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L’Empire Québecor: histoire et influences

28 mars 2025 - Par - Catégorie : culture Médias Politique

Pierre Karl Péladeau lors de son acquisition des Alouettes de Montréal. Mention photo : The Montreal Gazette.

Par Eve Bernier, Baptiste Bouchard et Sebastian Herrera-Ramirez

Peu importe l’état du monde des communications québécoises, Québecor est un acteur majeur depuis 1965. Plus que jamais, les médias traditionnels sont menacés, faute de plusieurs facteurs au tournant du siècle. L’entreprise est au centre de l’imaginaire des Québécois et Québécoises. Par ses multiples entreprises, la société fondée par Pierre Péladeau, à évoluer dans toutes les sphères de la société québécoise. De la musique, aux livres, en passant par l’information et le journalisme. Par la suite, Pierre Karl Péladeau succède à son père et amène l’empire dans la nouvelle économie. Le monde médiatique change au tournant du 21e siècle, le numérique prend une place grandissante, le traitement de l’information change et les habitudes des Québécois par rapport aux nouvelles changent tout autant. Québecor a été critiqué à plusieurs reprises et avec raison. Péladeau père pouvait avoir un esprit revanchard et son fils a quelquefois suivi dans cette lignée. Cependant, il est aussi vrai de dire que les deux ont répondu présents lorsqu’il était question d’aider les médias québécois. Quoiqu’elle reste une entreprise privée, il serait inadéquat d’omettre la participation du gouvernement québécois dans l’histoire et certaines acquisitions du groupe Québecor. Vous lirez ici l’histoire d’un géant québécois.


Les débuts avec Pierre Péladeau 
La légende a été répétée mainte fois, le jeune Pierre Péladeau emprunte 1 500 $ à sa mère pour acheter, dans les années 50, le Journal Rosemont1. Entrevoyant la libération des mœurs du Québec de la Révolution tranquille, il lança un concours de beauté nommé la Miss Rosemont. Un concours qui lui permettra de doubler sa mise initiale2. Les acquisitions subséquentes des journaux Nouvelles et Potins et Échos-Vedettes s’inscrivent dans la volonté de M. Péladeau de faire du « journalisme jaune ». Un type de journalisme qui se caractérise par le sensationnalisme et une prédominance du fait divers. Le « journalisme jaune » a été popularisé par Hearts et Pulitzer aux États-Unis. Ainsi, M. Péladeau place déjà les assises qui caractériseront l’empire Québecor dans les années qui suivront.


Par exemple, au sein de Nouvelles et Potins, il est question de laisser une place grandissante aux chroniqueurs pour perturber la conscience du peuple dit moribond3. Cet hebdomadaire, qui, contrairement aux autres journaux détenus par M. Péladeau, couvre l’actualité nationale plutôt que locale, ne perdait aucune occasion pour vilipender les politiciens, artistes ou autres personnalités. Dans une volonté anticonformiste, l’hebdo publie une section dénommée « les Caves de la semaine » où maintes personnalités goûtent aux sermons des chroniqueurs4. Sans trop le savoir, M. Péladeau se forge, pour lui et ses médias, une réputation irrévérencieuse et sensationnaliste.


Cette réputation, et plus globalement celle des journaux jaunes, desquels font partie Nouvelles et Potins, va rapidement attirer l’attention d’organisations religieuses. Religion qui, faut-il le rappeler, avait une importance capitale dans la société québécoise des années 1950. Ce sont plus particulièrement les Ligues du Sacré-Cœur qui cherchaient à bannir ces « journaux de Satan ». Le maire Jean Drapeau, lui aussi, mettait la main à la pâte pour ralentir leur publication. Voyant du potentiel sur la scène de l’actualité québécoise et pour se concentrer sur celle-ci, Pierre Péladeau vend ses journaux de quartier et affirme donc ses ambitions de croissance5.


Au sein de cet empire, il y a le Journal de Montréal, premier quotidien de M. Péladeau et figure encore centrale de ce qui allait devenir Québecor. En 1964, ses débuts sont déjà marqués par un événement caractéristique. Un lockout à La Presse ouvre une porte inestimable pour le patriarche de la famille Péladeau, qui lance ce nouveau quotidien en un délai très court, en se reposant sur les piliers du divertissement et du spectacle6.

Pierre Péladeau, patriarche de la famille Péladeau. Mention photo : Armand Trottier, Archives La Presse.


À ses débuts, le Journal de Montréal souhaite s’inscrire comme un compétiteur de La Presse, qui était alors le plus grand quotidien francophone en Amérique. Toujours avec l’aspect caractéristique des publications de Péladeau, le journal est publié à 15 h comme l’était habituellement son rival. Pour pouvoir s’implanter de manière sérieuse, M. Péladeau veut que son nouveau projet soit plus qu’un « journal à potins ». Pour ce faire, il joue d’un stratagème astucieux afin d’obtenir les actualités issues des agences de presse qui ne lui étaient autrement pas distribuées ; il engage des pigistes travaillant aux stations de radio CKAC et CKVL pour recevoir les informations du jour7.


Pierre Péladeau fonde l’entreprise Québecor le 8 janvier 1965, soit peu de temps après le retour en kiosque de La Presse, pour regrouper ses propriétés d’affaires sous une même égide. Ce regroupement permet de faciliter l’administration de tous les journaux et d’investir les profits réalisés par les différents hebdomadaires à vocation artistique dans le Journal de Montréal, qui n’était plus profitable depuis l’arrêt de la grève chez son compétiteur. Ses titrages ont fortement baissé, passant de près de 100 000 exemplaires vendus par jour à 10 000. M. Péladeau et sa rédaction ayant sous-estimé la difficulté de compétitionner avec un journal mieux établi, mieux financé et avec des effectifs plus nombreux, tout en restant dans le même créneau de publication. Durant les sept années qui suivent le retour de La Presse, le Journal de Montréal ne réussit pas à atteindre le seuil des profits et doit donc être tenu à flots par les recettes des autres journaux de la compagnie8.


L’établissement d’une concentration verticale
Alors propriétaire des moyens d’édition et d’impression, M. Péladeau décide de fonder son propre réseau de distribution de Messageries Dynamiques9. Ainsi se dessine une forme d’intégration verticale, soit le fait de détenir la production de plusieurs phases d’un même produit médiatique10. Il ne lui manque que le contrôle de la production du papier, ce qu’il réussira à faire plusieurs années plus tard avec l’acquisition de la papetière Donohue en 1987.


Acquisition de la papetière Donohue
Dans une volonté de vouloir augmenter le tirage de ses journaux, Pierre Péladeau voit, dans l’achat de la papetière Donohue, une opportunité intéressante. C’est le début de l’aventure de Québecor dans le monde du papier. L’intention derrière cette acquisition par Pierre Péladeau et son associé Robert Maxwell était de « garder le contrôle sur le produit final »11. Cette acquisition ne s’est pas faite sans l’aide du gouvernement libéral de l’époque. Le gouvernement de Robert Bourassa, qui détenait 56 % de la papetière, cherchait à privatiser la compagnie, mais souhaite la céder à une compagnie québécoise12. Le 18 février 1987, le gouvernement Bourassa accepte l’offre de 320 millions de dollars du consortium formé de Péladeau et Maxwell pour devenir propriétaire de la papetière Donohue13. Québecor devient alors propriétaire de leurs moyens de production. La papetière est finalement revendue à Abitibi-Consolidated en 2000.


Québecor, premier imprimeur mondial
Une fois bien établi dans le domaine de l’édition et de la publication de journaux et de magazines au Québec et au Canada, Pierre Péladeau s’est vu diriger ses ambitions d’expansion vers l’imprimerie. Malgré l’influence représentée, l’édition des journaux ne permettait alors de générer que 10 % du chiffre d’affaires de l’entreprise.


Québecor s’implante sérieusement dans le milieu de l’impression aux États-Unis en 1990 avec l’achat de Maxwell Graphics pour 510 millions de dollars, dont 115 millions étaient issus d’une contribution de la Caisse de dépôt et placement du Québec. En 1992, la division Imprimerie Québecor fait son entrée en bourse, ce qui facilite son implantation à l’international. La compagnie s’affirme ensuite outre-Atlantique avec l’acquisition des imprimeurs français Fécomme et Jean-Didier, ce second était alors le plus gros imprimeur du pays avec des titres prestigieux comme Paris Match, Le Figaro et L’Express. Ce qui certifie Québecor comme le géant de l’imprimerie, c’est l’acquisition de son rival World Color Press en 1999. La transaction est d’une valeur de 2,7 milliards de dollars et devient la plus importante de l’histoire du secteur. Pour marquer cette croissance importante, Imprimerie Québecor devient Quebecor World, le premier imprimeur commercial au monde14. Québecor décide alors de retirer le e accent aigu pour montrer ses ambitions internationales15.


La montée en bourse de l’action de Quebecor cause une euphorie au sein de l’entreprise. Celle-ci décide alors d’acheter le média torontois Sun Media pour 983 millions de dollars16. D’ailleurs, Sun Media avait des parts majoritaires du portail internet Canoë qui était le site de recherche le plus populaire du Canada anglophone. L’importance de l’entrée de cet acquis au sein de Québecor a été un des éléments qui a fait s’accélérer son virage multimédia17. À la suite de l’achat du groupe médiatique ontarien Osprey Media en 2007, Quebecor World devient le plus grand éditeur de journaux au Canada18. Cependant, en 2008, le marché de l’impression vit une crise et n’est plus ce qu’elle était auparavant. Quebecor World était à ce moment-là encore propriétaire de plusieurs imprimeries. La valeur de ses actions chute sous la barre des uns dollar et, en janvier 2008, l’entreprise se place sous la loi sur la faillite et l’insolvabilité au Canada et aux États-Unis19. C’est la fin de Quebecor World et le retour à Québecor avec son accent aigu.


Acquisition de Vidéotron
La compagnie de câblodistribution Vidéotron était déjà un fleuron québécois avant sa vente au groupe Québecor. Appartenant à la famille Chagnon, la compagnie était déjà établie dans la région de Montréal et de Gatineau. Déjà elle était épaulée par la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui l’a aidé à essuyer des pertes financières à maintes reprises20. L’entreprise cherche à ne pas se faire écraser par Bell, alors elle accepte une offre d’achat de Rogers Communications21. La Caisse de dépôt détenait, depuis 1971, 30 % des parts de Vidéotron, ce qui lui accordait un premier droit de refus sur toute offre de ventes qui pourraient subvenir22. Ainsi, lorsque la Caisse prend connaissance des pourparlers entre Rogers et André Chagnon, alors à la tête de Vidéotron, elle décide de ne pas appuyer cette vente. La raison ? La Caisse ne veut pas perdre une compagnie québécoise au profit d’un géant ontarien. La saga du rachat de Provigo par Loblaws est encore fraîche dans la mémoire de la Caisse23.


Pour la Caisse, s’il n’était pas en mesure d’empêcher la vente de Vidéotron, l’essentiel était que TVA reste au Québec. Rogers était alors réticent de ne pas avoir TVA d’incluse dans l’accord. La saga juridico-légale de la transaction dure environ cinq mois et se termine par l’achat de Vidéotron par Québecor et la Caisse de dépôt et placement du Québec. Québecor 1, 035 milliards de dollars comptants et la Caisse met, pour sa part, 2,2 milliards de dollars comptants24. C’est, à ce moment, le plus gros investissement dans une entreprise privée de la part de la Caisse. La part de Québecor s’élève à 54,7 % et à 45,3 % pour la Caisse. Québecor crée la nouvelle entité de Québecor Media pour officialiser son entrée dans la nouvelle économie. Un nouveau modèle d’affaires est né, la convergence de l’informatique, des médias et des télécommunications. Québecor devient un leader médiatique au Québec. L’entreprise compte maintenant avec l’accès à internet, la câblodistribution, les portails web (Canoë, par exemple), les quotidiens et le contenu télévisuel25.


Investissements en culture
En plus des journaux, revues, de la télévision avec TVA, de la téléphonie cellulaire et de la connexion au réseau internet et télévisuelle avec Vidéotron, l’empire Québecor s’est aussi démarqué en mettant un pied dans la distribution, production et organisation de contenu culturel.
D’abord, en 1995, Québecor devient actionnaire majoritaire d’Archambault, une entreprise de distribution de disques, de livres et d’instruments de musique26. Québecor se départit de ces magasins 20 ans plus tard, au profit de la chaîne de librairie Renaud-Bray.


Pour l’édition de livres, Québecor détient 18 maisons d’édition partagées sous les groupes ; Homme qui contient les Éditions de l’Homme, Petit Homme et Édition la Semaine notamment. Groupe Librex, qui contient entre autres les éditions Stanké, Trécarré et Libre expression et Groupe Ville Marie littérature, qui est reconnue pour Les éditions du Journal. Pour l’édition de manuels scolaires, Québecor détient aussi Les éditions CEC27.


