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Le Journal de Montréal : Jalons historiques d’un géant de la presse

27 mars 2025 - Par - Catégorie : International

Entre son rôle clé au sein de l’empire médiatique Québecor, ses changements éditoriaux, ses adaptations technologiques et son conflit de travail de deux ans – le plus long de l’histoire de la presse écrite au Canada – le Journal de Montréal a certainement marqué le paysage médiatique québécois. Depuis sa fondation en 1964 jusqu’à aujourd’hui, il s’est imposé comme pilier incontournable du journalisme populaire au Québec.


Par Perlina Rossi-Brown, Laetitia Marey, Benjamin Brassard et Antoine Lafontaine-Mesa

Son évolution, de sa création à aujourd’hui, reflète les changements sociaux, technologiques et culturels de notre Belle Province. Grâce à une stratégie que certains qualifieraient d’audacieuse et des innovations qui ont marqué les médias québécois, le quotidien a su s’adapter aux défis des différentes époques et fidéliser une large base de lecteurs.

La fondation et son contexte

Profitant du conflit de travail qui touchait La Presse au début des années soixante, Pierre Péladeau fonde le JDM, qui va rapidement s’établir sur le marché des journaux québécois (surtout montréalais) en s’inspirant de tabloïds anglais et en mettant l’accent sur les sujets populaires, les faits divers et les sports, ce qui touche un lectorat plus large et plus varié.

Crédit photo: 50 ans d’histoire : le Journal de Montréal, 1964-2014, 46 pages.

Dès son lancement, le JDM connaît, grâce au vide médiatique temporaire laissé par La Presse, un tirage plus que satisfaisant. Cependant, avec la résolution du conflit de son concurrent en 1965, le quotidien a dû redoubler d’efforts pour conserver sa base de lecteur. Dans ce contexte, Péladeau a alors misé sur une optimisation des processus d’impression et une diversification de ses contenus pour renforcer l’attractivité du quotidien.

Avancées technologiques et diversification éditoriale

L’une des premières décisions stratégiques prises par le JDM est l’adoption du procédé d’impression « offset », une technologie qui se voulait innovante à l’époque, surtout en Amérique du Nord (https://www.quebecor.com/fr/la-societe/notre-histoire). Ce choix a permis non seulement une meilleure qualité d’impression, mais aussi une réduction des coûts de production et une diffusion plus rapide. Grâce à cette avancée significative, le quotidien a grandement renforcé son attractivité en plus de sa position concurrentielle.

À la même époque, le contenu éditorial du journal a subi une vague de changement. Le quotidien élargit sa ligne éditoriale en abordant des sujets de société, tout en intégrant des chroniques humoristiques, politiques et sportives. Les journalistes, durant cette période, possédaient une grande liberté éditoriale et pouvaient critiquer la droite comme la gauche sans problème.

C’est aussi à la même époque Entre son rôle clé au sein de l’empire médiatique Québecor, ses changements éditoriaux, ses adaptations technologiques et son conflit de travail de deux ans – le plus long de l’histoire de la presse écrite au Canada – le Journal de Montréal a certainement marqué le paysage médiatique québécois. Depuis sa fondation en 1964 jusqu’à aujourd’hui, il s’est imposé comme pilier incontournable du journalisme populaire au Québec. 

Son évolution, de saque le quotidien adopte la fameuse règle des quatre « s » (sang, sport, sexe et spectacle). Le JDM, qui détenait déjà un budget conséquent à l’époque, compensait cette règle quelque peu sensationnaliste par une couverture médiatique rigoureuse et sérieuse.

La création d’une édition du dimanche a également marqué une étape importante dans le développement du journal, témoignant de l’ambition du JDM d’occuper une place centrale dans l’univers médiatique québécois. En parallèle, Péladeau lance le Journal de Québec en 1967, consolidant l’expansion de l’empire Québecor.

Pendant cette période, la culture populaire a occupé une place de plus en plus importante dans les pages du journal. On y retrouvait des reportages sur divers sujets qui suscitent des émotions, comme la musique, la télévision et le cinéma, ce qui plaît à un public jeune et dynamique. La diversification des sujets et de reportages a grandement contribué à solidifier sa base de lecteurs.

Affirmation et montée en puissance 

Entre 1972 et 1985, le JDM a renforcé son influence en recrutant des journalistes et chroniqueurs de renom, comme Bertrand Raymond ou encore Norman Girard, ce qui lui a permis d’élargir encore plus sa base de fidèle lecteur et d’accroître son influence sur l’opinion publique québécoise. 

C’est à cette époque que l’audace éditoriale est devenue la marque de commerce du JDM qui n’hésitait jamais à aborder des sujets qui faisaient « jaser ». 

Cette période fut également marquée par la montée en puissance du groupe Québecor, la société fondée par Pierre Péladeau, qui a investi massivement dans l’édition et les communications. (https://www.quebecor.com/fr/la-societe/notre-histoire) Cette expansion a conféré au quotidien une stabilité économique lui permettant de poursuivre son développement.

En parallèle, toujours entre 1972 et 1985, le quotidien a développé de nouvelles rubriques plus adaptées aux réalités contemporaines du Québec : affaires économiques, nouvelles internationales et enjeux politiques. L’accent était spécialement mis sur des formats plus interactifs, tels que les sondages et les lettres des lecteurs, leur offrant ainsi une tribune pour s’exprimer sur les enjeux de l’époque.

Changements et controverses 

À partir de 1985, le journal a entrepris une diversification importante de son contenu en intégrant des chroniques spécialisées et en collaborant avec des figures connues et appréciées du grand public. La figure qui incarne bien ce changement est Solange Harvey, qui a pris en charge la rubrique du « courrier du cœur » après le décès de la figure importante, Réjeanne Desrameaux. La chronique « Le courrier de Solange » a sans doute contribué à fidéliser un lectorat attaché aux conseils et témoignages personnels.

Cependant, la période en 1985 et 1990 a aussi été marquée par des critiques croissantes à l’encontre du quotidien. Certains observateurs dénoncent déjà à l’époque son penchant pour le sensationnalisme et son approche parfois jugée trop populiste. Malgré ces controverses, le journal a réussi à conserver une audience fidèle et a continué d’occuper une place importante dans le paysage médiatique québécois.

L’arrivée de Pierre Karl Péladeau aux rênes du JDM 

Lors de la fondation du Journal de Montréal, les conditions de travail au Journal de Montréal étaient assez difficiles. Or, à l’époque, Pierre Péladeau avait conclu un accord avec les employés du média, explique Richard Bousquet, journaliste au Journal de Montréal de 2001 à 2009 : si le JDM devenait le quotidien le plus lu au Québec, les employés bénéficieraient alors des meilleures conditions de travail et des meilleurs salaires dans le paysage médiatique québécois. Et, c’est effectivement ce qui est arrivé sous la direction de M. Péladeau.

« Cela n’a jamais plu à son fils, parce que lui, dans le fond, il a travaillé aussi au Journal de Montréal, mais dans des conditions moins bonnes. Le père était un peu plus dur avec ses enfants qu’avec ses employés », affirme M. Bousquet. 

Après la mort de son père en 1997, Pierre Karl Péladeau prend la direction de Québecor en 1999. Dès lors, le journal a pris des positions politiques plus marquées à droite et a adopté une ligne antisyndicale, rapporte Martin Leclerc, ancien journaliste du JDM et président du syndicat du média. 

De plus, les décisions éditoriales ont commencé à être influencées par les objectifs commerciaux de la société, ce qui a entraîné des cas de censure et d’autocensure. M. Leclerc cite l’exemple marquant du congédiement de Bernard Brisset, rédacteur en chef à l’époque, qui avait refusé de donner une couverture excessive à Star Académie au début des années 2000.

L’acquisition de Vidéotron et TVA par Québecor 

Après les acquisitions de Sun Media en 1998, puis de Vidéotron en 2000, le fils du fondateur a commencé à s’intéresser davantage aux médias, dont le Journal de Montréal. En achetant Vidéotron, Québecor a fait passer le réseau TVA dans son giron. Pierre Karl Péladeau a introduit ainsi le concept de la convergence «comme un moyen de financer la production de contenus qu’un petit marché comme celui du Québec ne pourrait se permettre autrement». Toutefois, pour approuver l’acquisition de TVA, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a imposé plusieurs conditions à Québecor. ​

D’après Richard Bousquet, la première condition réclamait que Québecor conserve son adhésion à la Presse canadienne. Or, l’entreprise quittera cette agence en 2009, lors de la création de l’agence QMI (Québecor Media inc). 

La deuxième condition était que Québecor devait garantir l’étanchéité entre les salles de rédaction de TVA et du Journal de Montréal, préservant ainsi l’indépendance éditoriale de chaque entité.​ Cependant, cette clause sera brisée lors de la création de l’agence QMI, qui permettra aux différents médias d’information de Québecor de partager leurs contenus et de les diffuser.

Enfin, la troisième demande posée par le CRTC était l’engagement des médias de Québecor au Conseil de presse du Québec (CPQ). « Jusque-là, le Journal de Montréal n’avait jamais adhéré au conseil de presse, parce que le financement du conseil de presse se fait selon les tirages des journaux, mais comme le Journal de Montréal avait le plus grand tirage, le père Péladeau disait à l’époque que ce n’était pas des conditions équitables », explique M. Bousquet. 

Quelques années plus tard, en juin 2010, les médias de Québecor, y compris le Journal de Montréal, finiront par quitter le Conseil de presse du Québec (CPQ). S’en suivra un conflit de plus de 10 ans entre l’entreprise et le CPQ. Québecor demandait que les plaintes concernant ses médias, reçues par le CPQ, ne soient plus prises en compte et réclamait plus de 400 000 $ en dommages pour atteinte à sa réputation. Cependant, en février 2023, la Cour supérieure a rejeté la requête de la société, concluant que le CPQ avait le droit de traiter ces plaintes malgré le retrait de Québecor de l’organisme. (https://www.lapresse.ca/affaires/medias/2023-02-17/cour-superieure-du-quebec/le-journal-de-montreal-et-tva-perdent-face-au-conseil-de-presse.php).  ​

Les années 2000: L’essor des investigations 

Le Journal de Montréal est reconnu pour les reportages exclusifs et les infiltrations de son équipe d’enquête, qui ont connu un essor durant les années 2000. La plus célèbre enquête du média demeure celle faite en 2003 dans la secte de Raël : la journaliste Brigitte McCann et la photographe Chantal Poirier du Journal de Montréal se sont infiltrées dans les réunions de la secte de Claude Vorilhon, durant 9 mois. Cette investigation vaudra au Journal de Montréal son tout premier prix Judith-Jasmin.

Selon le Journal de Montréal, ce reportage a révélé plusieurs informations qui ont éloigné du Québec les adeptes raëliens et mis en évidence les abus sexuels dont étaient victimes certaines femmes au sein de la secte. L’enquête a également mis en lumière l’imposture de Clonaid, une organisation de la secte qui affirmait à tort avoir orchestré la naissance du premier bébé cloné de l’humanité.

Mme McCann est restée une figure emblématique du journalisme d’investigation au sein du groupe Québecor jusqu’à sa retraite du Journal de Montréal en 2008. Elle a notamment mené une enquête intitulée Vos enfants sont traqués sur Internet en 2007, en collaboration avec deux collègues du Journal de Montréal. Ce reportage, qui révèle des aspects troublants de la cyberpédophilie et l’importance de la vigilance parentale concernant l’utilisation d’Internet par les enfants, lui vaudra un deuxième prix Judith-Jasmin pour l’enquête de l’année au Québec (le troisième de l’histoire du Journal de Montréal). 

Un autre pionnier du journalisme d’enquête qui a évolué au sein du Journal de Montréal est Michel Auger. Il était reconnu pour sa couverture des conflits entre les bandes de motards au Québec, comme les Hells Angels. ​Le 13 septembre 2000, M. Auger a été victime d’une tentative d’assassinat en pleine rue de Montréal. Un assaillant lui a tiré six balles dans le dos. Malgré ses blessures, Michel Auger a survécu et s’est rétabli. Bien que les soupçons se soient portés sur des membres des groupes criminels qu’il suivait, aucun assaillant n’a été officiellement identifié ou arrêté. 

