’église de type service au volant. Après plusieurs moments passés avec ces croyants en voiture, son jugement face à cet endroit s’est mis à changer. « J’ai réalisé que plusieurs de ces gens avaient des motivations réelles pour venir dans une église comme celle-ci. Certains étaient affaiblis par la maladie et trouvaient que l’accès facile au service était un atout », enchaîne-t-elle dans son texte.

Une plongée dans la réalité des drive-in

Drive-In Jesus brosse le portrait d’une messe à l’église de Daytona Beach. Tout au long des 9 minutes 23 secondes que durent le documentaire, on assiste aux différents moments qui ponctuent le service particulier que reçoivent les fidèles présents.

Le film démarre avec l’arrivée des chrétiens à l’église. Tour à tour, les voitures entrent sur le site et un employé de l’église remet à chaque personne par véhicule un morceau d’hostie et un petit contenant de vin de messe.

Quelque temps après, la messe débute. Le prêtre parle à ses fidèles, leur lit un psaume ainsi que son homélie. Son discours est diffusé à travers une chaîne de radio que chaque voiture dans l’audience syntonise. Plusieurs plans de différents fidèles à l’écoute du prêtre sont montrés : une femme en décapotable accompagnée d’un gros chien noir, un couple âgé dans une minifourgonnette, un homme portant un chapeau de cow-boy.

À la fin du service, qui équivaut à la fin du film, un homme se déplace entre les voitures sur une voiturette de golf pour ramasser les dons en argent des gens. Dans un moment bien précis du court-métrage, l’homme, muni de son petit sac en velours vert, s’approche de la fenêtre d’un fidèle qui est dans son auto, accompagné de son chat sur le siège du passager.

Un peu d’histoire

Les églises au volant (drive-in churches), comme celle de Daytona Beach, ne datent pas d’hier. Le magazine Time raconte que la pratique a été popularisée par le Révérend Robert Schuller dans la ville de Garden Grove en Californie dans les années 1950.

Elle ne s’est pas répandue massivement à cause du coût élevé de terres immobilières que ça nécessite, note le magazine The Banner.

Les Américains ne sont peut-être pas nombreux à pratiquer la religion dans leurs voitures, mais ils sont beaucoup à en faire la pratique en général. Selon Voyageurs du Monde, « les États-Unis comptent 56% de protestants, 28% de catholiques, 2% de juifs et 1,5% de musulmans ».  

À cette époque où la religion est encore si présente chez nos voisins du sud, Drive-In Jesus est un film incontournable.