En musique, l’empire médiatique couvre la production de disques avec Musicor disques, qui produit des artistes populaires comme Lara Fabian, Corneille, Kaïn et Marie-Ève Janvier. La distribution se fait avec Distribution Select, qui réunit plus de 600 maisons de disques et signe des ententes avec les plateformes de diffusion numériques les plus importantes28.
Québecor est aussi présent dans le milieu de la production cinématographique. En 2014, le groupe achète Vision Globale, la plus grosse entreprise de production et de location de matériel cinéma et télé au Canada, lors d’une enchère avec le groupe américain Clearlake Capital. Vision Globale avait obtenu les studios MELS, Cité du cinéma en 201229. Studios derrière la production de grands films américains, comme Arrival, The aviator, Catch me if you can, ou encore d’émissions de variétés québécoises, comme La Voix ou Star Académie30.


Québecor s’inscrit dans le domaine de l’organisation et gestion d’événements de grande envergure quand il prend la tête de Gestev, le groupe fondé en 1992 derrière le Festival Cigale, le marathon Je cours QC et le célèbre Igloofest.

PKP visiblement attristé. Mention Photo : Courrier Frontenac.


Arrivée de l’agence QMI
L’agence de presse du groupe Québecor est une décision qui transforme la manière d’entrevoir l’information et son traitement. C’est une étape clé dans la convergence des produits au sein de l’empire Québecor. Cette agence lui permet de publier des textes dans différents produits de l’entreprise. Sa création n’est pas sans controverse. Le 22 avril 2007, Québecor décrète un lock-out au Journal de Québec. PKP est accusé, par le syndicat des journalistes du JDQ, lors du lockout, d’utiliser des méthodes qui constituent un viol de la loi antibriseurs de grève31. Notamment, en créant l’agence QMI, qui embauche des gens qui se font passer pour des journalistes de chez Canoë32. L’agence QMI est une réponse directe à la volonté de restructurer la compagnie dans une perspective de concentrer le capital sous le même toit. Un avantage qui plaît à PKP. Dans la théorie capitaliste, la concentration du capital et, par le fait même, la concentration des différents secteurs de productions permettent une viabilité des médias33. C’est un chemin qu’entreprend naturellement Québecor.

Québecor se retire du Conseil de presse
Le 30 juin 2010, une décision qui choque le monde des médias québécois se produit, Québecor se retire du Conseil de presse du Québec34. Le retrait de l’entreprise signifie aussi qu’il ne financera plus sa cotisation à l’organisme. Sa cotisation était alors chiffrée à 45 000 $ et son retrait fait que 40 % de l’information qui est consommée au Québec échappera aux décisions du tribunal journalistique35. La raison du retrait, selon PKP, est due aux décisions défavorables du conseil sur le JDM et le JDQ, qu’il juge injustes. Au passage, il critique fortement la décision du Conseil de vouloir porter un jugement sur les informations relayées dans les blogues.


Lors de notre entrevue avec l’ex-directeur de l’Information à Radio-Canada, Alain Saulnier, la décision de Québecor de se retirer du Conseil de presse s’inscrivait dans la critique que les médias avaient envers cet organisme, selon lui. Il n’était pas la formule idéale, manquait de jurisprudence. Bref, ce n’était pas un outil idéal à ce moment-là, probablement à cause d’un manque de financement, selon l’ancien journaliste.


Symboliquement, pour M. Saulnier, une telle décision laisse un précédent. « La symbolique, c’est qu’on ne veut pas, nous, être redevables sur le plan éthique à quelque autorité que ce soit, à quelque tribunal au-dessus de la mêlée qui peut intervenir sur nous », ajoute M. Saulnier.

Types et définition de concentration

Au Québec et plus largement au Canada, le phénomène de la concentration des médias ne désigne pas seulement que la présence importante de Québecor au sein du paysage médiatique. Dans un marché défini, une concentration de la propriété désigne le fait que « l’ensemble des entreprises appartient à seulement quelques groupes »36. Ainsi, les principaux acteurs de la concentration des médias au Québec sont le groupe Québecor de la famille Péladeau, duquel nous avons déjà détaillé les nombreuses acquisitions, et le groupe Power Corporation de la famille Desmarais, qui a longtemps détenu La Presse et les différents quotidiens régionaux qui font dorénavant partie des Coops de l’information. Le Soleil, Le Nouvelliste, etc. À eux deux, ces groupes ont longtemps possédé la quasi-totalité de la presse écrite québécoise.

Le groupe Québecor est un cas intéressant, parce qu’il correspond à une grande partie des termes employés pour définir des situations de concentration. D’abord, il constitue une concentration horizontale, puisqu’il possède plusieurs médias du même genre, notamment des journaux37. Pour ce qui est de la concentration verticale, elle a déjà été expliquée plus tôt dans ce document, lorsqu’il était question de l’acquisition de la papetière Donohue. Elle consiste en un groupe ou une entreprise qui domine plusieurs phases d’un processus de production38. Le groupe fait aussi figure de concentration croisée ou mixte, puisqu’il possède des activités dans au moins deux secteurs médiatiques39, par exemple, la télévision et les journaux. Ensuite, la définition la plus imposante, celle de l’intégration multisectorielle, plus connue sous le nom de conglomérat. Dans ce cas, Québecor doit détenir des médias ainsi que des compagnies qui œuvrent dans un autre domaine, soit au choix : les télécommunications avec Vidéotron, la distribution de journaux avec Messageries Dynamiques ou les loisirs avec le Groupe Archambault, etc.

Pierre Karl Péladeau, successeur et fils de Pierre Péladeau. Mention photo : Jacques Boissinot, Archives La Presse Canadienne.

Avantages de la concentration

Les avantages souvent décriés pour une concentration de capital et de produits culturels sont les économies d’échelle et la convergence de tous les services connexes (Ressource humaine, service de paie, l’organigramme administratif, etc.) sous un même toit. Les dirigeants de Québecor affirment qu’une telle concentration permet de pérenniser les sources de revenu et de leurs activités, de concentrer les efforts de l’entreprise sur la recherche et l’enquête journalistique40. Un portefeuille diversifié dans les produits médiatiques permet aussi d’atteindre un nombre élevé de citoyens-consommateurs41.

Dans le cas de Québecor, l’acquisition et la fusion de différents moyens de productions et de produits culturels au sein de son entreprise renforcent sa présence dans l’imaginaire québécois. « L’entreprise peut désormais diffuser des contenus — informationnels et culturels — et faire valoir certaines de ses marques sur un grand nombre de plateformes. »42. Pour Michel Therrien, producteur des émissions à vos affaires, La TVA 22 h, entre autres, la centralisation du groupe Québecor rend le tout plus efficace : « plutôt que de produire 15 fois du contenu, on fait un contenu qu’on diffuse sur 15 plateformes ». Ainsi, on remarque que plusieurs chroniqueurs du JDM peuvent aussi apparaître à LCN ou à QUB radio. Si le contenu est écoulé sur toutes les plateformes, il en va de soi pour les chroniqueurs.

Ainsi, le commentariat politique et social et l’opinion prennent une place grandissante sur la bande FM QUB radio et sur la chaîne spécialisée LCN. Pourquoi une telle place au commentariat et à l’opinion ? Pour Michel Therrien la réponse est simple : « L’opinion génère de la nouvelle. ».

Un bon exemple de l’autopromotion et de la déclinaison du produit sur toutes les plateformes de Québecor est l’émission de variété Star Académie. Si elle est, avant tout, présentée en variété le dimanche, un produit connexe (la quotidienne) est présenté en semaine. Déjà deux déclinaisons du même produisent. Ensuite, la couverture de l’émission est assurée par les deux grands quotidiens de Québecor (JDM et JDQ), par le magazine 7 jours, qui produit des articles et des capsules vidéos dans son magazine et ses plateformes sur les réseaux sociaux respectivement. La plateforme web TVA + permet de rattraper le contenu manqué au cours de la semaine. La vente et la production de produits dérivés sont bien sûr prises en charge par une société interne. L’autopromotion est au cœur de la stratégie interne de l’entreprise.

Désavantages de la concentration

Les médias jouent un rôle important dans la démocratie, celui d’informer les citoyens et de faciliter la rencontre de différentes idées et opinions. Dans le cas d’une concentration médiatique, l’objectif est dirigé par des intérêts de rentabilité économique et il s’éloigne donc de son but premier dans la société démocratique. Le rapport final d’un Comité conseil sur les effets de la concentration des médias au Québec, dirigé en 2003 par Armande St-Jean, Ph. D. exprime bien la matérialisation de ce principe : « plus un média est sujet à des objectifs de profits, plus les pratiques journalistiques professionnelles tendront à être remplacées par un “journalisme de marché”. Les annonceurs ne recherchent en effet pas un journalisme de haute qualité, mais un journalisme “de la qualité requise pour rejoindre le public ciblé”. L’objectif du journalisme de marché n’est pas d’informer, mais de satisfaire les consommateurs visés. »43

Lorsque plusieurs médias sont sous l’égide d’une même compagnie, ils pourront plus facilement mettre de l’avant du contenu qui se rapproche de sa ligne éditoriale. Ainsi, on peut voir des répercussions sur la variété des opinions exprimées, sur le type de contenu mis de l’avant et des thèmes abordés, sur le type d’analyse qui sera faite d’un sujet particulier, etc44.

Lock-out au Journal de Montréal en 2009. Mention photo : Ryan Remiorz, Archives La Presse Canadienne.

La fin du 20e siècle: l’ère du numérique qui a tout fait basculer

L’empire de Québecor subit une onde de choc en 1999. Ce géant de l’imprimerie à l’échelle mondiale a perdu son fondateur, Pierre Péladeau, comme mentionné plus haut. Son fils, Pierre-Karl Péladeau, a ensuite repris les rênes. Le problème: Quebecor était à l’aube d’une révolution numérique inégalée et il n’était pas prêt.

Alors une des actrices principales dans le monde de l’imprimerie, la santé générale de la compagnie était à son comble. Québecor avait une bonne santé financière, surtout à la suite de l’acquisition de l’importante imprimerie américaine World Color Press, qui a d’ailleurs motivé l’adoption du nouveau nom Quebecor World.

Cependant, toutes les pratiques avec lesquelles l’entreprise québécoise avait fait fortune allaient être révolutionnées à jamais. La presse écrite, la télévision, la radio, les publicités: de la manière de consommer le contenu, à la manière de le produire, la compagnie médiatique qu’était Quebecor a dû se réinventer (comme tous les médias du monde d’ailleurs).

 L’arrivée des GAFAM

En 1999, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a décidé de se pencher vers l’essor du monde numérique. Il a donc ouvert les valves, permettant aux grandes entreprises américaines de s’installer au Canada, sans condition ni restrictions45. Véritable cheval de Troie, les compagnies comme YouTube, Netflix, Facebook, puis Twitter (maintenant X) et Amazon sont venus coloniser numériquement le Canada. 

Alain Saulnier, ancien directeur de l’information à Radio-Canada et auteur de plusieurs essais, a fait part, lors d’une entrevue pour ce projet, que cet éclatement dans le monde des communications était prévisible. Il a ajouté que Quebecor, comme tous les autres grands médias qui œuvrent dans le milieu depuis longtemps, n’a pas adopté les mesures nécessaires afin de se préparer au virage. D’ailleurs, il considère que, de 1999 à 2023, des mesures concrètes auraient dû être mises en place par le gouvernement et le CRTC afin de protéger l’intégrité et l’indépendance numérique du Québec. Pourtant, rien n’a été fait avant la loi C-11 sur la radiodiffusion en 2023.

Avant, la situation était différente. À l’époque où TVA était la plus grosse chaîne télévisée d’information, suivie de Radio-Canada et d’autres petites chaînes, la culture de la télévision était tellement ancrée dans les mœurs de la société québécoise que personne ne croyait qu’un jour, ce mode de communication serait révolu, ainsi que tous les autres de l’époque.

« On s’énervait parce que Québecor contrôlait TVA, contrôlait Vidéotron, contrôlait le Journal de Montréal, le Journal de Québec. On avait raison aussi, et on a encore raison de s’inquiéter de cet immense pouvoir que détient PKP », explique l’ancien directeur de l’information. La concentration des médias n’est toutefois pas une préoccupation née d’hier. Il met l’accent sur ce qui est pour lui le réel danger: les géants numériques américains.  « Tous les médias se sont trouvés tout à coup confrontés avec une situation où ils allaient être marginalisés complètement », dit M Saulnier.

Avec la montée en popularité de Google et de Facebook, Québecor a perdu 80 %46 de ses revenus provenant des publicités numériques. Par exemple, à la place de faire un cahier dans Le Journal de Montréal, les compagnies se tournaient vers ces géants américains qui leur offraient une bien meilleure visibilité pour bien moins cher. De cette manière, le modèle d’affaires qui s’appuyait sur le revenu publicitaire ne fonctionnait plus comme avant. 

« En une décennie, les dépenses en publicité au Canada sont passées de 12 milliards de dollars à près de 20 milliards. Or, les médias traditionnels n’ont pas du tout profité de cette croissance fulgurante », mentionne le journaliste Étienne Paré dans un article pour Le Devoir. Dans ce même article, il explique que c’est plutôt le contraire: le ¾ des annonceurs ont quitté les médias traditionnels pour aller vers Facebook et Google.