Dès lors, M. Auger est devenu un symbole de la liberté de la presse et de la résilience face aux menaces contre les journalistes. « L’ensemble des journalistes de tous les médias ont manifesté dans les rues de Montréal suite à cet événement», se souvient Richard Bousquet. 

Suite à cela, des pressions publiques et médiatiques sur le gouvernement ont entraîné l’instauration de lois antigang plus sévères. Ces mesures plus strictes contre le crime organisé ont même mené à l’arrestation de Maurice «Mom» Boucher, chef des Hells Angels, ainsi qu’à l’affaiblissement de son organisation.

Bref, le Journal de Montréal a sensibilisé le public québécois à des enjeux de taille à travers bon nombre de reportages et d’infiltrations chocs à travers le temps. Il continue de le faire de nos jours, comme en témoigne sa nouvelle enquête menée au cœur du plus grand cartel mexicain, publiée en février 2025.

Le Journal de Montréal avant la crise 

Au milieu des années 2000, le Journal de Montréal était l’un des quotidiens les plus lus au Québec, avec une présence marquante dans la presse populaire. Cependant, des tensions internes commençaient à apparaître en raison des restructurations menées par Québecor, qui possédait le journal depuis 1987.

L’achat de Vidéotron et du Groupe TVA par Québecor en 2001 accentuera, dans un futur proche, la convergence des médias. En effet, selon Richard Bousquet, ce phénomène est réellement apparu vers 2004, alors qu’il travaillait aux pages Arts et Spectacles du Journal de Montréal, souvent en tant que chef de pupitre. « On avait la section de musique, la section de théâtre, la section de cinéma, etc., les plus importantes de tous les médias au Québec », s’exclame-t-il. 

Le Journal de Montréal était de plus en plus utilisé comme un outil de promotion pour les productions de TVA avec des émissions comme Star Académie ou Occupation Double, ce qui a suscité des critiques tant chez les journalistes que dans le public. D’après M. Bousquet, la convergence n’empêchait pas les journalistes d’avoir une grande marge de manœuvre et beaucoup d’espace pour traiter de culture. Cela dit, l’équipe de rédaction du Journal de Montréal estimait que « la priorité était quand même mise sur ces émissions de télévision en termes des premières pages et en termes du nombre de pages. »

Plusieurs employés ont donc dénoncé une perte de rigueur journalistique au profit du marketing interne de Québecor. Certains journalistes ont exprimé leur frustration face à cette situation, affirmant que la couverture médiatique des émissions de télé-réalité prenait une place disproportionnée par rapport aux sujets d’actualité plus sérieux. Cette orientation a également divisé le lectorat : certains y voyaient une modernisation du journal, tandis que d’autres regrettaient un contenu moins axé sur l’information indépendante, avec une couverture surdimensionnée des émissions de TVA.

Par ailleurs, le journal poursuivait son modèle éditorial basé sur les « 4 S » : sport, sexe, sang et spectacle. Cette approche sensationnaliste lui assurait un large lectorat, mais renforçait également son image de média populiste. Malgré cela, il conservait une certaine diversité de contenu, incluant des chroniques politiques et économiques respectées. De plus, la direction imposait des mesures pour réduire les coûts, augmentant la précarité de l’emploi dans la salle de rédaction. Le recours à des pigistes s’est intensifié, et plusieurs journalistes d’expérience ont vu leurs rôles diminuer au profit d’un contenu plus rapide et moins coûteux à produire. Cette situation a créé un climat de tension entre les journalistes et la direction, préfigurant le conflit majeur qui allait éclater en 2009.

Témoignage de Martin Leclerc : une transformation inquiétante

L’ex-journaliste Martin Leclerc offre un regard critique sur cette période. Il décrit un média qui, autrefois un lieu de débat et d’expression libre, est progressivement devenu un instrument de convergence médiatique sous la gouverne d’une nouvelle ligne éditoriale : « Il y avait un réel esprit de camaraderie et de solidarité au Journal de Montréal, mais ce sentiment est parti avec le changement de ligne éditoriale. Les pressions pour couvrir uniquement certains sujets se sont intensifiées et nous n’avions plus du tout la même liberté qu’à l’époque », explique-t-il.

Le lock-out de 2009-2011 

Le 24 janvier 2009, Québecor déclenche un lock-out mettant à pied 253 employés du Journal de Montréal. L’entreprise cherchait à imposer une nouvelle convention collective favorisant davantage de pigistes et de contenu externe au détriment des journalistes permanents.

Face à cette situation, les journalistes en lock-out décident de lancer leur propre média en ligne : Rue Frontenac. Rapidement, le site connaît un succès notable, atteignant des milliers de lecteurs quotidiens et proposant un journalisme d’enquête de qualité : « Nous avons prouvé que les lecteurs québécois avaient soif d’un journalisme indépendant et rigoureux », explique Richard Bousquet, ancien journaliste au Journal de Montréal et coordinateur de Rue Frontenac. Ce nouveau média a également attiré l’attention des journaux à l’international, démontrant la capacité des journalistes en lock-out à maintenir une couverture pertinente malgré l’absence de soutien institutionnel. Ce site devient rapidement une référence en journalisme d’enquête et de reportages approfondis. Selon Richard Bousquet, les journalistes ont retrouvé une liberté éditoriale qu’ils n’avaient plus au sein du Journal de Montréal : « Pour la première fois en des années, nous pouvions décider nous-mêmes des sujets à traiter sans aucune pression extérieure. Cela a été un vent de fraîcheur », affirme-t-il.

En parallèle, Québecor a commencé à réorganiser la production du journal en utilisant des agences de presse et en centralisant la production des contenus via l’agence QMI. Cette restructuration a permis au Journal de Montréal de continuer à être publié malgré l’absence de sa salle de rédaction, mais avec un contenu largement remanié et une réduction notable de la couverture locale et d’enquête.

Le lock-out a duré plus de deux ans, se terminant le 26 février 2011 après des négociations tendues entre Québecor et le syndicat des employés.  Il s’agit du plus long conflit de travail dans l’histoire de la presse écrite au Canada. (https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1148841/site-rue-frontenac-journal-montreal-lock-out-quebecor-archive) L’accord final a entériné la mise en place d’un modèle de production de contenu plus centralisé, intégrant pleinement l’agence QMI. Seuls 40 postes de journalistes ont été conservés sur les 150 existants avant le conflit, et plusieurs journalistes en lock-out ont refusé de réintégrer le journal, dénonçant une perte d’indépendance éditoriale. De plus, l’entente a entraîné, éventuellement, la « fermeture » du site Rue Frontenac, puisque le site a perdu la majorité de son personnel en avril 2011, peu après le règlement du conflit : « En mai, le journal en ligne s’était placé sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, espérant en arriver à une entente avec un nouvel employeur ». (https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/quebec/evenements/23968) En juillet 2011, les 45 employés restants quittent Rue Frontenac et retirent leurs textes et articles du site après une mésentente avec le nouvel employeur, Marcel Boisvert.

Témoignage de Richard Bousquet : les coulisses du lock-out et ses conséquences

Richard Bousquet, ancien chef de pupitre, explique que le lock-out a été un tournant crucial orchestré par Québecor pour casser la structure syndicale du journal : « Québecor ne voulait plus d’un journal indépendant. Ils voulaient une machine bien huilée, qui produisait du contenu rapidement et efficacement, sans avoir à négocier avec des journalistes trop exigeants », affirme-t-il.

Selon lui, cette stratégie a permis à Québecor d’intégrer pleinement l’agence QMI et de modifier la manière dont l’information était produite, en mettant l’accent sur le volume et la rapidité plutôt que sur la profondeur et la rigueur : « L’objectif n’était plus d’informer le public, mais de générer du contenu au moindre coût », ajoute-t-il.

Post lock-out 

Dans les années suivant le lock-out, le Journal de Montréal s’est restructuré en mettant l’accent sur le numérique et la convergence avec TVA et l’agence QMI. Le journal a également renforcé sa présence en ligne en adoptant un modèle d’abonnement pour certains contenus, suivant l’exemple de La Presse+ et d’autres médias numériques. Toutefois, le Journal de Montréal a maintenu une forte présence dans sa version papier, s’appuyant sur un lectorat fidèle.

Dans le cadre de cette transition, l’agence QMI a joué un rôle clé en fournissant du contenu centralisé pour plusieurs plateformes du groupe Québecor. Cette intégration a permis une production d’articles plus rapide, mais a aussi suscité des critiques sur l’uniformisation des nouvelles et la perte de diversité dans la couverture médiatique. Certains journalistes ont dénoncé une diminution des ressources consacrées aux reportages d’enquête, remplacés par du contenu plus léger et du journalisme d’opinion.

En parallèle, le Journal de Montréal a lancé plusieurs initiatives numériques pour s’adapter aux nouvelles habitudes des lecteurs. En 2014, une version numérique optimisée a été développée, accompagnée d’une application mobile pour permettre un accès facilité aux articles en ligne. Le journal a également investi dans des formats multimédias, tels que les vidéos et les infographies, dans le but d’élargir son audience.

Par ailleurs, la section opinion du journal a pris plus d’importance, donnant une place accrue aux chroniqueurs et aux éditorialistes aux tendances plus marquées. Ce virage a contribué à l’image de plus en plus polarisée du journal, qui a été critiqué pour ses positions conservatrices sur certaines questions sociales et politiques. Certains lecteurs y voyaient une évolution nécessaire pour conserver un lectorat engagé, tandis que d’autres regrettaient une dérive vers un journalisme plus partisan.

Répercussions du lock-out sur le contenu éditorial

L’un des impacts majeurs du lock-out a été la restructuration de la ligne éditoriale du journal. L’ancien modèle, qui comprenait une plus grande diversité de voix et d’opinions, a progressivement laissé place à un contenu plus uniformisé et aligné sur les priorités de Québecor. Plusieurs s’accordent à dire que cette nouvelle approche a réduit l’indépendance des journalistes et la qualité du journalisme d’enquête.

Cette période a aussi vu une réduction significative du nombre de journalistes d’expérience au sein de la rédaction. Plusieurs ont quitté le Journal de Montréal pour rejoindre d’autres médias ou se reconvertir dans des secteurs connexes, laissant place à une nouvelle génération de journalistes opérant dans un contexte de précarité plus accrue et sous une pression constante pour produire du contenu à un rythme accéléré.

Le Journal de Montréal aujourd’hui 

Depuis 2017, le journal a consolidé sa présence en ligne tout en continuant à susciter des débats sur son orientation éditoriale. Par exemple, sa couverture de la pandémie de COVID-19 a été critiquée pour son ton parfois alarmiste, tandis que certains observateurs ont salué son engagement à dénoncer les lacunes du système de santé québécois. De plus, sa ligne éditoriale sur des enjeux comme l’immigration et la gestion gouvernementale a provoqué des réactions contrastées, certains dénonçant une approche populiste, tandis que d’autres y voyaient une voix nécessaire contre le consensus médiatique dominant. Plusieurs critiques pointent son virage conservateur et sensationnaliste, notamment dans sa couverture des questions politiques et sociales. En 2021, le Journal de Montréal et le Journal de Québec ont publié une première page qui a créé une vague de critiques de toute part après avoir illustré l’arrivée du variant indien au Canada avec une photo du premier ministre Justin Trudeau en tenue traditionnelle indienne. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont réagi avec consternation : certains croyant à une blague, tandis que d’autres ont dénoncé des amalgames contribuant à des idées reçues et le racisme envers certaines communautés ethniques. « Même s’il y a 200 plaintes, Québecor reste toujours indifférent aux décisions du Conseil de presse », avait lancé Marc-François Bernier, professeur titulaire au Département de communication de l’Université d’Ottawa et journaliste pendant près de 20 ans.

L’essor du numérique a poussé le Journal de Montréal à intégrer de nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle et les algorithmes de recommandation de contenu. Le journal a également mis en place des stratégies de marketing agressives pour capter un lectorat plus jeune sur les réseaux sociaux. Le recours à l’intelligence artificielle et à des pigistes internationaux pour produire du contenu économique a également suscité des interrogations sur la qualité de l’information diffusée. Certains analystes estiment que cette évolution a affaibli la rigueur journalistique du quotidien, au profit d’une logique de rentabilité immédiate.