Alain Saulnier ajoute à ces statistiques que « l’odieux », c’est que les montants dépensés dans de la publicité peuvent être déduits des rapports d’impôt de la compagnie. Donc, par exemple: Ameublement Tanguay débourse 200 000$ pour une campagne de pub qui offre 20% sur les achats pendant la semaine de Pâques. Les conseillers en marketing proposeront à cette compagnie de faire la publicité sur TikTok et Instagram, pour rejoindre les jeunes qui veulent se meubler à faible coût. « Il va pouvoir bénéficier de 35 % de réduction de déduction fiscale s’il fait de la publicité, même si sa publicité est destinée à des plateformes étrangères, il peut quand même bénéficier de rabais. Il n’y a pas aucune loi qui enlève ça », déplore M Saulnier.

Un autre élément clé dans le tournant dans l’économie de l’entreprise, c’est la dégringolade boursière du secteur des nouvelles technologies qui a causé une dévaluation importante de Québecor Media47. On parle d’une dévaluation de 40% sur le placement de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans Québecor Media48. L’industrie des télécommunications chute de 46% sur le Nasdaq49.  Une chute que Québecor n’a pas su prévoir. Elle suit un moment charnière dans la formation de l’empire: l’achat de Vidéotron.

Québecor contre attaque…ou du moins essaie

Voyant bien que le Journal de Montréal et le Journal de Québec ne faisaient plus autant d’argent, allant de même pour TVA, Québecor a dû faire volte-face. La nouvelle acquisition, Vidéotron, était le nouveau cheval de bataille. Avec la montée de l’hyperconnectivité, tous les ménages québécois se munissent désormais d’un réseau wifi. Ils devaient donc passer par un fournisseur, là où Vidéotron entrait en jeu50.

En entrevue, Alain Saulnier explique que, bien qu’aujourd’hui Vidéotron ne rapporte plus autant qu’avant, il n’en est pas moins que cette filiale reste importante dans les profits de l’entreprise. En compétition avec Bell et Rogers, par exemple, Vidéotron se place comme intermédiaire. Aussi, il essaie de se réinventer comme il peut afin de faire concurrence à Amazon Prime, Crave, et Netflix avec des offres comme Illico+. Plusieurs millions de dollars ont été injectés dans la numérisation et la modernisation du contenu51

M Saulnier a également soulevé un point majeur dans la réponse de Québecor face aux GAFAM: la convergence. « Ils ont développé leur propre modèle. Ils ont réduit leur personnel », explique-t-il. L’entreprise a donc centralisé tous ses effectifs sous un seul toit, permettant ainsi à un individu de faire plusieurs types de journalisme, par exemple. « Tout le monde est utilisé au maximum », selon Alain Saulnier.

De la convergence est né le vedettariat. Cette idée de présenter les mêmes personnalités pour en faire des icônes dans tous les médias de Québecor. Voici donc l’explication de l’ancien journaliste concernant ce sujet particulier: « [le vedettariat]fait partie de la stratégie. Quand tu as quelqu’un que tu mets sur toutes les plateformes, il est évident qu’il va être plus connu que quelqu’un qui n’est pas sur toutes les plateformes. Richard Martineau est devenu une vedette parce que, non seulement, il écrivait dans le journal de Montréal, mais aussi, il était animateur à LCN à l’époque. Il s’est promené un peu partout. Mais après ça, Québecor puis PKP ont décidé de rapatrier tout le monde en disant qu’ils ne travaillaient plus ailleurs. C’est comme ça que tout le monde circule dans ce cube ou ce cercle fermé des entreprises de Québécois. C’est ça qu’on pourrait dire que le modèle d’affaires d’aujourd’hui se base [en partie]sur la surutilisation des mêmes personnalités. En plus, c’est que le discours de droite les a aussi contaminés.»

En bref, les revenus publicitaires ont nettement diminué, tout comme les effectifs. Pour survivre, Québecor a dû se réinventer et a misé sur la convergence des différentes parties de la compagnie, ce qui implique que les employés sont plus polyvalents à travers les différentes branches de Québecor.

Sources : Statistique Canada, Industries de la télédiffusion (jusqu’en 2009), puis CRTC, Relevés statistiques et financiers — Télévision traditionnelle, Services facultatifs et sur demande et Services de télévision payante, à la carte, VSD et d’émissions spécialisées. Ces dernières données excluent les résultats de CPAC, Météomédia, Télétoon, Illico sur demande et Vu! qui sont considérés comme des services bilingues.

Les dangers qui nous guettent

L’invasion des GAFAM est extrêmement inquiétante, selon plusieurs experts. Pour Alain Saulnier, le Canada est devenu le 51e État des États-Unis depuis qu’ils se sont installés au pays de manière numérique: « La souveraineté numérique du Canada, on l’a perdue, elle appartient aux Américains. Si, demain matin, il y avait une invasion pour envahir le Canada, le gouvernement serait pris pour utiliser Facebook et puis le réseau X pour dire “aux armes citoyens.” Ça ne marche pas, donc. » 

Depuis leur arrivée, les médias traditionnels québécois ont de la difficulté à survivre, ce qui représente un risque pour notre démocratie, explique Alain Saulnier. « Nous sommes désormais confrontés à une crise médiatique sans précédent, dans laquelle des conflits politiques inattendus surgissent. Jamais on n’aurait pensé que nos alliés de toujours allaient nous revenir en pleine gueule, c’est très inquiétant », se désole-t-il. 

Le monopole de la sphère médiatique par les Américains est une menace imminente pour l’indépendance du Canada, selon lui. Toujours est-il que le gouvernement ne semble pas prendre action, par peur ou par stratégie? 

Dans ses livres, M Saulnier présente deux pistes de solutions. La première étant de redéfinir le rôle des médias traditionnels, comme les journaux. Offrir du meilleur contenu, plus exclusif, du journalisme de meilleure qualité, une manière nouvelle de présenter l’information. La deuxième est d’établir une nouvelle forme de propriété des médias. Il donne en exemple Le Devoir, qui tente tant bien que mal de survivre. 

Bien sûr, il croit que, dans un monde idéal, le Canada devrait s’affranchir complètement des É-U, mais il reste conscient que ce n’est pas réaliste à l’heure où nous sommes rendus. 

  1. Pierre DUBUC, PKP dans tous ses états, Montréal, Les éditions du Renouveau québécois, 2015, p. 18. ↩︎
  2. P. DUBUC, ibid., p. 18. 
    ↩︎
  3. Jean CÔTÉ, Le vrai visage de Pierre Péladeau, Montréal, Stanké, 2003, p. 52-53. ↩︎
  4. J CÔTÉ, ibid., p. 52-53.
    ↩︎
  5. BRAULT, Julien. Péladeau, une histoire de vengeance, d’argent et de journaux, Montréal, Québec Amérique, (2008), p. 63-64. ↩︎
  6. P. DUBUC, op. cit., p. 19. ↩︎
  7. BRAULT. J, op. cit., p. 79. ↩︎
  8. BRAULT. J, ibid., p. 80-84. ↩︎
  9. BRAULT. J, ibid., p. 82.
    ↩︎
  10. PILON, Alain et PAQUETTE, Martine. Sociologie des médias du Québec ; de la presse écrite à internet, Montréal, Fides éducation, (2014), p. 177. ↩︎
  11. BRAULT. J, ibid., p. 148. 
    ↩︎
  12.  BAnQ numérique, « Acquisition par Québecor de la papetière Donohue », BAnQ numérique, https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/evenements/ldt-1087, (page consultée le 27 mars 2025). ↩︎
  13. Yvon LABERGE, « Donohue passe aux mains de Quebecor », La presse, 1987-02-19, Collections de BAnQ, (page consultée le 27 mars 2025). ↩︎
  14. BRAULT. J, op. cit., p. 152-155. ↩︎
  15. P. DUBUC, op. cit., p. 17. ↩︎
  16. P. DUBUC, ibid., p. 21-22. ↩︎
  17. BRAULT. J, op. cit., p. 227. ↩︎
  18. P. DUBUC, ibid., p. 22.
    ↩︎
  19. P. DUBUC, ibid., p. 22. ↩︎
  20. Mario PELLETIER, La Caisse dans tous ses états, Montréal, Carte blanche, 2009, p. 270.
    ↩︎
  21. P. DUBUC, op. cit., p. 25 ↩︎
  22. M. PELLETIER, op. cit., p. 270. 
    ↩︎
  23. M. PELLETIER, Ibid., p. 269. ↩︎
  24. M. PELLETIER, Ibid., p. 282. ↩︎
  25. M. PELLETIER, Ibid., p. 280. ↩︎
  26. CLOUTIER. Mario. Archambault passe aux mains de Québecor, Le Devoir, (1995, 21 oct). p. 1C. ↩︎
  27. Site web de Québecor, section Activités sous section Livres. (Page consultée le 27 mars 2025) ↩︎
  28. Site web de Québecor, section Activités sous section Musique. (Page consultée le 27 mars 2025) ↩︎
  29. DÉCARIE, Jean-Philippe. Québecor acquiert Vision Globale, La Presse, (2014, 26 oct.). https://www.lapresse.ca/affaires/economie/quebec/201410/26/01-4812716-quebecor-acquiert-vision-globale.php#, (Page consultée le 27 mars 2025). ↩︎
  30. Site web de Québecor, section Activités sous section MELS. (Page consultée le 27 mars 2025). ↩︎
  31. P. DUBUC, op. cit., p. 40. ↩︎
  32. P. DUBUC, Ibid., p. 41. ↩︎
  33. RABOY, Marc. Les médias québécois : Presse, radio, télévision, inforoute, 2e édition, Québec, Gaëtan       Morin éditeur, 2000, p. 78-79.
    ↩︎
  34.  Stéphane BAILLARGEON, «Quebecor se retire du Conseil de presse », 30 juin 2010, Le Devoir, https://www.ledevoir.com/culture/medias/291785/quebecor-se-retire-du-conseil-de-presse, (Page consultée le 27 mars 2025). 
    ↩︎
  35. BAILLARGEON, loc. cit,.
    ↩︎
  36. PILON, Alain et PAQUETTE, Martine. Sociologie des médias du Québec ; de la presse écrite à internet, Montréal, Fides éducation, (2014), p. 175. ↩︎
  37. PILON, Alain et PAQUETTE, Martine, Ibid., p. 176. ↩︎
  38.  PILON, Alain et PAQUETTE, Martine, Ibid., p. 177. ↩︎
  39. PILON, Alain et PAQUETTE, Martine, Ibid., p. 177. ↩︎
  40. Renaud CARBASSE, « « Du solide et du concret » : concentration de la propriété et convergence journalistique au sein du groupe Quebecor Média », 6 janvier 2011, Canadian journal of communication, https://doi.org/10.22230/cjc.2010v35n4a2381, (page consultée le 27 mars 2025). ↩︎
  41. CARBASSE, loc. cit,. ↩︎
  42. CARBASSE, loc. cit,. ↩︎
  43. SAINT-JEAN, Armande . (2003, janvier). Les effets de la concentration des médias au Québec : problématique, recherche et consultations. (Tome 2) [Rapport du comité conseil]. Archives numériques BANQ. p. 22. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/42272?docref=lesSrU8uekEA57fNd1uPhA, (Page consultée le 27 mars 2025). ↩︎
  44. PILON, Alain et PAQUETTE, Martine, loc, cit., p. 186. ↩︎
  45. SAULNIER, Alain. Tenir tête aux gérants du web, Montréal, Écosociété, 2024, p.283 ↩︎
  46. HORCHANI, S. (2010b). ANALYSE DES MODÈLES D’AFFAIRES DES MÉDIAS TRADITIONNELS FACE à LA MULTIPLICATION DES PLATEFORMES ÉLECTRONIQUES: CAS QUEBECOR MEDIA INC. [MÉMOIRE, Service des bibliothèques]. In UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL. https://central.bac-lac.gc.ca/.item?id=TC-QMUQ-3743&op=pdf&app=Library&is_thesis=1&oclc_number=757476494 . ↩︎
  47. M, PELLETIER, op. cit., p. 282. ↩︎
  48. M, PELLETIER, Ibid., p. 290. ↩︎
  49. M, PELLETIER, Ibid., p. 291. ↩︎
  50. A, SAULNIER, op. Cit., p. 152. ↩︎
  51. Quebecor lance une opération numérisation. (2007, 8 mai). La Presse. https://www.lapresse.ca/affaires/economie/200901/06/01-678378-quebecor-lance-une-operation-numerisation.php, (Page consultée le 27 mars 2025). ↩︎

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Site web de Québecor, section Activités sous section MELS. (Page consultée le 27 mars 2025) https://www.quebecor.com/fr/nos-activites/mels 

TVA Sports : le gouffre financier

28 mars 2025 - Par - Catégorie : Médias

Une annonce caché de tous

 En 2011,  Québecor a décidé de créer sa propre chaîne spécialisée dans le sport. En plus d’être une boîte de production importante, le groupe TVA possédait. Dans les années précédentes, l’entreprise avait lancé une chaîne de nouvelles en continu pour venir faire concurrence au Réseau de l’information (RDI). Suite au succès connu par LCN,à ce moment-là, le marché francophone était dominé par une seule chaîne, soit le Réseau des sports (RDS).En plus de reportages sportifs, La chaîne voulait offrir des bulletins de sports, des émissions de débats et d’affaires publiques. Présentement, on peut voir des films et des documentaires se joindre à la programmation. N’ayant pas acquis les droits pour le hockey des Canadiens, le poste réussit toutefois à mettre la main sur ceux des Sénateurs d’Ottawa. Le public peut regarder le football de la RSEQ, le tennis de la coupe Davis et le Tournoi des maîtres.

L’empire médiatique y voyait donc une opportunité en or. L’ouverture d’une chaîne sportive du groupe Quebecor était un secret et ce même pour les employés.  Sébastien Goulet, qui travaillait à l’époque pour TVA l’a appris en lisant le journal de Montréal le matin même de la conférence de presse.

Sébastien Goulet dévoile comment il a appris la création de TVA Sport

Des débuts difficile

Les premières années pour la chaîne ont été relativement difficiles puisqu’ils devaient convaincre le public d’ajouter un autre canal spécialisé en sport a leur forfait télévisuel. Assez rapidement, les dirigeants ont réalisé les coûts astronomiques de la diffusion sportive en direct sur place.

Malgré la présence de Paul Rivard et Pascal Jobin a Toronto pour quelques rencontres des Raptors en NBA, les cote d’écoute ne sont pas au rendez-vous. Les Raptors connaissent des années difficiles sans atteindre les séries a cet époque et sont bien loin d’être la même équipe que celle qui remporte un championnat quelques années plus tard.

25 rencontres des Sénateurs d’Ottawa dans la Ligue nationale de hockey (LNH), les événements de la Ultimate Fighting Championship (UFC) Les rencontres de la Ligue des Champions de l’UEFA sont parmi les droits disponibles dès le départ pour la nouvelle chaîne sportive.

Les rencontre de l’Impact de Montréal (aujourd’hui CF Montréal) sont partiellement diffusé dès les début de l’équipe dans la Major League Soccer (MLS) en 2012 et la station diffuse des rencontres des Blue Jays de Toronto de la Major League Baseball (MLB).

jusqu’à l’arrivé de le LNH sur la chaîne, le record de cote d’écoute est détenu par la finale de la coupe Memorial à Shawinigan qui a battu l’évènement Red Bull où l’autrichien Felix Baumgartner qui a effectuer un saut en chute libre en provenance de l’espace qui détenait le record de la chaîne.

2014 une année marquante

En 2014 tout bascule pour TVA Sport. l’entente pour les droits de diffusion de la LNH se termine à la fin de la saison 2013-14. En novembre 2013, Rogers, propriétaire du réseau Sportsnet, annonce avoir fait l’acquisition des droits de la LNH dès la saison 2014-15. Un contrat de 12 ans pour 5,2 milliard de dollars.

TVA Sports qui entretient déjà des liens forts avec Rogers depuis la création de la chaîne en 2011 saute sur l’occasion d’aller chercher les droits francophones. 110 millions par année pour tous les matchs à l’exception de celle des Sénateurs d’Ottawa et la majorité des rencontres du Canadiens de Montréal.

Seules les rencontres du samedi soir seront diffusées sur TVA Sports et ainsi que toutes les rencontres des séries. TVA Sports détient donc toutes les rencontres de la LNH a l’exception de celles qui attire le plus d’auditeurs en semaine.

De plus, la chaîne a offert la couverture francophone des Jeux Olympiques de Sotchi. En 2014, Québecor signe des contrats avec deux analystes vedettes provenant de chaînes concurrentes. Il est question de Renaud Lavoie qui travaillait à RDS et de Louis Jean qui travaillait à Sportsnet.

Le 12 septembre 2014 marque la naissance de la chaîne TVA Sports 2. Trois ans plus tard, soit le 15 avril 2015, L’empire Québecor lance TVA Sports 3 qui est un canal qui existe seulement lors du premier mois des séries éliminatoires de la LNH.

Un paris risqué

2015 est l’année marquée par  l’achèvement du Centre Vidéotron qui devait accueillir le retour des Nordiques de Québec. Bien que les fonds publics aient servi à l’érection de l’amphithéâtre, Québecor Média réussit à mettre la main sur les droits de gestion de l’aréna.

Les bureaux de TVA déménagent à proximité du Centre Vidéotron. TVA Sports serait aux premières loges pour diffuser les matchs de hockey. En 2016, la LNH annonce que la 31e équipe de la ligue évoluera à Las Vegas. Il s’agit d’une autre prise contre la chaîne. L’aréna donne tout de même de la visibilité à TVA Sports.

2020, une année difficile

La situation financière de TVA Sports était difficile puisque selon Paul Rivard, la chaîne perdait jusqu’à 30 millions par année. Lorsque la pandémie de COVID-19 frappe, le média doit faire d’importantes coupures. À partir de ce moment, la chaîne coupe dans tout ce qui est nouvelles sportives, soit la salle de nouvelles et les bulletins d’informations. RDS qui n’a pas aboli les actualités sportives avait maintenant un net avantage.

Au début de la pandémie, TVA sport est la seule chaîne sportive francophone qui diffuse des évènements sportifs récents puisqu’ils ont les droits de la World Wrestling Entertainment (WWE) qui n’a jamais cessé de produire du contenu malgré les changements qui ont dû être apportés.

Une tentative vers la baladodiffusion

En 2021, TVA Sports lance plusieurs baladodiffusions dont notamment Sur la passerelle qui est  une émission au sujet de la LNH et des Canadiens de Montréal animée par Patrick Lalime et Félix Séguin. Au même moment, la chaîne a lancé La dose, Du champ gauche, Lavoie-Letang et Temps d’arrêt se joignent à XI MTL, Les anti-pods de la lutte qui sont déjà sur la plateforme. Le canal  diffusait déjà  la version balado de son talk-show sportif Jic.

que reste-t-il quatre ans plus tard? les rediffusion de Jic sont encore disponnible et les anti-pods de la lutte sont les seul survivant des podcast sportif de qub.


Les plateformes de diffusions en ligne menacent la télé traditionnelle

La quantité de plateformes de diffusions en continue  est de plus en plus grande et le sport n’en est pas à l’abri. Diffuseur du CF Montréal depuis les débuts en MLS, TVA Sport perd les droits de diffusion lorsque la ligue signe une entente avec Apple TV pour créer le MLS season pass dès la saison 2023.

Cette entente permet toutefois à quelques rencontres d’être diffusé à la télé. Chaque semaine, la rencontre d’une des trois équipes canadiennes de la ligue pourra être distribuée. TVA Sport décide de ne pas diffuser la MLS et laisse les droits à RDS. c’est ainsi que le trio composé de Vincent Destouches, Frederic Lord et Frédérique Guay.

Destouches et Lord deviennent le duo de description francophone officiel du CF Montréal sur Apple TV alors, Guay continue son travail a TVA notamment à l’animation du Québec matin mais, en 2023, annonce prendre une pause de sa vie professionnelle afin de consacrer plus de temps à sa vie personnel. Les trois font partie de l’équipe de diffusion de l’omnium Banque national disputé à Montréal chaque année.

La fin de l’année 2024 a été marquée par le départ d’un autre contenu vers les plateformes de diffusion en continu. Diffusée sur TVA Sport depuis octobre 2017, la lutte de la WWE RAW débarque sur Netflix. Le duo composé de Pat Laprade et Kevin Raphael qui anime le balado les antipodes de la lutte quitte la station mais deviennent les commentateurs officiel en français canadiens pour l’ensemble des évènements de la WWE disponible sur Netflix.

Les plateformes de diffusion en ligne sont de plus en plus importantes dans le sport. Dans le milieu du soccer, tout est disponible en ligne. Depuis sa saison inaugurale en 2019, la Canadian Premier League (CPL) est exclusivement sur la plateforme ONE Soccer qui diffuse également les rencontres de l’équipe nationale et celle du Championnat canadien. Six ans plus tard, une entente a été faite avec TSN pour diffuser des rencontres sur la chaîne sportive dès 2025. 

Voyant très le nombre d’abonnées au câble diminuer année après années, TVA Sport a lancé en 2019 TVA Sport direct, un service d’abonnement en ligne pour avoir accès au contenu de la station sans devoir passer par la télé traditionnelle. Quelques rencontres de la LNH sont présentées exclusivement sur la plateforme.

des membres importants

Paul Rivard

Arrivé dans l’aventure de TVA Sports avant même sa création, Paul Rivard a quitté en 2020 lorsque ses patrons lui ont proposé de continuer ou d’accepter une offre de départ.

En plus d’avoir été le chroniqueur sportif dans les premières années de Salut Bonjour, il a également été le premier animateur de la célèbre  émission 110%. Il a été mandaté par TVA pour bâtir la chaîne TVA Sport. Il a été descripteur pour le basketball de la NBA, il a été à la barre du bulletin de nouvelle sportive de la chaîne et a été le descripteur du Tennis en compagnie notamment de Valérie Tétreault et de marie-ève pelletier envers qui il ne tarie pas d’éloge. Après son départ en 2020, Paul Rivard rejoint la faculté de communication de l’UQAM en tant que chargé de cours pour le programme de journalisme. Il transmet son expérience de plus de 40 ans dans les médias aux aspirants journalistes.

Sébastien Goulet

Remplaçant officiel de Michel Lacroix en tant qu’annonceur maison du Canadiens de Montréal depuis 2002, Sébastien Goulet à également participé à de nombreux jeux olympiques en tant qu’annonceur francophone. Employé chez TVA avant même l’annonce de la création de la filiale sportive de Québecor, il démontre clairement son intérêt de rejoindre l’équipe d’analystes dès les débuts de la chaîne. C’est ainsi qu’il occupe plusieurs postes derrière la caméra. Lorsque la station obtient les droits de la LHJMQ, il envoie un pilote  pour la description des rencontres, lui qui a déjà occupé le rôle à la radio. Après des essais fructueux, il force la main de ses patrons qui lui offrent officiellement la couverture de la LHJMQ en compagnie de Alain Chainey qui vient tout juste de quitter son poste de recruteur en chef des Ducks d’Anaheim. Naturellement, lorsque les droits de la LNH ont été acquis par TVA Sport, il intègre l’équipe de diffusion. En plus du hockey, il décrit le Tennis et à l’occasion le Soccer lui qui est également l’annonceur maison remplaçant du CF Montréal. Lorsque Félix Séguin a dû s’absenter plus tôt en mars, c’est à lui que TVA Sport a fait appel pour le remplacer au côté de Patrick Lalime. Sans être une tête d’affiche mis de l’avant par la station, il a su s’illustrer par son talent d’orateur et gagner le cœur du public.

Mais que pense nos 2 intervenants sur les autres membres importants de la stations? Valérie Tétreault et marie-ève pelletier ont été les premiers noms a sortir de la bouche des 2 piliers de la stations qui ont travailler avec ces anciennes joueuse de tennis professionnel. Le regretté Yvons Pedneault

Enrico Ciccone 

Enrico Ciccone est un joueur de hockey professionnel canadien évoluant au poste de défenseur. En 2001, à la fin de sa carrière de hockeyeur, il devient analyste.Lors de la diffusion des rencontres des sénateurs d’ottawa par TVA Sport, il est entre le banc des deux équipes pour participer à la couverture. Par la suite, il se lance en politique pour le Parti libéral du Québec. Il occupe ce poste depuis le premier octobre 2018.

Valérie Tétreault 

Aux yeux de Paul Rivard, l’ancienne 112e  raquette mondiale est une des révélations majeures de la station. En 2010, une blessure la tient à l’écart des terrains après 2  présences consécutives au 1er tour en grand chelem, elle annonce sa retraite des terrains lorsqu’elle est à peine âgée de 22 ans. Trois mois après avoir annoncé sa retraite,elle devient directrice, communication et relation média pour Tennis Canada qui est basé à Montréal. Un peu plus d’un an après, elle est engagée chez TVA Sports en tant qu’analyste pour le tennis. C’est en compagnie de Paul Rivard que Tetrault fait ses débuts dans les médias et impressionne l’animateur expérimenté. *extrait paul*. Elle occupera la double fonction à l’analyse et à la direction des communications de Tennis Canada jusqu’en 2022 où elle devient directrice de l’Omnium Banque Nationale, le tournoi le plus prestigieux au Canada, en remplacement d’ Eugène Lapierre nouvellement retraité. Elle quitte alors TVA Sports afin de se concentrer pleinement sur son nouveau poste.

Jean-Charles Lajoie

Jean-Charles Lajoie a travaillé comme présentateur de nouvelles des sports à TVA à Sherbrooke. Après avoir remporté le concours Sports académie, il devient animateur de radio sur les ondes de CKAC. Il travaille pour Cogeco à l’animation d’émissions sportives comme Bonsoir les sportifs. Après avoir été animateur en remplacement de plusieurs émissions, le 14 janvier 2019 Lajoie obtient sa propre émission d’actualités sportives. l’émission est toujours en ondes en date de mars 2025.

Une équipe hockey solide

Il est difficile de nommer un seul membre de l’équipe d’analystes de TVA Sports qui se démarque. Depuis 2014,la chaîne est le détenteur exclusif francophone des droits de la LNH. Patrick Lalime et Félix Séguin étaient tous les deux  à la description de la LNH pour RDS. Renaud Lavoie qui était “insider” pour le même média les a également rejoint tout comme Michel Bergeron. Louis Jean, un québécois qui travaille pour Sportsnet en anglais se fait également offrir la chance de travailler en français a tva sport. José Theodore, Michel Bergeron, Alain chainey, alexandre picard, alexandre daigle, Mike Bossy et Yvon Pedneault sont parmi les têtes d’affiche qui ont contribué à la diffusion du hockey de la Ligue Nationale depuis 2014.

conflits avec Bell et Cogeco

Dès sa création en 2011, TVA Sports entre en conflit avec ses principaux concurrents soit Bell et Cogeco. Ces derniers refusent de rendre disponible le nouvel investissement de l’empire Péladeau à leurs clients. La dispute durera environ un mois, après quoi Cogeco a annoncé la distribution de la chaîne pour un an.