Conclusion

Le Journal de Montréal a connu des mutations profondes depuis sa création en 1967, passant d’un journal populaire, mais diversifié à un outil central de l’empire Québecor. Le changement éditorial en 1997 ou même le lock-out de 2009-2011 ont marqué une rupture définitive, et, aujourd’hui, son avenir repose sur sa capacité à s’adapter aux réalités du numérique tout en conservant sa place dans l’espace médiatique québécois.

Dans un contexte où les habitudes de consommation de l’information évoluent rapidement, le journal devra relever plusieurs défis majeurs. L’essor des plateformes numériques et des médias sociaux oblige le Journal de Montréal à innover pour capter un lectorat plus jeune, tout en maintenant son audience traditionnelle attachée à l’édition papier. La diversification des formats, notamment la vidéo courte et les balados, pourrait jouer un rôle clé dans cette adaptation.

Par ailleurs, la crédibilité du journal est régulièrement mise à l’épreuve, notamment en raison de son orientation éditoriale perçue par certains comme trop partisane. Il lui faudra trouver un équilibre entre engagement éditorial et rigueur journalistique pour conserver la confiance du public. De plus, la montée de l’intelligence artificielle dans la production de contenu soulève des questions sur l’avenir du métier de journaliste et la qualité de l’information diffusée.

Enfin, le défi financier demeure crucial : avec la baisse des revenus publicitaires traditionnels, le journal devra explorer de nouveaux modèles économiques, comme les abonnements numériques et les partenariats stratégiques. Son avenir dépendra de sa capacité à concilier rentabilité et indépendance journalistique dans un paysage médiatique en pleine transformation.

Crédit photo: 50 ans d’histoire : le Journal de Montréal, 1964-2014, 46 pages.

Propagande et manipulation – Trois moments clés de l’histoire québécoise

27 mars 2025 - Par - Catégorie : International

Anne Cossette, Emmanuelle Hodoul et Julianne Mondoloni


Les démocraties reposent sur un débat d’idées, et l’être humain a toujours cherché à convaincre, orienter la pensée collective et mobiliser les masses. Des prêches religieux aux affiches de guerre, des discours politiques aux campagnes publicitaires modernes, une forme subtile, mais puissante de communication a traversé l’histoire : la propagande.

Bien que ce concept se prête à de multiples analyses, cette recherche propose d’explorer ce phénomène à travers trois moments charnières de la société québécoise : la Seconde Guerre mondiale, la crise d’Octobre et le référendum de 1995. Au-delà de ces études de cas historiques, l’analyse se penchera sur la propagande à l’ère numérique, où les technologies de communication transforment radicalement les stratégies de manipulation.

Avant de poursuivre, il convient de définir la propagande, afin de s’assurer d’une compréhension commune du terme. Convaincre, persuader, manipuler : autant de verbes qui traduisent l’art d’influencer autrui. Mais où se situe réellement la propagande dans cet éventail ? À l’origine, elle n’était qu’un écho porté au loin. Le terme, issu du latin propagare, signifiait simplement « propager ». D’abord réservée à l’Église, missionnée pour répandre la foi, la propagande s’est peu à peu transformée en un instrument politique, un levier pour rallier les foules à une cause, une idéologie ou un pouvoir. Jusqu’au XIXe siècle, la propagande n’était pas perçue comme une menace, mais comme une noble entreprise, un moyen de persuasion où prêches et discours façonnaient les esprits. Ce n’est qu’avec l’avènement des régimes totalitaires du XXe siècle qu’elle a pris une connotation suspecte, devenant synonyme de manipulation, d’embrigadement, et de distorsion de la réalité.

Pour certains, la propagande, la persuasion et la rhétorique se superposent, indissociables. Elles sont des formes de communication où le langage, les images et les symboles s’entrelacent pour guider la pensée. Cependant, la nuance est de taille : la persuasion, dans son essence, n’est ni bonne ni mauvaise. Elle informe, argumente, éclaire. La propagande, elle, évolue dans un clair-obscur où la vérité se fait parfois oublier sous le poids du message.

Ainsi, la notion de propagande a évolué au fil de l’histoire et fait l’objet de nombreux débats. Étant donné sa complexité, ce travail s’appuiera sur la définition du dictionnaire Le Robert, qui la décrit comme suit : « Action exercée sur l’opinion pour l’amener à avoir et à appuyer certaines idées (surtout politiques). » Dans cette perspective, la propagande se caractérise souvent par la simplification et la répétition des messages, l’usage d’émotions fortes, le recours à des symboles et à des images marquantes, ainsi que par un appel à la conformité sociale ou à l’adhésion à une autorité.

La Seconde Guerre mondiale

Les bases de la propagande de guerre 

Afin de bien comprendre le développement de la propagande dans les médias lors de la Seconde Guerre mondiale, une compréhension de la situation en 14-18 s’impose. En effet, lorsque le Canada entre en guerre en 1914 aux côtés du Royaume-Uni, un système de propagande de guerre et de censure se met directement en place. La Loi sur les mesures de guerre est adoptée dès le 22 août, ce qui donne le plein pouvoir au gouvernement en ce qui a trait à la censure, au contrôle et à la suppression de l’information. Toutes les informations portant sur les Forces armées britanniques et alliées sont contrôlées et les médias ont l’interdiction de publier de l’information pouvant être utile aux ennemis. 

Au début, ces mesures sont consultatives et reposent sur la collaboration de la presse, cependant, la nécessité d’un système plus sévère se fait rapidement sentir et le Bureau de censure de la presse légifère sur une entente qui définit plus clairement les sujets censurables. Les journalistes font également leur part et « cette fonction de censeur se double dès le déclenchement des hostilités de celle de propagandiste. » (Coutard, 2000) Ils deviennent donc de véritables propagandistes et, « bombardant intensivement leurs lecteurs de messages patriotiques, ils ont largement contribué à la création de la culture de guerre. » (Coutard, 2000)

  Le Canada véhicule également sa propagande par les affiches de guerre, la radio et la publicité commerciale. Les affiches permettent de stimuler le recrutement militaire, de mobiliser les citoyens et de susciter des réactions émotionnelles face au conflit. Au début de la guerre, elles sont créées avec un souci de susciter un sentiment d’appartenance et sont donc personnalisées selon l’origine – il y en a pour les Canadiens français, les Canadiens anglais, les Irlandais respectivement – mais elles s’uniformisent avec le temps, faisant appel à un sentiment d’unité nationale. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, le soldat devient, grâce au travail de propagande des autorités, un héros défendant une guerre juste, une image qui restera bien présente pendant la Seconde Guerre mondiale

La Seconde Guerre mondiale 

Lorsque la Seconde Guerre mondiale se déclenche en 1939, il est donc naturel pour les autorités de commencer à contrôler l’information et d’organiser rapidement la diffusion de celle-ci. Il fallait tout d’abord expliquer à la population pourquoi le Canada s’était engagé dans la guerre, et, en second lieu, rallier l’opinion publique à l’effort de guerre canadien, explique Aimé-Jules Bizimana, professeur de sciences sociales à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et chercheur au Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l’information et la société (CRICIS). Des institutions gouvernementales sont donc mises en place pour propager un message positif face au conflit, un message qui pousserait le peuple à participer à l’effort de guerre, convaincu de la légitimité de l’implication canadienne.

Il y avait deux types de censure en place, la censure volontaire et la censure obligatoire, développe M. Bizimana. D’un côté, le Bureau de la censure donnait des directives aux médias sur ce qui pouvait être dit ou pas dans leurs publications, c’est la censure volontaire. D’un autre côté, il y a la censure obligatoire, qui, elle, touche les correspondants de guerre. Tous les journalistes envoyés en Europe pour couvrir la guerre devaient se faire accréditer par le ministère de la Défense et, une fois leur article écrit, celui-ci devait être approuvé par l’armée avant d’être publié. Ce système fait en sorte que le gouvernement avait un droit de regard sur toute l’information qui arrivait aux oreilles des Canadiens, ce qui se rapproche évidemment de la mission du Bureau de la propagande, selon M. Bizimana. De nombreux correspondants canadiens-français sont envoyés, dès 1942, à Londres et sur le front, dont le jeune René Lévesque, qui couvre le débarquement de Normandie, et la libération de Paris pour la Société Radio-Canada. 

La propagande de l’ONF

La propagande du gouvernement passe notamment par le cinéma, principalement par les films produits par l’Office national du film (ONF). Son premier directeur s’appelle John Grierson et, au moment de sa création en 1939, il est également directeur général de la Commission d’information en temps de guerre. Il est donc haut placé dans le gouvernement et revendique ouvertement faire la promotion du Canada au pays et à l’étranger par le biais du cinéma. L’objectif principal est de servir l’intérêt du pays : « Comme dans tout travail de propagande, il s’agissait de présenter une image du soldat-héros auquel la population était susceptible de s’identifier afin de stimuler son soutien à l’effort de guerre, que ce soit en s’enrôlant ou encore en soutenant les troupes. » (Lacoursière, 2012) Une des techniques principales de propagande utilisée dans les films de l’ONF est l’utilisation d’extraits volés de films de propagande nazie, qui, une fois montés et agrémentés d’une narration, permettaient de servir les intérêts des Alliés et de faire passer le message choisi. On peut notamment penser à Front d’acier de John McDougall, le premier film du genre à sortir en 1940

Le Québec n’a reçu aucun traitement différentiel de la part de l’ONF. Pendant les deux premières années de la guerre, aucun film ne porte spécifiquement sur les soldats canadiens-français et les films sont presque tous produits en anglais. Ce n’est qu’après le plébiscite de 1942 sur la conscription au Québec que Grierson embauche un réalisateur francophone, Vincent Paquette. Le gouvernement fédéral s’inquiète du rejet en masse de la conscription au Québec et force la main à la Société Radio-Canada pour qu’elle encourage son auditoire à soutenir l’effort de guerre et à préserver l’unité nationale. Il en va de même pour l’ONF et la présence à l’écran accrue des Canadiens français atteste d’une volonté de les mobiliser pour la cause, explique Sylvain Lacoursière dans un article de Bulletin d’histoire politique.

Le raid de Dieppe est probablement l’événement le plus marquant de la propagande de la Seconde Guerre mondiale. En parlant de cet événement, M. Bizimana explique que « la propagande, évidemment, vise à convaincre les gens avec des images positives, […] et qu’il y a une certaine manipulation, parce qu’on ne va pas montrer le côté négatif de la guerre. » L’opération de Dieppe a été instrumentalisée par les autorités, malgré son bilan sinistre pour le Canada, qui y a perdu beaucoup de soldats. Dollard Ménard, le seul capitaine francophone qui y a survécu, a énormément été mis en avant afin de promouvoir l’idée du soldat héroïque, ce qui aide l’armée à recruter des jeunes hommes pour aller au front. C’est un exemple caractéristique de la sorte de propagande qui circule dans les médias durant la Seconde Guerre mondiale : une propagande qui, sans nécessairement mentir, ne met que l’emphase sur le côté positif et héroïque de la guerre afin de rallier l’opinion publique. 

La crise d’Octobre

La crise d’Octobre survient dans un climat d’insatisfaction au sein de la population québécoise. Le Front de libération du Québec (FLQ), un mouvement indépendantiste radical, décide en octobre 1970 d’enlever James Cross, diplomate britannique, ainsi que d’enlever et de tuer Pierre Laporte, ministre québécois du Travail. 

À la suite de ces événements, le gouvernement fédéral de Pierre-Elliott Trudeau perd totalement le contrôle de la situation et va directement essayer de contrôler l’information. Une sorte de gouvernement parallèle se met donc en branle, explique Guy Lachapelle, professeur de sciences politiques à l’Université Concordia et directeur du Centre d’études sur les valeurs, attitudes et sociétés (CEVAS). Selon M. Lachapelle, cette instance essaie alors de trouver une raison d’envoyer l’armée à Québec et tout semble tourner autour de la Loi sur les mesures de guerre. L’information reste donc incontrôlée jusqu’à son imposition, qui crée un véritable précédent dans l’histoire canadienne : c’est la première fois que cette loi est utilisée en temps de paix. 