Le 22 novembre, le groupe TVA et Bell annoncent un accord. Bell diffusera maintenant TVA Sports et en échange, Vidéotron offrira RDS2 à ses clients. La trêve entre les deux câblodistributeurs durera seulement quelques années.

En 2019, au moment des séries éliminatoires de la LNH, Québecor menace les clients de Bell de couper le signal de la chaîne sportive. On pouvait voir un message à l’écran indiquant que « Pour ne rien manquer des séries, communiquez avec Cogeco, Rogers, Shaw, Telus, Vidéotron ou votre distributeur local.» L’entreprise accuse Bell de vouloir pénaliser ses clients et de les «retenir en  otage.»

Un bilan financier difficile

Depuis sa création en 2011, TVA Sports n’a jamais connu de bilan positif. Selon le journaliste à la retraite Paul Rivard et pionnier de la station. Dans un article de La Presse en juillet 2024, on estime les pertes de TVA Sports à 242 millions depuis sa création.

Les droits de diffusion de la LNH coûtent à la station 110 millions par année. Toutefois, la chaîne câblée ne réussit pas à rentabiliser son investissement. Malheureusement, lors de la période de 2004 à 2014, le Tricolore  a raté  les séries a seulement deux reprises.

Depuis l’arrivée des droits à TVA Sport, la sainte flanelle a raté à six reprises le bal printanier en étant même sauver lors de la saison 2019-20 en participant aux séries grâce au tournois qualificatif mis en place par la LNH en raison de la fin abrupte de la saison.

À l’exception de la finale de la coupe Stanley en 2021, les partisans du bleu-blanc-rouge ont eu peut de raison de s’exciter en séries. Alors que l’équipe semble se diriger vers la bonne direction, le contrat pour les droits de la LNH est presque terminé. Des rencontres sont déjà disputées sur Amazon Prime le lundi et il y aura une guerre entre la télé et les plateformes de diffusion en ligne pour obtenir les droits. TVA Sport pourrait perdre les droits de la LNH au moment où le Canadiens de Montréal, qui permet d’avoir les plus grande cote d’écoute de la station en séries, auront finalement une équipe compétitive.

Pour tenter de diminuer les pertes, la chaîne inclut une tonne de commandite lors des rencontres. Alors qu’à une époque les temps morts dans le jeu étaient meublés par de l’analyse, on retrouve désormais de courtes publicités. un bandeau avec un commanditaire est au-dessus du pointage et change de commanditaire à chaque période, tous les segments dans la rencontre sont commandités. Les reprises Vidéotron, les avantages numériques présentés par Napa pièce d’auto et Uber Eats au moment d’aller a la pause ne sont que quelques exemples parmi une abondance de publicité pour tenter d’éponger les pertes.

Un avenir incertain

Sébastien Goulet nous a confié lors d’une conversation hors micro qu’il restait positif face à l’avenir du média. Si M.Goulet nous a fait preuve d’optimisme, Paul Rivard craint que les jours de TVA Sports soient comptés. Selon l’ancien analyste, on peut s’attendre à une fermeture d’ici la fin 2026.

Mais comment les chaînes de sport peuvent-elles réussir à combattre les plateformes de streaming? Il est possiblement déjà trop tard mais une alliance entre TVA Sport et RDS pour faire la promotion des contenu disponible sur les chaînes compétitrice pourrait être bénéfique pour tous les partis

Lise Bissonnette : une femme de lettres et d’actions

27 mars 2025 - Par - Catégorie : Médias Politique Société

Par Marion Gagnon-Loiselle, Heidi Leuenberger, Agathe Nogues et Félix Rousseau-Giguère

Lise Bissonnette, en pleine discussion. Crédit : Marion Gagnon-Loiselle

Lise Bissonnette est une figure de proue du journalisme québécois et de la société québécoise, en son sens plus large. Elle a été journaliste au journal Le Devoir et l’a dirigé pendant plusieurs années avant d’entreprendre la construction de la Grande Bibliothèque à Montréal. Ce texte se veut une rétrospective somme toute chronologique de sa carrière et de ses débuts, dans le but de mettre en lumière son parcours complet et passionné. 

Lise Bissonnette est née le 13 décembre 1945, en Abitibi-Témiscamingue. Sixième d’une famille de sept, Lise Bissonnette prend goût à l’écriture et la lecture dès son plus jeune âge. À l’époque où la Seconde Guerre mondiale tirait à sa fin, la religion au Québec était très présente.  La grande journaliste est née dans une période de reconstruction où tous les domaines sont stimulés, comme l’innovation technique, la créativité, et la diffusion au grand public.  Son enfance à Rouyn-Noranda lui fait croire qu’elle est inférieure aux élites plus cultivées. 

La religion

En 1960, la religion prend encore une grande place au sein de la société. Lise Bissonnette allait au pensionnat, qui était « une niaiserie fondamentale », selon elle. Les évêques avaient la responsabilité de 1500 commissions scolaires, puisque le ministère de l’Éducation au Québec n’existait pas. Chaque établissement définissait les contenus pédagogiques nécessaires pour l’obtention du diplôme. Se départir de la communauté religieuse a été « facile » pour la future journaliste, à l’âge de quinze ans elle s’est dit « c’est fini, je ne veux plus aller à la messe ». Elle soutient qu’il n’y avait rien de révolutionnaire de ses actions, comme la société poussait vers la laïcité de l’État.  « La société change et nous, on arrive juste au moment où ça se produit. Au moment où on finit notre adolescence, pouf, toute l’époque s’ouvre», raconte-t-elle.

La cathédrale Saint-Joseph en 1956. Crédit photo : BAnQ, Rouyn-Noranda, f=Fonds J.-Hermann Bolduc. 

Le Parchemin

Le patron de l’école normale avait décidé qu’il fallait un « petit journal étudiant à l’école ». L’école normale Saint-Joseph était tenue par les Soeurs grises de la Croix d’Ottawa. Ce journal « plutôt littéraire » prenait forme sur des pages d’imprimantes où, Mme Bissonnette a écrit son premier article sur un disque de Jacques Brel. À la fin de ses études, la directrice du journal passe le flambeau à Lise. « J’avais 15 ans quand j’ai dirigé mon premier journal, le Parchemin et la Presse étudiante nationale. ».  Elle s’associe à la presse étudiante, qui s’appelait « la Corporation des Escoliers Griffonneurs », soulève-t-elle.

Afin de s’améliorer dans le domaine, elle faisait des cours d’été enseignés par des journalistes du Devoir et La Presse. Les ateliers d’écriture lui ont permis de développer son talent et de gagner de la confiance. « C’est là que ça a mal tourné », exprime Mme Bissonnette, en pensant au numéro spécial qu’elle avait fait.

Après le changement des règles disciplinaires dans son établissement scolaire, elle a publié un article « avant et après ». Ses collègues et elle critiquent le système fermé et déclarent le besoin de changement. Les sœurs ont suggéré qu’elle soit transférée à Montréal, loin de sa terre natale, parce qu’elles considéraient cette révolte comme inacceptable. Lise Bissonnette sortait des normes religieuses dès son plus jeune âge à l’aide du milieu des mouvements étudiants peu traditionnels. 

Le rapport Parent

Pendant la Révolution tranquille, un rapport de plus de 1500 pages vise à réviser les techniques d’enseignement et d’installer une uniformité. Il propose la mise en place d’un système d’éducation intégré de la maternelle jusqu’à l’université ainsi que la création d’un ministère de l’Éducation. Dans les années 1960, l’État prend l’éducation en charge et l’Église perd son pouvoir.  

« Les étudiants en éducation apprennent la pédagogie la plus autoritaire qu’il soit. Vous n’avez pas idée », s’indigne Mme Bissonnette en expliquant « les niaiseries » qu’ils apprenaient afin de devenir des enseignants. Dans son école, les sœurs redoutaient la prise d’État. Lise Bissonnette, rebelle de cœur, achète les premiers tomes du rapport et les apporte à l’école normale : « j’en parlais à tout le monde tout le temps. Pour eux, le fait que je me promenais avec ces documents-là, ça a fait partie du fait que la classe supérieure a appelé ma mère en disant, il faut qu’elle s’en aille ». Elle a donc continué son parcours au baccalauréat à l’Université de Montréal et était plongée dans les changements du système scolaire.

Les membres du rapport parent en 1961. Crédit photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec.


L’université

Pour bien des familles et des enfants issus de milieux pauvres, l’université représente autre chose que l’éducation. C’est un moyen de prouver l’accès à la richesse intellectuelle.  « On est tous des transfuges de classe », déclare Lise en expliquant que l’entrée à l’université, de nos jours, est différente, contrairement à l’importance qu’on y accordait dans les années 60. « L’une des plus belles journées de ma vie, ça a été ma collation des grades de mon doctorat en 2019. » confie Mme Bissonnette. Selon elle, les générations d’aujourd’hui idéalisent moins l’obtention du diplôme.

Le Quartier Latin

« Je suis rentrée au Québec, j’ai commencé à travailler à l’UQAM comme agent de recherche, de bureau de recherche institutionnel », se rappelle Mme Bissonnette. Après presque 4 ans à travailler pour l’UQAM, elle a appris qu’un « poste s’ouvrait de chroniqueur à l’éducation au Devoir ».

En 1974, les débats politiques étaient vifs : « Très rapidement, il m’a envoyée à Québec.  Et puis le poste s’est ouvert à Ottawa et personne ne voulait y aller » Maîtrisant bien l’anglais, Lise Bissonnette est devenue correspondante politique. « Je suis arrivée la veille de l’élection présidentielle. Tes journées passent, tu ne les vois pas. En plus, on est en plein cœur de la bataille politique. J’ai travaillé très fort, avec beaucoup d’intérêt »

« J’allais la nuit superviser le travail des typographes, etc. Puis je rentrais à mes cours le matin. C’était un vrai journal. Les gens l’attendaient, » explique-t-elle du journal Le Quartier latin. Le journal officiel des étudiants de l’Université de Montréal se situait sur la rue Saint-Denis dans le Quartier latin de Montréal. Ce journal est réputé pour ses prises de position et crée de vives réactions dans l’espace public. Lise Bissonnette défendait la gratuité scolaire, l’égalité des chances et la justice sociale.

Elle mentionne qu’elle avait découvert qu’elle « avait l’instinct » de signer des éditoriaux soutenu par une maîtrise de l’écriture dans son livre d’Entretiens, signé Pascale Ryan. 

Le Devoir

Lise Bissonnette a complété un baccalauréat à l’Université de Montréal dans la faculté des sciences de l’éducation (1965-1978)

Cela n’avait pas été un choix délibéré de sa part. « L’engagement financier de [ses] parents ne pouvait pas aller plus loin ». Elle n’a jamais eu le désir d’enseigner, mais son rêve était d’entrer à l’université. 

Déçue de l’enseignement qu’elle a reçu, elle est partie étudier à Strasbourg, en France. Sa thèse porte sur la naissance et l’essor des nouvelles universités, qui apparaissent en Europe et en Amérique sur un modèle très différent des institutions traditionnelles.

Elle suspend ses études afin de se consacrer à la coordination de la Famille des arts et de la Famille de la formation des maîtres. Elle participe à la création du premier bureau d’études institutionnelles de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Direction du Devoir

Après avoir travaillé comme journaliste au Devoir pendant de nombreuses années, Lise Bissonnette se fait offrir un poste de direction dans ce même journal par le conseil d’administration en 1990. Elle devient alors la première femme québécoise à la tête du journal. Si la nouvelle est fantastique et semble être l’accomplissement ultime de la carrière de Lise, elle ne s’en réjouit pas trop vite. À cette époque, Le Devoir est au bord de la faillite. Le journal fait face à des difficultés financières assez difficiles avec un déficit de 1,9 million de dollars. 

Lise Bissonnette à l’émission Montréal ce soir, le 12 juin 1990. Elle y explique qu’elle a hérité d’un journal menacé de toute part. Source : Archives de Radio-Canada

Lise Bissonnette confie d’ailleurs que c’est pour cette raison qu’elle a été mise à la tête du Devoir. Selon elle, le conseil d’administration, pensant que Le Devoir allait s’éteindre, a préféré que la chute de celui-ci se fasse avec une femme à sa tête.  « C’était l’esprit à l’époque », plaisante Lise Bissonnette en se souvenant de cette anecdote. Lise Bissonnette n’est pas une femme qui se fait marcher sur les pieds ou qui manque de caractère.  Refusant que Le Devoir s’éteigne sous son nom, celle-ci, très dédiée envers le journal, décide de se démener pour qu’il survive.

De grands changements

Elle met en place trois changements principaux afin d’y arriver : la recherche de financement massif, le déménagement des locaux au centre-ville de Montréal, et la refonte du contenu du journal. « J’étais dans le feu de l’action parce que le journal allait très mal, pas seulement financièrement. Il avait perdu son aura. Il n’était plus bon à l’éditorial. Il n’était plus bon en reportage », explique Lise Bissonnette. Elle s’attaque d’abord à la mise en page du journal. Selon elle, le journal n’était pas assez attractif : « Il était gris, il était plate ». Bien qu’elle garde ses principaux traits, elle relance le journal sous une nouvelle maquette. « Je voulais donner une espèce de choc aux gens de la rédaction. Pour qu’ils arrêtent de dire que, si on mettait des photos […] et que, si on refaisait le graphisme […] c’était superficiel », raconte l’ancienne directrice.

Unes du Devoir en 1940 et en 1995. Source : Archives du Devoir

Un nouveau logo, un style plus épuré, des photos, des titres accrocheurs : voilà ce qui sera la nouvelle marque de fabrique du Devoir. Journaliste au Devoir à cette époque-là, Kathleen Lévesque s’étonne encore de ce que son ancienne directrice a été capable de faire : « elle a donné un second souffle au journal. Et ça, c’est pas rien, […] et puis elle va réussir. […] [Elle va]  prendre son bâton de pèlerin, c’est le cas de le dire, puis elle va aller chercher, faire des partenariats financiers, pour soutenir, donc, la structure financière du devoir, revoir la structure éditoriale et le grand ménage graphique aussi du devoir ». Grâce à sa persévérance, elle arrive à relever le quotidien montréalais tout en maintenant son caractère unique et son indépendance éditoriale.

Une direction droite et juste 

Le Devoir sous Lise Bissonnette c’est aussi une direction avec de la rigueur et des principes. « Je savais qu’en entrant au devoir, il fallait nécessairement viser la rigueur. Alors, j’avais nécessairement toujours ça en tête », se remémore Kathleen Lévesque. Dotée d’une grande plume dont elle n’oublie jamais de manquer d’applicabilité, Mme Bissonnette inspire son équipe. « Je me souviens que je suis au Devoir et je me disais “ oh que j’ai des croûtes à manger” […] on avait le goût, on avait le goût, tout le monde, de faire un effort, de mettre l’épaule à la roue. Ça, c’est sûr ». Ben oui. Vraiment. J’en ai mangé des croûtes ». Pas du tout oppressée par son époque, Lise Bissonnette n’a jamais eu peur de défendre ce en quoi elle croyait.

Mme Lévesque se souvient du jour où Mme Bissonnette, sa directrice à l’époque, avait appris, par l’entremise de ses collègues, qu’elle recevait des propos obscènes de la part d’un homme du milieu politique. « J’ai été appelée dans le bureau de Mme Bissonnette dans l’heure qui suit et elle m’a demandé ma version des faits. J’ai raconté. J’avais mon magnéto avec moi. [j’ai dit] “ D’ailleurs, voulez-vous l’entendre?” Elle ne voulait pas entendre les insanités, sauf si j’acceptais qu’elle fasse un éditorial le lendemain pour mettre un terme à la carrière politique de cet homme », développe Kathleen Lévesque. Outre la défense de la condition des femmes dans le monde du journalisme, celle-ci défend aussi ses convictions politiques. Son passage au Devoir est marqué par le positionnement souverainiste de celui-ci. Au cours de son passage au quotidien montréalais, elle écrira un grand nombre d’éditoriaux en faveur du «Oui» qui resteront dans les archives.

Lise Bissonnette sur le plateau de l’émission spéciale La réponse pour la soirée référendaire du 20 mai 1980. Source : Archives de Radio-Canada.

« Mais je me souviens, quand on a vu le grand “non” qui était là, wow! On était impressionnés. Tu sais, ça prend une force intellectuelle hors norme pour oser, écrire le “non”. C’était un coup de génie, sur le plan intellectuel, sur le plan politique, sur le plan marketing aussi, évidemment. Le lendemain, Le Devoir s’est envolé comme des petits pains chauds, là, évidemment », explique-t-elle, en parlant d’un des éditoriaux de son ancienne directrice à propos des discussions entourant les accords de Charlottetown en 1992. 

La pionnière 

Tout au long de sa carrière journalistique, Lise Bissonnette s’est aventurée dans des sentiers peu parcourus par des femmes avant elle. Plusieurs nomment sa nomination à titre de directrice du Devoir – elle était la première femme au Québec, voire au Canada, à diriger un journal – comme étant son plus grand accomplissement en tant que pionnière du monde des médias. Cependant, son arrivée en 1975 comme journaliste politique et correspondante parlementaire « est plus un moment charnière que diriger le journal », mentionne-t-elle, le sourire en coin. 

À son arrivée sur la colline parlementaire à Québec, il n’y avait que deux autres femmes journalistes, note Mme Bissonnette. L’année suivante, en 1976, alors qu’elle est envoyée à Ottawa pour couvrir l’actualité politique, le constat est le même : sur un total d’environ 200 journalistes, elles étaient au plus trois femmes journalistes. L’expérience à la tribune de la presse à Ottawa ne fut pas des plus faciles pour Lise Bissonnette. 

« C’était un milieu encore plus macho qu’à Québec. C’était vraiment quelque chose. Quand tu ne connais pas grand monde – je connaissais seulement deux-trois personnes – tu te sens isolé », exprime-t-elle. 

Lise Bissonnette, en pleine discussion. Crédit : Marion Gagnon-Loiselle

Une vision unique du féminisme

Néanmoins, elle s’est démarquée et est sans contredit l’une des premières journalistes politiques au pays. À savoir si elle pense avoir eu un impact sur les générations de femmes journalistes qui l’ont suivie, Mme Bissonnette se montre plutôt distante. « Je ne me suis jamais vraiment posé la question », lance-t-elle. 

De l’extérieur, il pourrait être facile de l’identifier comme une figure féministe importante des médias québécois. C’est pourtant loin d’être ce qu’elle pense. « J’ai un rapport un peu délicat avec le mouvement féministe parce que pour moi, ça allait de soi . On peut me reprocher de ne pas m’être battue, de ne pas avoir été la plus féministe. Aussi, j’ai été une patronne et c’était assez mal vu. Les gens auraient voulu que je sois plus sur les barricades, mais je ne suis pas militante. Ce n’est pas dans mon caractère », poursuit-elle.

Une aura de rigueur 

En arrivant au Devoir en tant que journaliste sous la gouverne de Lise Bissonnette, Kathleen Lévesque savait qu’il fallait viser la rigueur. « Quand on ouvre les portes du Devoir, et que c’est Lise Bissonnette qui est là, et qui t’embauche, tu as le sentiment de… wow! J’ai été choisie pour travailler ici, j’étais très impressionnée », s’exclame-t-elle.

« En quoi j’ai vu le travail de Mme Bissonnette m’inspirer le plus, là, c’est vraiment sous la rigueur », poursuit-elle. Elle mentionne sa rigueur au travail et celle qu’elle attendait de la part de ses journalistes. 

Kathleen Lévesque. Crédit photo : Agathe Nogues

Mme Lévesque mentionne également les talents d’écrivaine de Lise Bissonnette comme une source intarissable d’inspiration. Ce que Lise Bissonnette écrivait, raconte–t-elle, « ça ne manquait absolument pas de profondeur. Et tout ça avec une plume agile, habile et avec le bon mot. On était d’accord ou on ne l’était pas. Ça, ce n’est pas grave. Mais par la force de sa plume, de la structure de sa pensée, la richesse et la façon de présenter son point de vue, tout ça faisait en sorte qu’on ne pouvait que l’admirer », déclare-t-elle.

L’influence de Lise Bissonnette sur elle-même et les femmes journalistes est indéniable, note Kathleen Lévesque. Selon elle, la grande dame du journalisme a prouvé aux gens que les femmes pouvaient être journalistes et gérer un journal. Le fait d’avoir dirigé Le Devoir avec autant de brio a également montré aux jeunes femmes qui visaient peut-être un poste similaire qu’elles pouvaient y arriver, croit-elle. 

« Elle ne s’est pas fondue dans le moule. Elle n’a jamais été ce qu’on pouvait s’attendre d’elle. C’est doublement inspirant. Il y a des façons de faire en journalisme, mais tu as le droit d’être champ gauche et elle l’a montré. Au-delà du fait qu’elle était une femme, elle était entière et entièrement dédiée à ce à quoi elle croyait. Ça a donné des résultats », conclut-elle. 

Les années BAnQ 

Lise Bissonnette a joué un rôle clé dans la transformation de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Son engagement a permis d’élargir la mission de l’institution en la positionnant comme un lieu central de diffusion du savoir. Sous sa direction, BAnQ n’a pas seulement été un centre de conservation, mais, dès sa création, un véritable acteur de la démocratisation du savoir. Son approche a non seulement favorisé une meilleure accessibilité aux ressources documentaires mais aussi un élargissement du public. 

Elle mentionne l’importance de rendre les archives et les bibliothèques plus accessibles au grand public. « S’ils peuvent se promener dans ça, ils vont avoir plus de possibilités d’avoir accès à la culture que ma génération. Et ça, pour moi, c’est une motivation », explique Mme Bissonnette.

Elle insiste sur la nécessité d’adopter des politiques novatrices pour attirer des usagers qui, auparavant, ne se sentiraient pas concernés par ces institutions. Son travail reflète sa  vision progressiste où la bibliothèque est devenue un lieu de vie et d’échanges plutôt qu’un simple entrepôt de documents.

La Grande Bibliothèque. Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec

La préservation du patrimoine québécois

L’un des éléments centraux du travail de Lise Bissonnette a été la consolidation des missions d’archives et de bibliothèque au sein d’une même institution. En intégrant ces deux fonctions sous le patronage de BAnQ, elle a favorisé une meilleure coordination de la  conservation du patrimoine québécois. Cette fusion a permis de préserver des documents précieux, mais aussi d’en faciliter la consultation par les chercheurs et le grand public.

Mme Bissonnette a encouragé la numérisation des archives pour éviter leur dégradation et en faciliter l’accès aux chercheurs internationaux ou aux étudiants. La modernisation des outils de classification et de recherche documentaire permet de rendre les archives plus facilement exploitables. Son souci d’adapter les méthodes archivistiques aux nouvelles réalités technologiques rend les documents accessibles à distance. Cette initiative a permis une meilleure préservation des documents, mais aussi une démocratisation de leur consultation. Lise Bissonnette a contribué à faire rayonner le patrimoine québécois bien au-delà des frontières.

L’une des deux chambres de bois abrite l’espace principal où le public peut consulter les collections de la Grande Bibliothèque. Source : BAnQ

C’est en initiant des collaborations avec diverses institutions culturelles et académiques qu’elle a pu garantir une maximisation de l’utilisation des archives, ce qui favorise une partage du savoir aux générations futures. 

Lise Bissonnette a eu une influence majeure sur le milieu culturel québécois en élargissant le rôle des archives et des bibliothèques, les rendant essentielles à la diffusion du savoir. « Quand les gens disent “ Ah oui, mais vous êtes d’une culture…” Et en plus de ça, tout m’est arrivé par accident dans ma culture. Tout m’est arrivé par accident. La bibliothèque, c’est la preuve qu’on est capable d’empêcher que ça soit juste par accident », confie-t-elle. 

En valorisant le patrimoine créé à travers la BAnQ, elle a renforcé le lien entre le monde de la recherche et les bibliothèques.

Plusieurs programmes de collaboration entre la BAnQ et les universités québécoises, permettent, encore aujourd’hui, aux étudiants et aux chercheurs d’avoir un accès privilégié à des ressources documentaires essentielles. Cette synergie a facilité la production de nouvelles connaissances et renforcé le rôle de la BAnQ comme partenaire incontournable du monde académique.

Un modèle pour les institutions culturelles contemporaines

L’influence de Lise Bissonnette dépasse largement le cadre de la BAnQ et les archives nationales. Son approche a inspiré d’autres institutions culturelles au Québec et ailleurs dans la francophonie. Sa vision d’une bibliothèque dynamique intégrée à la vie sociale et culturelle a servi de modèle pour plusieurs autres organisations cherchant à moderniser leur approche. 

Quant à sa carrière journalistique, elle a tracé la route pour des générations de journalistes à venir et son style franc, champ-gauche et rigoureux a donné lieu à de vrais débats de société et à une parole qui se faisait rare à son époque.


Québec-Presse : histoire d’une aventure de journalisme engagé

27 mars 2025 - Par - Catégorie : Médias

Par Justin Heendrickxen-Cloutier, Ariane Moreau, Chanya Sedion & Zoé Vachon

Journal ouvertement de gauche, syndicaliste et souverainiste, Québec-Presse a vu le jour dans l’effervescence de la Révolution Tranquille et des luttes syndicales en 1969 et s’est éteint cinq ans plus tard, en 1974, faute de fonds.

Le journal Québec-Presse fait partie d’une foulée de petits journaux indépendants des années 60. Fondé à la fin de la décennie, Québec-Presse surfe sur la vague d’engouement médiatique de l’époque, causée par la Crise d’octobre. « Les années 60 au Québec, c’est une époque de grande, grande effervescence politique et sociale », rapporte le professeur d’histoire au Collège Lionel-Groulx, Vincent Duhaime. Cette époque mouvementée, marquée par les tensions toujours grandissantes entre les États-Unis et l’Union soviétique, est aussi synonyme de croissance et de militantisme à travers l’Occident. « [C’est] une période qu’on peut comparer d’une certaine façon avec ce qu’on est en train de revivre avec l’élection de Donald Trump », déclare M. Duhaime, comparant les tensions internationales actuelles à celles de l’époque.