Malgré des oppositions à Ottawa, le contrôle des médias par le gouvernement fédéral est légitimé à partir du moment où la Loi sur les mesures de guerre est mise en place. Les médias québécois se retrouvent donc assujettis aux volontés du gouvernement et relaient l’information qu’il veut bien laisser passer. Au Devoir, Claude Ryan proteste contre la loi, plaidant que d’autres solutions auraient dû être mises en place. « Le principe que Le Devoir défendait, c’est que c’était une crise québécoise, ce n’était pas une crise canadienne », ajoute M. Lachapelle. Pour Ryan et ses journalistes, le gouvernement du Québec aurait dû garder le contrôle de la crise, qui a été une véritable attaque visée envers le mouvement souverainiste, une « dérive du gouvernement fédéral par rapport à la démocratie québécoise », affirme M. Lachapelle. 

La manipulation de l’information

Les médias sont les témoins de la crise, mais aussi des acteurs principaux de celle-ci, puisqu’ils font le relais entre le gouvernement et le FLQ. L’idée que l’information dans les médias est manipulée est reprise par tous les acteurs de la crise : « Hommes politiques, journalistes, leaders d’opinion, chacun insistait pour démontrer que l’information qui circulait n’était pas le reflet de la réalité, mais plutôt la propagande de leurs adversaires. » (Dagenais, 1993

La crise s’est principalement jouée à la radio. Les communiqués étaient envoyés à CKAC, qui les publiaient rapidement. Étant donné le caractère instantané de la situation, la radio avait plus de flexibilité que les journaux écrits pour couvrir facilement le déroulement des événements. M. Lachapelle préfère être prudent avant d’utiliser le terme propagande : « Pour la crise d’Octobre, j’utiliserais plus [le] contrôle des médias. […] Aujourd’hui, on dirait [que c’était] de la désinformation du gouvernement fédéral par rapport à ce qu’il se passait. » Cependant, il ajoute que le gouvernement Trudeau s’est efforcé de dramatiser le caractère organisé de la crise, notamment en amplifiant le nombre de terroristes du FLQ, ce qui pourrait être perçu comme une tentative de propagande. Cependant, les tentatives de contrôle de l’opinion publique ne fonctionnent pas toujours. En effet, le gouvernement Trudeau accepte que Radio-Canada diffuse le manifeste du FLQ à la télévision le 8 octobre, pensant que le caractère radical du mouvement braquerait la population contre leurs revendications. Tout en condamnant les moyens utilisés, la population a, au contraire, compris que les actions du FLQ étaient motivées par la situation économique et la crise profonde que traversait le Québec. Il va donc sans dire que les journalistes ont subi beaucoup de pression de la part du gouvernement qui voulait exercer un contrôle serré sur l’information qui parvenait à la population. Ils ont vécu de la censure et certains d’entre eux se sont même fait arrêter par les forces de l’ordre en vertu de la Loi sur les mesures de guerre. Cependant, l’utilisation de la propagande à proprement parler reste discutable.

Lecture du manifeste du FLQ – Société Radio-Canada

Répression des journalistes

La Loi sur les mesures de guerre permet aussi aux forces de l’ordre une plus grande latitude. Les journalistes sont d’ailleurs poussés à une autocensure extrême et « le ministre de la Justice du Québec, Jérôme Choquette, menace alors directement les journalistes de poursuites judiciaires s’ils vont trop loin, sans jamais définir ce que veut dire aller trop loin. » (Dagenais, 1993) Dans ce climat tendu, les perquisitions chez les journalistes se multiplient, des arrestations sans preuve s’en suivent, certains sont même détenus, puisque la loi permet de suspendre la liberté d’expression et la liberté de presse.

La crise d’Octobre a mis en lumière le pouvoir des médias, qui reflètent les luttes que traverse la société québécoise en 1970. Les différents acteurs du conflit ont voulu exercer un certain contrôle sur les messages véhiculés par ceux-ci et les journalistes se sont évidemment exposés à beaucoup de critiques de la part des deux camps. Louis-Philippe Lacroix, à l’époque député des Îles-de-la-Madeleine pour le Parti libéral du Québec, accuse d’ailleurs les journalistes d’être responsables de la mort de Pierre Laporte, avant de les accuser de collaborer avec le FLQ. Il est donc évident que le pouvoir exercé par les médias dérange « car, dès qu’ils ne sont pas dociles à l’un ou l’autre pouvoir qui s’exerce, dès qu’ils n’empruntent pas un comportement souhaité par l’une des parties, ils deviennent par le fait même des ennemis. » (Dagenais, 1993)

La propagande lors du référendum de 1995

Le contexte sociohistorique de la société québécoise dans les années 1980 mène la population à se questionner sur le statut politique du Québec. À la suite de l’échec du premier référendum québécois de 1980, et du rapatriement de la constitution en 1982 sans l’accord du Québec, le mécontentement des Québécois est grandissant. Cependant, à l’arrivée du Parti progressiste-conservateur en 1984, les négociations constitutionnelles sont relancées. Les nombreux échecs de négociation ne font qu’augmenter l’insatisfaction des Québécois et la question entourant la souveraineté du Québec devient au centre de la place publique. En 1994, Jacques Parizeau, le chef du Parti Québécois, est élu comme premier ministre du Québec. C’est en 1995 que la nouvelle campagne référendaire débute. 

« Le camp du oui a eu une campagne publicitaire extraordinaire, ce qui a surpris tout le monde. » – Guy Lachapelle, professeur de sciences politiques à Concordia.  La campagne du Non a, quant à elle, fait une campagne de la peur, en soulignant les conséquences négatives que l’indépendance aurait pour le Québec. En effet, l’une des stratégies employées par le fédéral fut de miser sur les répercussions économiques négatives qu’entraînerait la séparation du Québec du Canada. Ils ont également rallié leurs électeurs en promettant aux Québécois que le gouvernement canadien reconnaîtrait le Québec comme une société distincte, reprenant ainsi les promesses émises lors du référendum de 1982, mais « la campagne du Non n’a pas été une campagne très convaincante », selon M. Lachapelle. Pour plusieurs, cette solution semblait être bien plus simple, un aspect sur lequel le gouvernement fédéral avait misé.  Les résultats des sondages démontrent toutefois une campagne électorale fructueuse de la part du Parti Québécois, qui continuait de gagner des partisans depuis leur entrée au pouvoir en 1994, alors que Jean Chrétien croyait qu’ils allaient « haut la main » au début de la campagne. « Quand monsieur Bouchard est arrivé, la campagne a changé complètement . . . il est devenu comme un sauveur et il a fait un travail exceptionnel », affirme le professeur de sciences politiques. Grâce au nouveau chef de file, les souverainistes prennent  de l’avance et à la veille du référendum, le gouvernement fédéral met tout en œuvre afin d’essayer de convaincre la population québécoise de rester au sein du Canada. 

Les dépenses illégales de la campagne du Non

Au Québec, les dépenses liées aux campagnes électorales sont régies par la Loi électorale afin d’assurer une certaine équité entre les partis. Le Parti québécois a respecté cette loi, puisqu’il s’agit d’une loi québécoise, alors que le gouvernement fédéral a décidé d’en faire abstraction. « Ils n’ont pas respecté la loi référendaire, ils ont dépensé à outrance », explique M. Lachapelle. La manifestation love-in est organisée à la hâte en une semaine. Air Canada et Canadian Airlines ont accordé des billets à rabais de 90%, relate Le Devoir. « Les autobus qui sont venus au grand rallie ont été payés par Radio-Canada anglais . . . Tout le monde faisait ce qu’il voulait à Ottawa sans respecter la loi », raconte Guy Lachapelle, qui travaillait à Vancouver avec les gens de Radio-Canada à l’époque. Le juge Grenier, nommé par le directeur général des élections du Québec en 2006, a enquêté sur le financement illégal de la campagne du Non. Option Canada, un groupe de lobbyistes qui a été établi quelques semaines avant le jour du vote du référendum, aurait dépensé environ 500 000$ seulement dans le mois précédant le référendum sans compter le love-in, selon le rapport émis par le juge Grenier. Cela représenterait seulement une partie des dépenses illégales effectuées par le camp du Non.  Encore à ce jour, des informations restent non dévoilées au grand public et la question du financement de cette campagne reste nébuleuse. 

Love-in à Montréal – Société Radio-Canada

Techniques de propagande

« La propagande n’est pas que la propagation de fausse information, elle se mesure également en quantité », a déclaré M. Lachapelle, professeur de sciences politiques à Concordia, en entrevue. Dans le cas du référendum de 1995, la volonté du gouvernement fédéral n’était pas de propager de fausses informations, mais bien de changer l’opinion publique à l’aide d’une quantité énorme de publicité afin de promouvoir leur idéologie. M. Lachapelle estime sans aucun doute « qu’il y a eu des débordements du côté de la campagne du Non. » La propagande ne s’est pas manifestée uniquement par un financement de campagne électorale excessif et illégal. « En 1995, quatre hommes ont entre leurs mains l’immense majorité de l’espace médiatique canadien. Des quatre, trois sont farouchement fédéralistes et deux d’entre eux entretiennent des liens très étroits avec le Parti libéral. » Bien évidemment, les lignes éditoriales en sont affectées et, même si Pierre Péladeau avait fait campagne en faveur de la souveraineté lors du premier référendum, son absence et son silence se feront sentir lors du deuxième référendum. La couverture journalistique a manqué d’équité, et le patriotisme canadien partagé par certains journalistes relève d’une propagande pure et dure.

Le rapport du juge Grenier n’a pu conclure qui avait financé le rassemblement de la dernière chance qui avait eu lieu à Montréal, le 27 octobre 1995. La commission a recueilli de nombreux témoignages et 4500 documents restent encore à l’heure actuelle sous une ordonnance de non-publication. Le Parti Québécois et la Coalition Avenir Québec ont déposé des motions pour rendre publics ces documents, qui, malgré l’appui des élus de l’Assemblée nationale, ne semblent pas exercer une pression assez grande pour Jean-François Blanchet, le directeur général des élections. Le Parti Québécois a proposé un projet de loi, porté par M. Bérubé, qui obligerait le directeur à se soumettre à leur requête. S’agissait-il d’une propagande structurée et organisée? Le gouvernement a orchestré, sans aucun doute,  une campagne de propagande, mais l’ampleur de l’événement ne pourra être révélée que lorsque la population aura accès à ces documents. 

Entre persuasion et distorsion – la propagande à l’ère du numérique

La propagande évoque pour beaucoup les affiches militaires aux couleurs vives et aux slogans martelés d’un temps passé. Et si les vagues de désinformation qui inondent nos réseaux sociaux aujourd’hui n’étaient que le visage contemporain de cette même propagande, adaptée aux codes de la modernité numérique ? En effet, les fausses nouvelles, sous leur apparente spontanéité, s’inscrivent dans une longue tradition d’instrumentalisation de l’information. Dissimulées derrière le voile de la viralité, elles constituent le moteur de campagnes orchestrées au service d’intérêts politiques, économiques et idéologiques. L’histoire en offre de nombreux exemples. Durant la Première Guerre mondiale, des récits d’atrocités furent délibérément fabriqués pour diaboliser l’ennemi et mobiliser l’opinion publique. Ces narrations fabriquées, relayées par les médias de l’époque, étaient aux sociétés du début du XXe siècle ce que nos fake news sont à l’ère des réseaux sociaux : une propagande réinventée. 

 Si la désinformation, qui inclut les fausses nouvelles, constitue une forme de propagande, la propagande n’est pas pour autant systématiquement synonyme de désinformation. Contrairement à la désinformation, qui repose sur une intention délibérée de tromper, la propagande politique poursuit des objectifs généralement déclarés. Comme l’explique André Mondoux, professeur à l’école des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), « c’est l’intentionnalité qui compte ». Là où la désinformation cherche à induire en erreur, la propagande politique tend à convaincre et à susciter l’adhésion à une vision, un projet ou une communauté. Elle utilise des mécanismes de communication qui visent à orienter la perception collective, sans nécessairement recourir à la manipulation malveillante

Loin d’être un monolithe exclusivement négatif, la propagande trouve une légitimation théorique dans les travaux de Walter Lippmann, qualifié comme l’un des premiers penseurs du néolibéralisme par l’intellectuel américain Noam Chomsky. Selon Lippmann, dans une société de masse où les citoyens ne peuvent pas participer directement à toutes les décisions politiques, la propagande devient un instrument de coordination sociale et de gestion du consentement. Elle « fabrique » l’assentiment collectif afin de maintenir une stabilité sociale et politique. Cette vision a cependant fait l’objet de critiques substantielles, notamment par Noam Chomsky et Edward Herman dans leur ouvrage Manufacturing Consent. Les auteurs dénoncent la manière dont les médias créent un consensus qui profite aux élites économiques et politiques. Dans cette perspective, la propagande ne constitue pas un élément nécessaire de la démocratie, comme le suggère Lippmann, mais représente plutôt un obstacle à une véritable démocratie participative.

Malgré ces critiques, l’approche de Walter Lippmann conserve une certaine résonance dans nos pratiques sociopolitiques contemporaines. Cette perspective s’avère d’autant plus pertinente à l’ère de la post-vérité qui caractérise notre siècle; car la propagande peut paradoxalement représenter un ciment social, un langage commun permettant aux citoyens de se situer dans l’espace public. Les campagnes de santé publique en constituent un bon exemple : elles illustrent comment la propagande peut transcender sa dimension manipulatrice pour devenir un outil de coordination sociale. « Il y a de la propagande gouvernementale et on l’a vu en pandémie », observe M. Mondoux.

Toutefois, rappelle André Mondoux, « il nous manque du commun aujourd’hui ». Autrefois, des références partagées structuraient l’espace médiatique : un socle de faits reconnus, des institutions légitimes et un cadre qui permettait de distinguer l’information de la propagande. Désormais, chacun façonne sa propre réalité médiatique, ce qui fragilise la cohésion sociale et accentue la polarisation des débats publics. Ce phénomène s’explique notamment par deux tendances. La première est un individualisme accentué par les algorithmes. Les réseaux sociaux et les moteurs de recherche nous exposent à des contenus sur mesure, calibrés en fonction de nos préférences et de notre historique de navigation. Cela génère des bulles de filtre où chacun reçoit une version différente de la réalité, réduisant ainsi les références communes et encourageant une vision du monde particulièrement individualisée. La seconde tendance est la désinstitutionnalisation de l’information. Autrefois, l’information circulait principalement à travers des institutions reconnues – journaux, télévisions, radios publiques – dont la légitimité éditoriale garantissait une certaine uniformité du discours. Aujourd’hui, l’information s’est démocratisée, s’échappant des canaux traditionnels pour investir un espace public pluriel, où citoyens, influenceurs, groupes militants et médias alternatifs deviennent à la fois producteurs et passeurs de nouvelles. Dans ce contexte mouvant, « il est difficile de distinguer une nouvelle journalistique, d’une opinion personnelle, d’une fausse nouvelle, d’une publicité ou d’une propagande », conclut André Mondoux.

 La crise du COVID-19 et la propagande – une pandémie d’influences

La crise du COVID-19 a marqué le début d’un « âge d’or » de la guerre de l’information. La propagande a pris diverses formes, émanant des gouvernements comme de leurs opposants. Le contexte pandémique a favorisé la diffusion de récits divergents et des acteurs variés – entités étatiques, groupes conspirationnistes, médias et influenceurs – ont cherché à orienter la perception collective.

Face à une menace sanitaire inédite, les autorités ont dû transformer les comportements sociaux. Les mesures de distanciation et de confinement ont exigé une stratégie de communication persuasive. L’objectif était d’obtenir l’adhésion populaire aux recommandations sanitaires. Cette situation a mis en lumière les mécanismes subtils de la propagande contemporaine. Au Québec, par exemple, la campagne « #Propage l’info, pas le virus » a mobilisé des influenceurs populaires auprès des jeunes, contournant ainsi les voies de communication conventionnelles. Les conférences de presse quotidiennes et les initiatives comme « Vérifiez… avant de partager » témoignaient d’une volonté d’engager activement la population dans la lutte contre la désinformation.

L’objectif des communications gouvernementales avait clairement pour but de susciter l’approbation pour les mesures sanitaires. Bien qu’orientant les comportements – caractéristique intrinsèque de la propagande – ces messages poursuivaient un objectif de santé publique légitime. L’influence exercée par des personnalités reconnues, comme les hommes politiques, les spécialistes en santé publique ou même les leaders d’opinion, relève d’une méthode traditionnelle de manipulation, exacerbée dans un climat d’insécurité et d’appréhension.

En parallèle, des mouvements dissidents ont mis au point leur propre arsenal de propagande. Dès les premiers mois de la pandémie, des récits conspirationnistes ont proliféré, proposant des explications alternatives à la version officielle : pandémie préméditée contre Donald Trump, arme biologique chinoise, implications fantasmées de Bill Gates ou de George Soros. Toutes ces narrations visaient sciemment à semer la défiance envers les institutions. Les réseaux sociaux ont grandement contribué à la propagation de ces histoires. En tirant parti de l’insécurité sociale et des lacunes initiales des connaissances scientifiques, ces plateformes ont permis une propagation rapide des informations. 

  Somme toute, la crise sanitaire mondiale du COVID-19 a mis en évidence la sophistication des mécanismes actuels de manipulation de l’opinion. Un paysage médiatique caractérisé par une lutte entre des récits rivaux, dans lequel la vérité est transformée en outil de puissance et de perception sociale. Entre l’instrumentalisation et la nécessité collective, la propagande est un concept complexe, qui reflète les tensions inhérentes à nos démocraties modernes.

Conclusion

En conclusion, l’analyse de la couverture médiatique de trois événements historiques marquants du Québec, soit la Seconde Guerre mondiale, la crise d’Octobre et le référendum de 1995, montre qu’il y a eu une propagande organisée et structurée de la part des gouvernements canadien et québécois. Cette propagande, qui se manifeste par divers moyens, ne se limite pas à la diffusion de mensonges. Elle consiste plutôt à manipuler les informations divulguées pour favoriser un programme politique, soulignant ainsi l’importance d’une presse libre et indépendante. En effet, ces médias sont essentiels au bon fonctionnement de notre système démocratique, puisqu’ils occupent une place centrale dans l’espace public. 

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L’Itinéraire

27 mars 2025 - Par - Catégorie : International

L’Itinéraire est un magazine montréalais visant à contribuer à la réinsertion sociale de personnes ayant connu l’itinérance, la dépendance aux drogues, exclues du marché du travail traditionnel ou souffrant de problèmes de santé mentale.
 Un magazine est une publication périodique traitant de sujets généralistes ou spécialisés, comme la technologie, la mode et la santé. Bien que L’Itinéraire accorde une place importante à l’itinérance, le magazine aborde aussi l’actualité et la culture.

En plus d’une vocation de réinsertion, le Groupe communautaire L’Itinéraire offre de l’aide au logement, du soutien alimentaire et également un suivi psychosocial.Une image contenant Police, Graphique, graphisme, texte

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Il est le plus grand magazine de rue de toute l’Amérique du Nord.

Histoire :

Pour comprendre la raison de la création du journal/ magazine L’Itinéraire, il faut retourner dans le passé.


  Le mot “itinérant” a commencé à apparaître seulement à la moitié des années 1980, surtout utilisé pour décrire un problème social. Avant 1980, le gouvernement fédéral investissait massivement dans la création de nouveaux logements. En 1973, la Loi nationale sur l’habitation est modifiée, ce qui mène à la construction de 20 000 logements sociaux par an. Une image contenant texte, capture d’écran, Police, algèbre

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  En 1987, l’attention internationale est tournée vers l’augmentation du nombre d’itinérants dans les pays riches et développés. C’est à ce moment que le Canada a reconnu le problème. Selon le Canadian Observatory on Homelessness, c’est environ en 1980 que l’itinérance de masse émerge au Canada. Cette émergence est due au contexte économique, aux changements dans les politiques de logement et à la fermeture des institutions psychiatriques dans les années 1970-1980.


  En 1984, le gouvernement canadien a réduit les dépenses en logements sociaux et en programmes connexes. En 1993, le financement pour la création de nouveaux logements prend fin.

En 1990, voyant l’apparition de l’itinérance de masse, François Thivierge, intervenant communautaire, s’est associé à une équipe composée de Pierrette Desrosiers, Denise English et Michèle Wilson. Leur projet avait pour but d’autonomiser les personnes en situation d’itinérance et de briser leur isolement social. Leur slogan “par les itinérants, pour les itinérants”.

Autrefois un journal, il est administré par des itinérants, est imprimé à plus de 500 exemplaires et distribué gratuitement dans les centres d’hébergement. L’administration voulait qu’on le considère comme un organe de promotion visant à sortir les personnes concernées de l’isolement en les incitant à participer aux activités du groupe.

En 1993, un projet-pilote qui voulait instaurer une édition payante du journal. Même si le groupe manquait d’argent pour produire une édition payante, La Presse a accepté d’aider en produisant gratuitement 3000 copies. Toutes les copies ont été rapidement vendues dans les rues de Montréal par les camelots.

Témoin du succès, le ministère de la Santé et des Services sociaux a décidé de subventionner une partie. Ainsi, le groupe se lance dans la production d’un journal payant. Tout cela en respectant leurs idéologies premières, améliorer la vie des itinérants.

Sans réellement posséder les compétences nécessaires dans ce domaine, il demande l’aide de deux journalistes, Linda Boutin et Serge Lareault, pour mener à bien ce projet.

Le 24 mai 1994 est la sortie officielle de la première version payante du journal de L’Itinéraire. Il sera vendu 1 dollar, dont la moitié revient au camelot qui le vend. Il sera vendu dans les rues de Montréal par des personnes en processus de réintégration sociale. Un tel succès que la publication bimensuelle passera de 5000 à 25 000 de mai à décembre 1994. L’année suivante, la fréquence passera de bimensuelle à mensuelle, et l’équipe, initialement composée de 20 camelots, atteindra les 100 camelots en l’espace d’une année seulement. Une image contenant texte, journal, Publication, livre

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En 1999, il reçoit le prix du meilleur journal de rue et le rédacteur en chef, Serge Lareault, est nommé l’une des 99 personnalités sociales par la North American Street Newspapers.

En 2006, l’Itinéraire est devenu un magazine bimensuel, imprimé en couleur. Bien établie, l’institution se crée des infrastructures de support et de formation pour pouvoir former les gens en besoins. Initialement camelot, ils seront formés pour intégrer l’équipe de rédaction.

L’initiative est un succès, et est saluée par l’Association des médias écrits communautaires du Québec et reçoit même un prix spécial de l’Office de la langue française en 2001 pour la qualité du français.

En 2015 et 2016, le magazine vit un moment difficile ; une crise interne. L’Itinéraire connaît de gros soucis financiers et les employés du média sont insatisfaits, ce qui mène à leur syndicalisation. En plus des employés, les camelots eux aussi entrent en grève contre le magazine.

Josée Panet-Raymond en 2015, puis Luc Desjardins en 2016, intègrent le magazine. Si la journaliste entre dans l’aventure Itinéraire afin d’aider le magazine à retrouver un équilibre et à se relancer, la mission initiale de Luc Desjardins est de faire fermer L’Itinéraire. Le conseil d’administration nomme M. Desjardins directeur général et le missionne, en trois mois, de s’occuper de la fermeture du média ou de trouver une solution. La fermeture était la solution préférée, mais Luc Desjardins se met en tête d’essayer de sauver le magazine.

« On apprend à HEC que la façon la plus facile de récupérer des sous dans une entreprise, c’est de virer ses employés inutiles, et de demander à ceux que l’on garde de faire deux fois le job. Moi, c’est l’inverse que j’ai fait. J’ai gardé tout le personnel et j’ai embauché du personnel supplémentaire », nous dira M. Desjardins.