Malheureusement pour le journal, son public cible est trop précis et déjà occupé par des journaux plus sensationnalistes, comme le Journal de Montréal. Qui plus est, les années 70 sont marquées par une série d’échecs des années 60. Pour M. Duhaime, « les années 70, c’est la déprime, le mouvement indépendantiste n’a pas réussi à prendre le pouvoir, la crise d’Octobre c’était un choc, c’est une décennie plus morose », « une sorte de désillusion ».

Les mouvements de contestation deviennent de plus en plus radicaux et violents, comme en témoignent les actions du Front de libération du Québec (FLQ) en 1970, du groupe d’extrême gauche Tupamaros en Uruguay, des Brigades rouges en Italie ou encore de la lutte des Palestiniens qui s’intensifie.

D’autres journaux ont subi le même sort, comme le journal indépendantiste Le Jour, qui s’effondre en 1978 après seulement 4 ans de service. « Québec-Presse n’était pas une exception, ça arrivait à cette époque-là, des journaux presque mort-nés ».

Montagnes russes pour les médias

Dans une période difficile pour la diffusion d’informations, la crise d’Octobre propulse la popularité des médias au Québec, en particulier la radio et  la télévision. Ce nouvel intérêt pour la presse contraste avec les années 1950. Ces dernières sont marquées par de nombreux conflits de travail chez les journalistes. Beaucoup d’employés de journaux qui voient leurs métiers menacés par les nouvelles technologies organisent des grèves, ce qui se traduit par une baisse de ventes à travers la province. Certains médias se tournent même vers le sensationnalisme pour faire fructifier les profits. 

Sans l’information en continu d’aujourd’hui, les stations de radio, plus spécifiquement la station CKAC, diffusent les communiqués du FLQ (après les enlèvements et pendant la période de négociations, par exemple).

Tout au long de la crise, les journaux écrits suivent de manière assidue le développement de la situation. « C’était la première page des journaux tous les jours pendant cette longue crise », rapporte Vincent Duhaime. Malgré les différences éditoriales marquées entre les journaux, peu d’opinions sont mises sous presse quant au sujet controversé. Suivre la couverture des médias devient l’unique façon de se renseigner sur les événements au jour le jour.

L’épanouissement du Québec

Le Québec se souvient des années 1950 comme la fin du régime conservateur catholique de Duplessis, où « les institutions sont figées dans le temps », selon Vincent Duhaime. Le droit de vote provincial est accordé aux femmes en 1940, pendant le mandat d’Adélard Godbout, tandis que le fédéral l’avait accordé en 1918. Les institutions publiques, comme l’éducation et la santé, sont encore entre les mains de l’Église.

Dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, de nombreux pays occidentaux sont en plein baby-boom. Cette jeune et nouvelle population fait pression sur la société et les gouvernements; elle a besoin d’écoles et d’infrastructures.

Aux côtés des syndicats, les travailleurs et les jeunes sont parmi les plus importants contestataires du régime Duplessis. Tout au long des années 1950, la réponse policière aux grèves est vigoureuse, mais Duplessis meurt au pouvoir en 1959. Jean Lesage remplace l’ancien premier ministre controversé avec le slogan « C’est le temps que ça change! » et le but de faire de la province un état moderne, « de donner aux Québécois un outil pour leur épanouissement », explique Vincent Duhaime. 

Entre 1960 et 1966, les réformes du gouvernement Lesage introduisent un système d’éducation nationale et un système de santé publique. Un système d’assurance maladie fait aussi son apparition et de nombreuses écoles sont construites; les polyvalentes et les cégep font leur début. Pour beaucoup, ce nouvel État québécois, maintenant fort et autonome, devrait gagner son indépendance. 

L’indépendance à tout prix!

Le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) est fondé en 1960 avec l’ancien professeur de communications à l’UQAM, Pierre Bourgault, à sa tête. Il devient ainsi le premier parti indépendantiste. En 1967, l’ancien ministre de Jean Lesage, René Lévesque, quitte le parti libéral pour fonder le Mouvement souveraineté-association (MSA). Ce mouvement fusionne avec le Ralliement national (RN) pour devenir le Parti québécois en 1968. En juillet 1967, le président français Charles de Gaulle prononce la fameuse phrase « Vive le Québec, libre! » sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal.

Cet engouement pour l’indépendance québécoise ne parvient pas à convaincre une partie de la population, pour qui les changements ne sont pas assez rapides. Si la Révolution tranquille a changé quelques aspects de la société, les travailleurs québécois se sentent méprisés et sous-payés. Pour plusieurs, le Québec est encore « prisonnier du Canada ».

Le Front de libération du Québec (FLQ) voit le jour dès 1963, comme groupe extrémiste marxiste prônant l’indépendance de la province. Tout au long des années 1960, le groupe organise plusieurs attentats sous la forme d’attaques à la bombe, qui font un peu moins d’une dizaine de victimes « accidentelles ». Il se finance à coup de braquages de banque pour continuer de se procurer des armes. C’est un groupe « qui incarne les plus radicaux de la société québécoise », selon M. Duhaime.

Malgré ses actions violentes, le FLQ gagne en popularité. Le professeur d’histoire explique: « Dans les années 1960, beaucoup de syndicats et de Québécois trouvaient ça un peu sympathique, le FLQ. Même si c’était violent et qu’il y avait des attentats, comme ils ne ciblaient pas des gens, ils ne faisaient pas des assassinats, c’était comme des accidents les décès, on disait ‘dans le fond, le FLQ, ils sont un peu intenses, mais ils défendent le Québec’ ».

Toutefois, la petite organisation dépasse les limites après le kidnappage et l’assassinat du ministre du Travail Pierre Laporte en 1970.

En réponse à l’enlèvement et à la demande du gouvernement provincial et du maire de Montréal, Jean Drapeau, le gouvernement fédéral de Pierre Elliott Trudeau déclare la Loi sur les mesures de guerre. La mesure semble complètement insensée pour plusieurs, « sortir le canon pour tuer une mouche », dit M. Duhaime. D’autres argumentent qu’elle est nécessaire, puisque le FLQ serait potentiellement infiltré dans plusieurs secteurs de la société.

Donner à la gauche son journal

C’est dans ce contexte qu’est né Québec-Presse, hebdomadaire résolument de gauche et souverainiste qui publie son premier numéro le 19 octobre 1969.

Crédit : Québec-Presse, un journal libre et engagé (Jacques Keable).

La une de la première édition de Québec-Presse.

Dans le contexte de montée de revendications sociales et politiques des années 60, les syndicats s’inspirent des partis politiques et souhaitent se doter d’un journal qui partage leurs idéaux. Le positionnement plutôt antisyndical des principaux journaux de l’époque nourrit aussi cette volonté.

Selon l’auteur du livre Québec-Presse, un journal libre et engagé et ancien journaliste à Québec-Presse, Jacques Keable, le journal est né de la volonté d’avoir un média « voué à la défense et à la promotion des intérêts des classes populaires du Québec ».

La Confédération des syndicats nationaux (CSN), une des trois grandes centrales syndicales à l’époque, appuie Québec-Presse dès sa fondation. « La CSN considère que l’allure social et politique présente commande qu’il y ait une presse mieux articulée, une presse vigoureuse dans le domaine économique, social et politique. […] Nous avions constamment pensé à mettre au monde un journal de combat qui garderait une certaine liberté », explique Marcel Pépin, ancien président de la CSN, en 1969. 

Dans les réunions précédant la création de Québec-Presse, l’équipe prévoyait un tirage de 100 000 exemplaires par semaine, un budget de 246 000$ pour la rédaction et un budget de 144 000$ pour l’administration, la publicité et la distribution du journal. 

En plus de l’aide financière des syndicats, l’équipe comptait aussi sur le financement populaire cherchant à obtenir 375 000$. Elle réussit seulement à réunir entre 30 000$ et 50 000$ mais décide tout de même de lancer le journal

Le fonctionnement de Québec-Presse

Le journal est la propriété de l’Association coopérative des publications populaires, créée par plusieurs centrales syndicales, dont la CSN. Le conseil d’administration de Québec-Presse est élu en assemblée générale. Il a ensuite embauché un directeur général et une première cohorte de quatre journalistes.

Le conseil d’administration était composé de 15 personnes : trois journalistes, des représentants de la Corporation de d’enseignement du Québec (CEQ), la CSN et la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) et de la Fédération des Caisses d’économie. 

Jacques Keable note que les enjeux financiers du journal prenaient une place démesurée dans les sujets discutés lors des assemblées générales, ce qui laissait peu de temps et d’énergie pour des affrontements entre le conseil et le comité de rédaction.

La liberté des journalistes est au cœur du projet. « Les journalistes auront la liberté de s’exprimer. Ils sont, au niveau de l’information, les premiers témoins. Je pense qu’ils sont les premiers autorisés à avoir une opinion », lance le rédacteur en chef de Québec-Presse, Jacques Guay, quelques semaines avant la parution du premier numéro. Cette valorisation du travail journalistique, cette indépendance et cette liberté, notamment dans le choix de sujets traités, attirent de nombreux journalistes.

Dans la salle de rédaction, Québec-Presse fonctionnait de façon auto-gestionnaire. Les journalistes étaient responsables de l’entièreté de la création du journal, et décidaient du contenu. Ils étaient syndiqués dès le lancement de Québec-Presse, mais n’ont signé de convention collective qu’en avril 1974, l’année de la faillite du journal.

Indépendance des centrales syndicales

Bien que Québec-Presse soit né dans les milieux syndicaux et financé principalement par les grandes centrales syndicales, il tentait de maintenir son indépendance. La liberté professionnelle des journalistes, qui comprend la critique des syndicats si elle est justifiée, est inscrite dans la déclaration de principes de Québec-Presse.

Québec-Presse ne s’est pas gêné pour critiquer les syndicats, toujours avec une approche de gauche correspondant à sa ligne éditoriale. Pendant un conflit entre des employés de la CSN et de la FTQ-Construction sur le chantier de la Baie James en 1974, Québec-Presse a publié une lettre d’un ingénieur, Simon Paré, qui déplorait l’état du syndicalisme québécois. 

Simon Paré écrit : « Il y a donc là trois forces qui s’épaulent : les partis réactionnaires qui ont besoin de fiers-à-bras, les capitalistes qui veulent des syndicats corrompus et les syndicats corrompus qui ont besoin de la protection tacite du pouvoir pour survivre ».

Crédit : Québec-Presse, un journal libre et engagé (Jacques Keable).

Un exemple d’un dossier critique des syndicats, publié le 19 novembre 1972.

Par ailleurs, l’ancien président de la CSN Marcel Pépin déplorait, après la disparition de Québec-Presse, que le journal fondé par les syndicats ait accordé autant d’attention aux conflits syndicaux.

Le contenu 

Visant principalement les travailleurs et les ouvriers, Québec-Presse veut être le « contrepoids des grands médias de l’époque », comme Le Devoir, La Presse ou le Journal de Montréal. Le contenu se veut populaire, traitant de faits divers et de sport. 

Le journal était également connu pour ses dossiers hebdomadaires et ses enquêtes touchant des sujets sociaux, politiques ou économiques engagés. 

« Le Journal de Montréal de gauche », comme l’appelle l’historien Jonathan Livernois, a une volonté de journalisme d’enquête appuyé. Cet élément est, selon lui, « le plus gros héritage de Québec-Presse ». Les journalistes possédaient beaucoup de temps pour produire des enquêtes profondes sur le gouvernement de Robert Bourassa ou sur certains sujets oubliés, comme les accidents du travail. 

Un de ces dossiers, qui n’était peu ou pas couvert par les autres médias québécois, est le « déclubage » des territoires de chasse et de pêche du Québec, souvent privatisés et possédés par de riches américains.

L’hebdomadaire s’est aussi intéressé à plusieurs sujets assez avant-gardistes à l’époque, comme la pollution et le droit à l’avortement. Leur chroniqueur médical, Dr Serge Mongeau, a avoué, dans les pages du journal en 1970, avoir référé des patientes à des médecins pratiquant des avortements. Le sujet a fait les manchettes de l’hebdomadaire à deux reprises en 1973.

Crédit : Québec-Presse, un journal libre et engagé (Jacques Keable).

À la une de Québec-Presse le 11 octobre 1970 : la pollution à Montréal.

Crédit : Québec-Presse, un journal libre et engagé (Jacques Keable).

Le 21 juin 1970, l’avortement fait la une de Québec-Presse.

Québec-Presse ne se cache pas de vouloir attirer un large public. Questionné sur le risque d’entrer dans le sensationnalisme, le rédacteur en chef Jacques Guay pense qu’il n’est pas nécessaire pour amener beaucoup de lecteurs. « [Pour avoir un grand tirage], il faut rapporter des faits de façon compréhensible. Il n’y a aucun sujet qui ne puisse pas être compris par tout le monde », explique-t-il à Denise Bombardier en 1969. Il ajoute également qu’« il n’y a aucun sujet qui est moins important [qu’un autre] et donc qu’il est essentiel de porter une attention particulière aux sujets qui touchent « réellement » les gens, sans porter un jugement ou classifier les informations de masse comme secondaires.  