À ce moment-là, son objectif est de créer une réelle cohésion d’équipe et de faire en sorte que tous les employés du magazine se sentent impliqués et écoutés. « J’ai troqué le système pyramidal traditionnel pour un système horizontal ». Le directeur prône un système où, malgré les différents postes de chacun des employés, tous ont une voix qui compte de manière équivalente.

Avec ces changements et accompagné d’une donation du nouveau directeur, le magazine se relance peu à peu. Le magazine réussit à survivre à cette crise des médias et des revenus publicitaires de 2015-2016.

Depuis 2019, L’Itinéraire est vendu dans 7 villes: Montréal, Longueuil, Saint-Jérôme, Laval, Granby, Sutton et Saint-Bruno, imprimant 24 000 copies par mois, et aujourd’hui celui-ci emploie 32 personnes dans ses différents secteurs d’activité.

Camelot en distribution de magazines

Impact social:

L’Itinéraire, c’est avant tout une aide communautaire qui accompagne les personnes vulnérables à prendre leur place avec dignité dans la société, mais c’est aussi un média ayant pour vocation d’informer la population.

L’Itinéraire s’allie régulièrement à des organismes privés ou gouvernementaux dans le but de mettre en place des projets visant à offrir du soutien alimentaire, de l’aide au logement ou de la réinsertion sociale à ceux dans le besoin.

Programme AIR:

Le programme AIR (Accompagnement et Intervention de Rue) contribue à la lutte contre l’itinérance et vise à réduire le taux de criminalité chez les itinérants dans le quartier Centre-Sud à Montréal.

Les intervenants de L’Itinéraire œuvrent en collaboration avec les commerçants et les résidents du quartier afin de faire de la sensibilisation sur les causes de l’itinérance et vont directement à la rencontre des sans-abris afin de les informer des ressources mises à leur disposition. Ils les aident également à réduire leur consommation de drogue et d’alcool et tentent de les sensibiliser aux dangers des pratiques sexuelles à risque.

Aujourd’hui, les intervenants de l’Itinéraire cumulent plus de 70 heures de sorties par semaine et rencontrent plus de 180 personnes en situation d’itinérance chaque jour. Ils distribuent également 1250 cartes repas solidaires qui permettent aux itinérants d’obtenir un repas complet dans plusieurs restaurants partenaires. Une image contenant rue, Instantané, personne, habits

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Cette année, L’Itinéraire a ouvert sa première halte-chaleur en collaboration avec le CIUSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal, permettant d’accueillir 25 personnes en situation d’itinérance lors des soirs de grand froid. La halte-chaleur, ouverte du 15 janvier au 1er avril, offre des collations et des boissons chaudes, des produits d’hygiène féminine et l’accès à une salle de bain propre. Les intervenants sur place offrent également un soutien psychologique en tout temps.

Halte chaleur :

Ouverte à l’hiver 2024, la halte-chaleur Centre-Sud de L’Itinéraire, projet soutenu financièrement par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. L’équipe d’intervenants de L’Itinéraire pouvait accueillir jusqu’à 25 personnes en situation d’itinérance à chaque nuit. Si plus de personnes étaient dans le besoin, ils pouvaient bénéficier de ce service en fonction de leurs besoins individuels, venant et repartant selon leur propre rythme.

« Notre objectif est de garantir une halte-chaleur sécuritaire, accueillante et remplie de dignité offrant non seulement un abri contre le froid, mais aussi un accès à des services de base et un soutien pour ceux qui cherchent à améliorer leur situation. », Luc Desjardins,

Restaurants communautaires :

Le Café Maison ronde, situé au square Cabot, se veut être un lieu de réinsertion sociale pour les Premières Nations. Il permet à ses gens issus des Premières Nations de se faire une première expérience de travail pour ceux qui « souhaitent devenir baristas, mais à qui la chance de se faire embaucher n’a pas été donnée », selon Lily, l’une des baristas du café avec qui nous avons pu nous entretenir.

 En plus de donner une chance à l’emploi dans un domaine ciblé, le Café Maison ronde se définit comme un café à économie sociale. C’est-à-dire qu’il met en avant l’aspect social plutôt que l’aspect lucratif. Comme on l’a vu, le café emploie plus facilement des personnes des Premières Nations, mais il ajuste son prix en fonction du client. Il se vend comme un lieu de rassemblement et de partage. Enfin, le café organise régulièrement des distributions alimentaires parfois sucrées, parfois salées.

Café Maison ronde est l’un des piliers de la cause des Premières Nations à Montréal. Mais une autre cause tient à cœur au gérant du café : l’itinérance. En vue des initiatives mises en place citées précédemment, vous avez surement compris que cette cause les tient particulièrement à cœur. Selon Lily ; la barista de Café Maison ronde « le café se veut d’être un endroit sécuritaire pour les personnes itinérantes ».

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Café de la Maison ronde

Le Café Monsieur Paul, lui, est un espace ouvert du lundi au vendredi, offrant des repas chauds à faible coût. Il accueille des personnes en situation de vulnérabilité et d’itinérance, leur fournissant un lieu de répit et certains services d’inclusion sociale et de réinsertion. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un logement, il fonctionne comme un centre de jour.

Le café propose un repas complet au prix de 6$. Des repas gratuits, sous forme de sandwiches, cafés et soupes, sont souvent offerts.

Café Monsieur Paul en dessous des locaux du magazine

Emplois :

L’Itinéraire étant un média qui vise à donner une voix aux personnes en situation d’itinérance, la majorité des rédacteurs sont des personnes ayant connu la vie dans la rue ou étant encore dans une situation précaire. En plus de créer des emplois, L’itinéraire donne un sens à la vie de ceux qui se sentent rejetés par la société en leur permettant de s’exprimer sur des sujets d’actualité ou culturels.

Les journalistes de L’Itinéraire ont l’opportunité de travailler à temps plein ou à temps partiel et ont accès à plusieurs avantages sociaux comme des assurances complètes et des possibilités de télétravail, de manière à offrir les conditions de travail les plus avantageuses possibles à ceux qui en ont besoin.

L’Itinéraire emploie aussi des camelots pour vendre des magazines principalement dans les rues et le métro de Montréal. Ces camelots sont des travailleurs autonomes qui planifient leurs propres horaires et choisissent leurs lieux de vente. C’est donc un emploi flexible, idéal pour les personnes en situation de précarité sociale.

Luc Desjardins dira : « Ils proviennent de l’itinérance, mais au final, ils proviennent de la précarité sociale. Alors oui, effectivement, l’ensemble des camelots ont des enjeux précaires au niveau ressources financières. Ils ont des problèmes reliés à la toxicomanie, qui peut être l’alcoolisme, les jeux, la drogue, et ça, ça augmente, les problèmes de santé mentale. Alors, pratiquement tous les camelots ont ces enjeux-là. La personne qui frappe, qui cogne à notre porte, doit rentrer dans un programme avec nous. Ça veut dire qu’il est accompagné par des intervenants pour différents aspects de sa vie, et avec ça, vient des progrès. Alors oui, à 99%, nos camelots ont un logement. Est-ce que le logement est adéquat ? Il y en a que oui, il y en a d’autres que c’est un peu précaire, mais ils ont des logements. Est-ce qu’ils réduisent leur niveau de consommation ? La plupart, oui. Parce que, pour rentrer à l’itinéraire, ça veut dire physiquement rentrer à l’itinéraire, il ne faut pas que tu sois en état de toxicomanie. »

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Le contenu généré par l’IA peut être incorrect. Camelot au métro Champ-de-Mars

L’Itinéraire propose un programme de journalisme offert aux camelots, mais leur participation est facultative. Certains choisissent de ne pas écrire, tandis que d’autres souhaitent partager leurs expériences et leurs réflexions. Depuis sa création, L’Itinéraire s’est donné pour mission de donner une voix aux personnes marginalisées, en leur offrant un espace d’expression dans ses publications.

« J’ai des gens qui ont écrit dans le magazine qui ne savent ni lire ni écrire. Ce n’est pas eux qui ont écrit, c’est quelqu’un qui les accompagne. Mais cette personne-là, ce n’est pas parce qu’elle ne sait pas lire et ne sait pas écrire qu’elle n’a pas quelque chose à dire. Ces personnes-là écoutent la radio, écoutent la télévision, ont une opinion sur la politique ou ont une opinion X, Y, Z sur un film qu’elles ont vu. Alors, tu peux être un critique de film sans lire et sans écrire. Tu es allé voir le film, tu l’as entendu, tu l’as vu, puis après ça, tu te dis, c’est beau, ce n’est pas beau, les effets spéciaux ne sont pas bons. Tu as une opinion et tu as le droit de la partager ». Après ces mots, M. Desjardins précisera que faire écrire des gens qui n’ont pas l’éducation pour le faire eux-mêmes reste un défi.

« Tu as des bénévoles qui travaillent avec nous, qui accompagnent ces gens-là pour écrire. Il y en a d’autres qui ont le goût d’écrire des poèmes, puis il y en a d’autres qui ont des histoires à dire, qui ont besoin d’être accompagnés. »

L’Itinéraire au-delà de l’aide qu’il apporte sur des besoins « primaire », est aussi un lieu d’élévation intellectuelle pour ceux qui en ont besoin.

« Quand je lis certains camelots, il y a trois ans, puis j’ai lu trois ans plus tard, puis c’est fou l’amélioration dans leurs récits. Puis ce n’est pas nous qui corrigions tout, c’est fou, l’amélioration du français, l’amélioration surtout de la conception des idées. »

Au cours des 30 dernières années, L’Itinéraire a soutenu et travaillé avec plus de 4 000 personnes en situation de précarité. Certaines ont trouvé de nouvelles opportunités, d’autres sont décédées, et un roulement constant de camelots est observé. Actuellement, environ 150 camelots sont actifs, mais le nombre total de personnes pouvant être contactées se situe entre 300 et 400, bien que tous ne travaillent pas régulièrement.

Questionné sur la possibilité de travailler avec plus de camelot, Luc Desjardins dit que l’augmentation du nombre de bénéficiaires nécessiterait des ressources financières et humaines supplémentaires, ce qui n’est pas pour l’instant dans les capacités du magazine.

 Fonctionnement :

Lors de l’exercice 2023-2024, L’Itinéraire a vendu près de 69 000 magazines dont presque 30 000 ont été distribués par les camelots eux-mêmes. Ces ventes représentent environ 300 000$ de gains.

De ces 300 000$, L’Itinéraire touche 0$. En effet les bénéfices engendrés par la vente de magazines profitent uniquement aux camelots. Le système fonctionne ainsi :

Comme les magazines ne rapportent rien au média, celui-ci doit se financer autrement. Avec 8 partenaires principaux et 16 partenaires de projet on pourrait penser que L’Itinéraire tire son argent des partenariats et de la publicité, or d’après le directeur du magazine, les partenariats ne sont pas assez nombreux. 

S’il n’y en a pas assez, ce n’est pas par manque de propositions. En effet les sponsors sont très soigneusement sélectionnés pour être en accord avec les valeurs du média. Les partenaires sont donc des organismes qui travaillent pour améliorer la condition des personnes en situation de précarité sociale; des organismes comme : la STM, La Ville de Montréal ou encore la région Québec.

Accompagnée du soutien des partenaires, l’autre importante source de financement est le don. Le privé est donc en partie ce qui fait vivre le média, un système qui se base uniquement sur la générosité des particuliers. L’Itinéraire a d’ailleurs un département philanthropique dédié aux dons.

« Pour faire le magazine, ça prend une rédactrice en chef, ça prend une chef de pupitre. On a une structure comme n’importe quel journal. Ça prend un imprimeur, ça prend un infographique, puis ça prend des journalistes », rappelle M. Desjardins.

Effectivement l’aspect social du magazine prenant une place majoritaire, on occulte parfois le travail des journalistes employés par le média. Le directeur a d’ailleurs tenu à rappeler que le magazine fait partie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Rétrospective :

Nous avons eu des difficultés pour rencontrer des intervenants. Nous avons tout de même réussi à rencontrer Luc Desjardins qui nous a accordé plus d’une heure de son temps. Il nous précisera que malheureusement il nous sera impossible de pouvoir parler à d’autres membres de son équipe, dont les camelots.

Nous avons eu l’opportunité de rencontrer deux camelots sur leur lieu de distribution, mais les deux ont effectivement refusé une entrevue.

L’expérience à tout de même était enrichissante ; nous plonger dans l’histoire d’un média aussi particulier que L’Itinéraire est très instructif. Le fonctionnement, les missions et même pouvoir voir comment les journalistes travaillaient là-bas nous a offert une autre vision que celle du « journalisme traditionnel ».

Un travail de :

Arthur Chouinard

Laurent Larose

Adam Boukali

Tom Da Costa

Appel à l’aide des élus de la couronne nord concernant le manque de transport en commun 

18 mars 2025 - Par - Catégorie : International Politique

Laurence Tôth, présidente de la Table des préfets et élus de la couronne nord (TPÉCN), lors de la conférence de presse concernant l’Agenda Mobilité couronne nord, mardi matin à l’UQAM. Mention photo : Eve Bernier 

La Table des préfets et élus de la couronne nord (TPÉCN) demande à cor et à cri une amélioration du réseau de transport en commun qui dessert la rive nord. L’organisation a dévoilé l’Agenda Mobilité couronne nord lors d’une conférence de presse mardi matin à l’UQAM. 

Par Eve Bernier 

« Il n’y a aucune action qui a été entreprise, donc nous réclamons des actions immédiates et urgentes », souligne Laurence Tôth, présidente de la TPÉCN, concernant le document présenté mardi matin. L’organisme s’est mobilisé à maintes reprises depuis les derniers mois dans le but d’obtenir une aide immédiate du gouvernement pour le transport en commun peu développé sur la rive nord.  

La présidente dénonce l’inaction de la CAQ malgré les efforts répétés de l’organisme et souligne que ce manque d’aide va à l’encontre de la réalité de cette région, notamment la croissance démographique des dernières années et l’augmentation du nombre d’automobiles sur les routes. C’est ce qui a entre autres motivé la création de l’Agenda Mobilité couronne nord

À noter que, dans les MRC situées au pourtour de la CMM, on dénombre 661 voitures en circulation par 1 000 habitants, selon la Communauté métropolitaine de Montréal.

Une restructuration pour le nord, par le nord

Le document évolutif présente donc trois grands axes de changement : l’amélioration des services de transport collectif sur la rive nord, l’équité et la prévisibilité dans le financement, ainsi que la mise en place d’une gouvernance locale. « C’est une marche à suivre qu’on dote les élus qui veulent vraiment améliorer le transport en commun sur la Couronne-Nord », affirme-t-elle.

La demande de restructuration du système de transport concerne davantage les déplacements est-ouest que nord-sud, mentionne la TPÉCN. Selon ses chiffres, 30 % des déplacements se font de la rive nord à Montréal (et vice versa), alors que l’autre 70 % est à l’intérieur de la région visée par le projet. 

Développement lent et incertitude

Selon l’Institut de la statistique du Québec, la population de la région a augmenté de 211 600 personnes sur une période de 25 ans, soit de 1998 à 2023. Les infrastructures de transports en commun n’ont pas connu la même croissance. 

Le train de Deux-Montagnes, qui desservait 30 000 passagers par jour en moyenne, est en arrêt depuis le 6 janvier 2020 pour laisser place aux travaux du REM. Cinq ans plus tard, le REM n’est toujours pas fonctionnel et les citoyens ont recours à un service de navette sans voie réservée depuis. 

« Ce n’est pas normal qu’il n’y ait pas de voies réservées pour les autobus sur la 640 », déplore Mme Tôth. 

La station du REM a couté 2 millions à la ville de Deux-Montagnes. Le reste de la facture a été assumé par le gouvernement. Cependant, les membres de la Table regrettent le manque de prévisibilité dans le budget alloué par le gouvernement, ce qui les empêche de développer efficacement de nouvelles mesures.   

Quelques faits saillants:

  • La TPÉCN représente 625 000 habitants
  • 70% des déplacements sont uniquement sur la rive nord
  • le REM coutera 2 millions de dollars à Deux-Montagnes
  • La population a augmenté de 211 000 personnes depuis 25 ans
  • Il n’y a aucune voie réservée pour les autobus sur la 640

Ressources consultées:

https://statistique.quebec.ca/fr/produit/publication/laurentides-panorama

https://paradigmestrategies.com/nouvelle-23-Reponse_de_la_TPECN_au_projet_de_Plan_strategique_de_l_ARTM

Chute de l’économie américaine, le reflet des incohérences de la politique Trump

11 mars 2025 - Par - Catégorie : International

par Baptiste Bouchard

Depuis ce lundi, l’économie des États-unis subit une baisse importante. Le Dow Jones à -2 %, le NASDAQ, l’indice technologique le plus important à -4 % et le S&P 500 qui couvre une majorité de la capitalisation boursière du pays est à -2,7 %. Ces chiffres affolants sont, selon plusieurs économistes, le retour du bâton des nombreux tarifs douaniers mis en place et d’un changement de cap économique de la part de l’administration.

Un nouveau coup vient d’être porté au Canada dans la guerre tarifaire ; ce mardi matin, Donald Trump a annoncé une augmentation de 25 % sur les droits de douanes visant l’aluminium et l’acier canadien, ce qui les ferait passer à 50 % en date du 12 mars.

Trump justifie cette augmentation comme étant une réponse à la surtaxe sur l’électricité de 25 % annoncée hier par le gouvernement ontarien et semble par le fait même ignorer les effets négatifs déjà présents sur l’économie américaine.

Une conséquence directe des actions du président

« La question est : quand est-ce qu’il va prendre en compte l’intérêt des marchés avant de prendre en compte l’intérêt de ses amis oligarques ? » a déclaré Arthur Silve, professeur d’économie à l’Université Laval et membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand dans un article du Devoir publié lundi. Il y mentionne un changement important dans la politique économique du président, qui lors de son premier mandat, s’intéressait à l’état global de l’économie américaine, mais qui depuis sa nouvelle investiture semble se concentrer sur les compagnies dites des « sept magnifiques » dans un élan de protectionnisme.

La naissance d’une oligarchie

Les sept magnifiques sont un regroupement des plus grosses compagnies américaines du domaine technologique que sont Tesla, Alphabet, la maison mère de Google, Apple, Microsoft, Nvidia, Amazon et Meta. Des compagnies que Trump a louangé et érigé en exemple de réussite américaine a mainte reprise lors de sa campagne et dans certains discours depuis sa prise de pouvoir.

Les PDG de certaines de ces compagnies étaient assis au premier rang lors de l’investiture du 47e président, faisant naître l’idée d’une oligarchie dans le débat publique. Cette idée est d’autant plus renforcée par les importants pouvoirs conférés à Elon Musk, PDG de Tesla qui a contribué de plus de 290 millions de dollars à la campagne de Donald Trump. Celui-ci s’est vu confié la direction du Département de l’Efficacité Gouvernementale qui a pour objectif de couper au maximum dans les dépenses publiques.

Une période de « désintox »

Au sujet de la récente baisse des marchés, le secrétaire du Trésor Scott Bessent a déclaré que la situation était une « une période de désintox » pour se défaire des dépenses du gouvernement alors que l’économie « s’éloigne des dépenses publiques vers plus de dépenses privées ».

Les sept magnifiques lourdement touchés

Dans un article de Libération publié hier, Steve Sosnick, stratège en chef d’Interactive Brokers, une firme d’investissement canadienne, déclare des pertes importantes pour les compagnies des sept, soit 15,43 % pour Tesla, 4,42 % pour Meta, 3,34 % pour Microsoft, 4,41 % pour Alphabet, 4,85 % pour Apple, 2,36 % pour Amazon et 5,07 % pour Nvidia.

Collision en mer du Nord: les « feux de l’enfer » continuent

11 mars 2025 - Par - Catégorie : Environnement International

Maïka Thomson

L’incendie causé par la collision entre un pétrolier et un cargo en mer du Nord au large de l’Angleterre se poursuit mardi matin. Ayant débuté dans la nuit de lundi à mardi, les dégâts environnementaux qui pourraient s’en suivre sont préoccupants.

Le porte-conteneur Solong a percuté le pétrolier Stena Immaculate alors que celui-ci était à l’ancre, causant une collision, lundi. 36 membres de l’équipage du Stena ont été ramenés sur terre sains et saufs, mais un marin manque toujours à l’appel. Les recherches le concernant ont pris fin durant la nuit.

« L’incendie a fait rage toute la nuit et il est toujours en cours mardi matin », a affirmé Martyn Boyers, directeur du port de Grimsby. Le feu aurait été causé par le cyanure de sodium, un gaz inflammable et toxique au contact de l’eau. Le cargo en transportait 15 conteneurs, en plus d’une quantité non déterminée d’alcool. De plus, l’un des réservoirs du pétrolier contenait du kérosène et a été brisé, causant une fuite importante.

Le feu s’est propagé sur les deux bateaux et a continué pendant la nuit. Le Solong serait toujours en feu tandis que l’incendie à l’intérieur du Stena aurait diminué. Les deux bateaux font toujours l’objet d’une surveillance, et des garde-côtes britanniques ont entamé une opération de secours majeure. Des navires de sécurité sont sur place et d’autres navires avec les moyens de lutter contre les flammes arriveront plus tard.

Des craintes pour l’environnement

Dû à la quantité importante de matière toxique, notamment le cyanure et le kérosène, des risques de pollution sont à prévoir. L’ONG Greenpeace a d’ailleurs émis des inquiétudes quant à ces risques toxiques pour la vie marine. « Le kérosène qui a pénétré dans l’eau à proximité d’une zone de reproduction des marsouins est toxique pour les poissons et autres créatures marines », a expliqué Paul Johnston, scientifique aux laboratoires de recherche de Greenpeace à l’université d’Exeter. Des habitants de Grimsby s’inquiètent également pour la faune suite à l’incident.

Cela étant dit, la fuite de kérosène ne constituerait pas une menace majeure pour l’environnement aquatique. Selon Ivan Vince, directeur du cabinet ASK Consulting, spécialisé en sécurité des risques environnementaux, « l’essentiel va s’évaporer rapidement, et ce qui ne s’évapore pas sera dégradé assez rapidement par les micro-organismes marins ». Cependant, le cyanure de sodium à bord du cargo pourrait poser plus de problèmes.

Intentions criminelles?

Plusieurs spéculations quant aux circonstances de la collision ont été émises. Selon plusieurs, le Solong a semblé apparaître de nulle part lorsqu’il a heurté le Stona Immaculate, amenant des doutes.

Pour le moment, la possibilité qu’un acte criminel soit en cause est cependant écartée. « La Direction des enquêtes sur les accidents maritimes va évidemment procéder à l’évaluation préliminaire de la collision. D’après ce que je comprends, il n’y a pas de raison de penser pour l’instant qu’il s’agit d’un acte criminel », a déclaré le porte-parole du premier ministre brittanique Keir Starmer.

Rodrigo Duterte, ancien président des Philippines, arrêté pour crime contre l’humanité

11 mars 2025 - Par - Catégorie : International Politique

Laurent Larose

(Manille) L’ancien chef d’État a été arrêté ce mardi par la police à Manille sur un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, perpétrés dans le cadre de la guerre contre les stupéfiants.

L’organisation de défense des droits de l’homme estime que cette campagne, menée entre 2016 et 2022, a bafoué les droits fondamentaux. Des milliers d’hommes ont été tués par des policiers sans avoir bénéficié d’un procès ou sans qu’il ait été prouvé qu’ils étaient liés au trafic de stupéfiants.

Selon son parti, Rodrigo Duterte est toujours détenu sur la base aérienne de Villamor, à Manille, tandis que l’une de ses filles, la vice-présidente des Philippines, Sara Duterte, a affirmé qu’il allait être transféré aux Pays-Bas.

« Au moment où j’écris ces lignes, il est en train d’être emmené de force à La Haye (Pays-Bas) ce soir », a déclaré cette dernière. « Ce n’est pas de la justice, c’est de l’oppression et de la persécution », a-t-elle ajouté, affirmant que son père n’avait pas pu faire valoir ses droits devant la justice philippine.

« La Cour suprême n’acceptera pas cela. Nous n’avons pas de traité d’extradition », a martelé Rodrigo Duterte.

«Justic

Plus de 6 000 personnes ont été tuées entre 2016 et 2022 lors d’opérations anti-drogue, selon les données officielles publiées par les autorités philippines. Cependant, selon les procureurs de la CPI, le nombre réel de victimes se situerait entre 12 000 et 30 000 morts.

Au début de cette campagne contre les narcotrafiquants, Rodrigo Duterte avait ordonné aux policiers de tirer mortellement sur les personnes soupçonnées de trafic de stupéfiants si leur vie était en danger.

Pour se défendre, il a déclaré que cette répression avait pour but de sauver des familles et d’éviter que les Philippines ne deviennent un « État narco politique ».

« J’ai fait ce que j’avais à faire et, que vous le croyiez ou non, je l’ai fait pour mon pays », a-t-il ajouté à la fin de son mandat.

Le regard de la population

Certains pourraient penser que la population le déteste et se réjouit de son arrestation. Pourtant, l’ancien chef de l’État reste extrêmement populaire aux Philippines, un pays confronté à une crise de stupéfiants depuis plusieurs décennies, notamment avec la prolifération de la méthamphétamine. Ce problème est si grave que beaucoup ont soutenu ses méthodes expéditives face à la criminalité.

Pour d’autres, en revanche, l’arrestation de Rodrigo Duterte est un soulagement et une étape cruciale pour rendre justice aux familles des victimes.

« Mon fils a enfin obtenu justice », s’est félicitée Luzviminda Dela Cruz auprès de l’AFP. Son fils de 19 ans avait été abattu par la police en 2017.

« Les mères dont les maris et les enfants ont été tués à cause de la guerre contre la drogue sont très heureuses, car elles attendaient cela depuis très longtemps », a également déclaré Rubilyn Litao, coordinatrice de l’association Rise Up for Life and for Rights.

L’ancien président des Phillippines Rodrigo Duterte arrêté pour crimes contre l’humanité

11 mars 2025 - Par - Catégorie : International Politique

Romy Clermont

Philippines – L’ex-président philippin, Rodrigo Duterte, a été arrêté pour crimes contre l’humanité à l’aéroport de Manille, ce 11 mars. Son arrestation suit un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) en réponse à sa guerre contre les stupéfiants menée pendant sa présidence.

« Tôt ce matin, Interpol Manille a reçu la copie officielle d’un mandat d’arrêt émis par la CPI », a annoncé la présidence des Philippines. L’ancien président a été arrêté alors qu’il revenait d’un court voyage à Hong Kong. Sa fille, la vice-présidente philippine, Sara Duterte, a confirmé qu’il est en cours de transfèrement à La Haye aux Pays-Bas où se trouve le siège de la CPI.

Une guerre meurtrière

En 2019, sous les ordres de Duterte, les Philippines ont quitté la CPI. La Cour a tout de même maintenu sa juridiction et a conduit une enquête contre l’initiative meurtrière menée par l’ex-président philippin, la guerre contre les stupéfiants, qu’elle considère comme un crime contre l’humanité.

Président des Philippines entre 2016 et 2022, Rodrigo Duterte est reconnu pour sa violente guerre contre les stupéfiants qui a fait des milliers de morts aux Philippines. Au moment de son élection, il avait promis aux citoyens philippins (e) s de détruire le trafic de drogues et d’éliminer la corruption et la criminalité dans le pays.

Suivant les ordres de Rodrigo Duterte, l’armée et les forces policières traquaient les trafiquants de drogues et les exécutaient. Les civils ayant une arme à feu en leur possession détenaient également le droit de tuer les personnes suspectées de participer au trafic de drogues.

Cette campagne, lancée en 2016, a mené à une diminution de 30% de la population des Philippines. La CPI estime que cette guerre contre les stupéfiants a fait entre 12 000 et 30 000, alors que le gouvernement philippin en estime 6000.

Oppositions à l’arrestation

Pendant son séjour à Hong Kong, l’ex-président s’est adressé à une foule de travailleurs philippins. Il a traité les enquêteurs de la CPI de « fils de putes », mais a précisé qu’il « accepterait » d’être arrêté.

« Quelle est la loi (sur le fondement de laquelle, j’ai été arrêté) et quel est le crime que j’ai commis ? Prouvez-moi maintenant la base légale de ma présence ici », demande Rodrigo Duterte dans une vidéo diffusée sur le compte Instagram de sa fille Veronica. L’ancien président et ses proches sont opposés à son arrestation et remettent en question sa légitimité.

Selon l’ancien conseiller juridique de la présidence, Salvador Panelo, l’arrestation de l’ex-président est « illégale ». « La police nationale philippine n’a pas autorisé l’un de ses avocats à le rencontrer à l’aéroport et à remettre en question la base juridique de (son) arrestation », a-t-il dit. Selon M. Panelo, la CPI n’a pas fourni une version papier du mandat d’arrêt.

L’ancien président des Philippines reste populaire parmi la population. Plusieurs citoyens ont soutenu son initiative pour éliminer le trafic de stupéfiants dans le pays. Malgré son arrestation, Rodrigo Duterte est en lice pour devenir maire de Davao, poste qu’il a occupé pendant 21 ans.

Surtaxe de 25 % imposée par l’Ontario sur l’exportation d’électricité vers les États-Unis: Donald Trump réagit

11 mars 2025 - Par - Catégorie : International Politique

Par Emma Gobeil

Lundi, après des semaines de menaces, l’Ontario annonçait une surtaxe de 25 % sur les exportations d’électricité vers les États-Unis. Donald Trump a réagi mardi matin en augmentant les droits de douane sur l’acier et l’aluminium, portant les tarifs à 50 %.

Mécontentement chez nos voisins

Après l’annonce du gouvernement de Doug Ford, Donald Trump a exprimé son mécontentement lundi soir au sujet de la surtaxe. Sur le réseau social Truth Social, il a écrit : « L’Ontario a annoncé une surtaxe de 25 % sur l’électricité, entre autres choses, et vous n’avez pas le droit de faire ça ».

Ainsi, le président américain répond avec des représailles poussant ses tarifs de 25% à 50% sur l’acier et l’aluminium. « Étant donné qu’en Ontario, il y a un tarif de 25% est appliqué à «l’électricité» entrant aux États-Unis, j’ai ordonné à mon secrétaire au Commerce d’ajouter un tarif supplémentaire de 25 %, portant le total à 50 %, sur tout l’acier et l’aluminium entrant aux États-Unis en provenance du Canada, l’un des pays imposant les droits de douane les plus élevés au monde », a indiqué le président sur son réseau Truth Social.

Il a également mentionné qu’à partir du 2 avril, il imposera des taxes douanières sur les voitures en provenance du Canada, dans le but de mettre un terme à l’industrie automobile canadienne et de protéger l’industrie automobile américaine.

Les producteurs d’électricité en Ontario augmenteront désormais leurs tarifs de 10 $ par kilowattheure. Cette mesure devrait générer environ 400 000 $ par jour pour les finances de l’Ontario, permettant de soutenir les revenus des travailleurs et des entreprises pendant cette période économique plus difficile. Cette hausse impactera les foyers et les entreprises des États du Michigan, de New York et du Minnesota.

Dimanche, la veille de l’annonce de la surtaxe par l’Ontario, dans le cadre de l’événement de clôture de la course à la succession du premier ministre du Canada, l’ex-premier ministre Jean Chrétien avait déclaré que le Canada devrait riposter en envisageant la mise en place d’une taxe à l’exportation de l’énergie canadienne vers les États-Unis.

Aucune action entreprise du côté du Québec

Pour le moment, le Québec n’a pas encore appliqué cette surtaxe sur ses exportations d’électricité vers ses voisins américains. Cependant, le premier ministre François Legault laisse ouverte la possibilité d’imposer une taxe sur l’électricité exportée par Hydro-Québec aux États-Unis, en réponse aux droits de douane américains. Il précise toutefois qu’Hydro-Québec doit respecter certains contrats, notamment avec le Vermont.

Par contre, Rodolphe Husny, ancien conseiller politique pour le gouvernement de Stephen Harper, explique que la décision de l’Ontario place le Québec dans une situation compliquée. « Ça met François Legault dans une situation très difficile parce qu’on ne peut pas avoir une province qui fait une chose et une autre qui fait une autre chose, dit-il. Il faut avoir un front uni ».

Il sera intéressant de voir quelles mesures les autres provinces du Canada adopteront pour répondre aux représailles de Donald Trump.

Guerre en Ukraine : Macron réunit 30 chefs d’état-major

11 mars 2025 - Par - Catégorie : International

Ce mardi 11 mars 2025, l’avenir de la guerre russo-ukrainienne, qui embrase l’Europe depuis février 2022, se dessine en France et en Arabie saoudite. À Paris, Emmanuel Macron accueille les responsables militaires de trente pays membres de l’UE ou de l’OTAN. À quatre mille kilomètres de là, Ukrainiens et étasuniens négocient dans la ville saoudienne de Djeddah.

À Paris, une réunion stratégique

Sous un épais brouillard en ce mardi 11 mars 2025, la capitale française a accueilli cet après-midi (UTC+1) les chefs d’état-major de plusieurs pays affiliés à l’OTAN et à l’Union européenne (UE). Parmi eux figuraient les représentants du Royaume-Uni et de la Turquie, deux nations ayant des intérêts communs dans ce conflit. Cette rencontre, jugée nécessaire par le ministre des Armées français, Sébastien Lecornu, vise à anticiper l’avenir militaire de l’Ukraine. « Il s’agit simplement de se projeter et de réfléchir à ce que doit être l’armée ukrainienne à l’avenir », a-t-il déclaré

Après les déclarations offensives d’Emmanuel Macron mercredi dernier sur la possibilité d’envoyer des troupes en Ukraine, la situation géopolitique européenne et mondiale s’est encore tendue. Aujourd’hui, le président français a justifié sa position en invoquant la nécessité pour la France de lutter simultanément contre «les menaces géopolitiques […] et les menaces sur son sol projetées par les terroristes ».

À Djeddah, des négociations plus concrètes

Alors qu’à Paris les discussions sont avant tout stratégiques, les pourparlers de Djeddah entre négociateurs ukrainiens et étasuniens semblent plus concrets. Le négociateur ukrainien Andriy Yermak a d’ailleurs partagé sur son canal telegram que « la réunion avec l’équipe étasunienne a commencé de façon très constructive ».

Autour de la table des négociations se trouvent le conseiller à la sécurité nationale étasunien, Mike Waltz, le secrétaire d’État étasunien, Marco Rubio, le premier ministre saoudien Mohammed ben Salmane (MBS), le chef du bureau présidentiel ukrainien, Andriy Yermak, et le ministre ukrainien de la Défense, Rustem Umerov. Ce sommet aurait notamment abordé la question de la paix entre la Russie et l’Ukraine. Le rapprochement du président Trump avec Moscou a également été l’un des points majeurs de la discussion.

L’Arabie saoudite s’impose sur l’échiquier mondial

Le 18 février dernier, l’Arabie saoudite avait déjà joué un rôle d’intermédiaire entre la Russie et les États-Unis. Dans cette continuité, le royaume accueille cette fois-ci l’Ukraine et les États-Unis. MBS cherche à redorer l’image de son pays, autrefois mis à l’écart et accusé de violations des droits de l’homme.

Si certains y voient une simple stratégie de « soft power », notamment dans la perspective de la Coupe du monde de football 2034, d’autres alertent sur un possible conflit d’intérêts. Donald Trump a révélé que la première visite à l’étranger de son second mandat se ferait en Arabie saoudite. Cette annonce a suscité de nombreuses réactions, d’autant plus que NBC News a révélé que Riyad avait investi plus de 2 milliards de dollars dans un fonds géré par Jared Kushner, le gendre de Trump.

Adam Doukali