Bien « ploggés »

Le positionnement à la gauche et le respect pour la mission des syndicats qu’avait Québec-Presse lui donnaient aussi un accès particulièrement intéressant à des sources et des intervenants qui étaient réticents à intervenir dans les autres médias, comme le FLQ ou les centrales syndicales. 

Québec-Presse a connu son plus gros tirage d’environ 50 000 exemplaires lors de la crise d’Octobre. Il a reçu plusieurs exclusifs de la part de sources membres du FLQ.

Crédit : Québec-Presse, un journal libre et engagé (Jacques Keable).

Québec-Presse a reçu la première photo de James Cross après son enlèvement par le FLQ.

L’hebdomadaire a d’ailleurs dû clarifier son positionnement quant aux actions du FLQ, disant supporter ses objectifs, mais pas la violence avec laquelle le FLQ cherchait à les atteindre. Le journaliste Gérald Godin et le collaborateur de Québec-Presse Louis Fournier ont été brièvement emprisonnés pendant la crise. 

Leurs connexions au sein des syndicats leurs ont aussi permis de couvrir de façon exhaustive la grève du Front commun de 1972, qui a mené à l’emprisonnement des présidents des trois centrales syndicales.

Derniers recours

L’aventure de Québec-Presse prend fin en novembre 1974, cinq ans après sa naissance. L’argent est au cœur des raisons de sa fermeture. 

Après dix mois d’existence, le journal accusait déjà un déficit de 290 000$. Les préoccupations financières ont été une constance dans la courte vie du journal, mais sont devenues insoutenables en 1974.

Québec-Presse a tenté de se maintenir à flot de plusieurs façons. Le journal a organisé des spectacles-bénéfices, « Québec-Presse Chaud », où des artistes québécois(e)s se produisaient bénévolement. Le journal était apprécié de certains grands noms du milieu. Yvon Deschamps, Pauline Julien, Robert Charlebois et Harmonium ont participé à ces spectacles-bénéfices.

Il a aussi tenté, selon Jacques Keable, de se réinventer auprès des syndicats. Ainsi, Québec-Presse publiait dans ses pages, le 13 janvier 1974, l’appel à l’aide qui suit : « Financièrement parlant, nous sommes rendus au bord de la faillite. Il reste qu’on ne peut pas considérer la valeur d’une organisation de « service » en tenant compte uniquement du facteur « rentabilité ». Par exemple, on ne parle jamais de la « rentabilité  » d’un syndicat. 

Selon lui, Québec-Presse serait donc une organisation de service public, qui mérite d’exister et de recevoir un financement continu des centrales syndicales malgré ses problèmes de rentabilité.

Le journal a aussi tenté d’adopter un style plus propre aux magazines en publiant de longues entrevues avec des personnalités publiques comme Robert Bourassa. Une brève entente avec Le Nouvel Observateur, qui n’était pas au vu de la situation financière de Québec-Presse, a permis la publication de quelques articles à vocation internationale.

Pendant l’été 1974, Québec-Presse a cessé de paraître pendant quelques semaines pour économiser, sans succès. Il a plutôt perdu la moitié de son lectorat et est mort pour de bon en novembre de cette année-là. 

La dette de Québec-Presse s’élevait à 700 000$. De ce montant, 200 000$ provenaient des centrales syndicales, et ont été endossés par les syndiqués. Québec-Presse n’a jamais officiellement déclaré faillite, n’ayant pas les ressources financières pour le faire, selon Jacques Keable.

Pourquoi la faillite ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer la fin de l’hebdomadaire qui, après cinq ans, tirait 25 000 exemplaires par semaine et rejoignait en moyenne 50 000 personnes.

Avant tout, ne pas avoir atteint la cible de 375 000$ au lancement était un bâton dans les roues. Un conseiller syndical de la CSN lançait qu’il « est inutile de lancer le journal sans avoir atteint l’objectif financier, faute de quoi le journal ne pourrait ni être «libre» longtemps ni connaître une longue existence ».

Le public cible était un autre problème présent dès l’ouverture du journal. Gérald Godin avoue lors de rencontre postmortem en 1975 qu’il n’y a eu aucunes études de marché avant le lancement, rendant impossible l’identification du lecteur moyen. 

Les personnes visées: les syndiqués, les travailleurs, les ouvriers, étaient similaires au public du Journal de Montréal. Sans étude, Québec-Presse n’a pas pu trouver ce qui l’aurait concrètement différencié des autres médias populaires

Le journal vivait au-dessus de ses moyens. Un exemple concret est la couverture du sport professionnel prenant une grande place dans la rédaction. Suivre les grandes équipes telles que les Alouettes, les Expos et le Canadien « coûte extrêmement cher couvrir », explique Jonathan Livernois. « Ces ambitions crèvent l’entreprise dès le départ ». 

La fin du rêve syndical

Après la sortie de prison des présidents des trois grandes centrales syndicales, suite à la grève du front commun intersyndical de 1972, le mouvement syndical s’est fracturé, observe Jacques Keable. Québec-Presse, enfant de l’unité d’un mouvement qui avait le vent dans les voiles à sa fondation, n’était plus une priorité et coûtait cher. 

Marcel Pépin, ancien président de la CSN, estime que les raisons de mettre fin au financement de Québec-Presse étaient purement économiques, et aucunement reliées aux prises de position du journal.

Les revenus publicitaires, qui représentaient aux alentours de 75% des revenus des autres journaux de l’époque, constituaient 25% des revenus de Québec-Presse. Selon Jacques Keable, les prises de position du journal effrayaient les annonceurs. 

L’hebdomadaire refusait aussi de faire affaire avec des entreprises antisyndicales, décision qui avait entraîné des débats au sein de l’administration de Québec-Presse. Refuser de faire de la publicité à des entreprises antisyndicales au prix, peut-être, de la disparition d’un journal de gauche et syndicaliste aidait-il vraiment la cause ? Jacques Keable rapporte que cette interrogation avait été soulevée.

Le président du conseil d’administration de Québec-Presse Émile Boudreau est aussi d’avis que le soutien du Mouvement Desjardins aurait pu aider le journal. Desjardins payait pour de la publicité dans les autres médias québécois, mais n’a jamais répondu aux appels de Québec-Presse.

Quelques jours avant la fermeture, Gérald Godin se veut optimiste. « On a pas prouvé que c’était pas possible. On a fait un test [et] il aura d’autres expériences […]. Dans chaque cas, on apprend des choses ». Il finit en insistant sur l’objectif idéologique principal du journal: « Je pense que Québec-Presse a donné aux journalistes le goût de la liberté ».

De quoi s’inspirer

L’expérience de Québec-Presse est importante pour les journalistes songeant à fonder un média engagé aujourd’hui, qui peuvent s’inspirer de son approche déontologique et apprendre de ses erreurs.

Malgré le financement des syndicats, Québec-Presse à réussi à maintenir son indépendance, principe de base de la déontologie journalistique. Le deuxième principe de la déclaration de principes de Québec-Presse stipule que le journal « est indépendant de tout parti politique. Il n’appuie aucun des partis qui sont compromis dans le système. Cependant, il peut donner son appui à un parti politique qui n’est pas lié aux intérêts capitalistes, dont les structures et le fonctionnement sont démocratiques et dont le programme est conforme aux aspirations du peuple québécois ».

Comme l’explique le guide de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, « les journalistes basent leur travail sur des valeurs fondamentales telles que […] l’indépendance qui les maintient à distance des pouvoirs et des groupes de pression » permettant de fournir une information vraie et d’intérêt public. 

L’indépendance passe par la liberté des journalistes, une valeur fondamentale de Québec-Presse. Le principe 10 du journal énonce que « Québec-Presse garantit la liberté professionnelle de ses journalistes, même à l’égard des sociétaires et des administrateurs de la coopérative qui publie le journal », c’est-à-dire les syndicats.

Les clés d’un journalisme engagé et éthique résident dans la rigueur, soit baser ses dossiers, ses informations, ses chroniques sur des faits. Ce principe déontologique est inscrit dans la déclaration de principes du journal. Québec-Presse cherche « une information exacte qui veut faire la lumière sur ce que les pouvoirs cachent et faire avancer ce qu’ils retardent ». Ses nombreuses enquêtes vont dans ce sens.

Finalement, la création d’un tel journal alimente l’équilibre de l’écosystème médiatique québécois. Québec-Presse se veut « la réponse populaire à la domination de la presse soit par la dictature économique, politique, culturelle, soit par les intérêts particuliers qui soutiennent cette dictature ». La lecture de la société est différente de celles des autres médias, ce qui permet à des voix alternatives de se faire une place dans l’espace public. 

Ces éléments, l’indépendance, la liberté, la rigueur et l’impact sur l’équilibre sont tous à prendre en compte pour les futurs journaux militants. 

À ne pas refaire

Dans son livre, Jacques Keable réfléchit aux erreurs de Québec-Presse et dresse une liste à l’endroit de futurs médias alternatifs québécois qui aimeraient s’inspirer de l’hebdomadaire.

Un média alternatif qui veut survivre doit, selon lui, s’assurer que le projet est réfléchi et planifié et s’assurer d’avoir les fonds nécessaires. L’administration et les journalistes doivent être conscients des objectifs et des risques. Le travail doit se faire dans une salle de rédaction, qui construit la solidarité entre journalistes. Le fonctionnement du média doit accorder une importance à tous les employés et doit être clairement défini. Et enfin, il faut éviter, dans la mesure du possible, le bénévolat.

Il écrit : « l’enthousiasme du néophyte et la pensée magique maudite qui minèrent Québec-Presse dès son berceau sont à proscrire sans réserve ».

2025 n’est pas 1969 

Bien qu’il soit pertinent, pour les raisons citées plus tôt, pour de futurs médias engagés de s’intéresser à l’histoire de Québec-Presse, il leur faut reconnaître que le contexte actuel n’est pas le même que celui dans lequel Québec-Presse est né (et mort).

La presse se trouve actuellement dans une situation de crise. Le phénomène de numérisation, poussant la consommation de nouvelles sur les médias sociaux, rend les journaux dépendant des grands groupes, selon une étude du Reuters Intitute de 2024. Constitués de Google (Alphabet), Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft, ces groupes, souvent réunis sous l’accronyme GAFAM, sont les principaux bénéficiaires des revenus publicitaires générés par les nouvelles des compagnies de presse sur leur plateforme, explique Jérôme Valluy dans son article, Digitalisation du journalisme : le paradoxe du journalisme professionnel. 

Le monde du journalisme est confronté à la concentration de la presse, où seules quelques entreprises, comme Québecor au Québec ou le groupe Bolloré en France, sont propriétaires d’une grande partie des médias de leur territoire.

Selon l’étude de Reuters, ce phénomène fait partie des raisons pour lesquelles le public accorde moins de confiance à la presse traditionnelle. La polarisation des opinions dans la société fait également partie des causes.

Le public est de moins en moins enclin à lire les journaux. En plus de la saturation d’informations causée par la grande accessibilité des nouvelles, leur nature « dépressive » et l’énergie nécessaire pour différencier les vraies des fausses finit par avoir raison des lecteurs

Il faut ajouter que la plateforme médiatique des chroniqueurs de droite, pour ne pas dire d’extrême-droite, est de plus en plus grande : les quelques chroniqueurs de gauche du Devoir font pâle figure face à la popularité croissante de QUB radio.

Dans ce contexte, il peut être difficile d’imaginer la naissance d’un journal de gauche similaire à Québec-Presse. Ayant déjà de la difficulté à se financer à l’époque, il est possible d’imaginer que les annonceurs hésitent à s’associer avec un journal similaire à Québec-Presse

Comme l’explique Jonathan Livernois, les journaux « ne sont peut-être pas le meilleur véhicule pour transmettre les idées » aujourd’hui. Une certaine saturation causée par la concentration de presse rend difficile la création d’un nouveau journal, avance-t-il.

De plus, des personnes militantes voulant faire passer un message peuvent se tourner vers les réseaux sociaux. Ne nécessitant pas ou peu d’investissements financiers, il est peut être plus facile et avantageux de démarrer une page Instagram ou une chaîne YouTube.

Les héritiers

Certains journaux aux fortes revendications ont réussi à se tailler une place. C’est le cas de Presse toi à gauche, Le Mouton noir, La Converse ou Pivot, tous entièrement en ligne. 

La mission de Pivot rappelle celle de Québec-Presse. « Fondé en 2021, Pivot s’est donné pour mission de faire ce qu’aucun média francophone ne faisait jusqu’alors au Québec : offrir une information journalistique quotidienne dans une perspective résolument progressiste. Pivot propose des nouvelles et des enquêtes sur les enjeux québécois, canadiens et internationaux », peut-on lire sur leur site internet. 

La vision de l’indépendance de Pivot ressemble également à Québec-Presse. « Tout en étant fidèle aux valeurs progressistes et à l’écoute des mouvements sociaux, Pivot demeure indépendant de toute organisation, tout groupe de pression ou tout parti politique. Pivot conserve aussi une indépendance éditoriale complète par rapport à ses partenaires financiers », dit encore son site internet.

Bien qu’il n’est pas possible de déterminer si Pivot s’est inspiré de Québec-Presse, ce dernier lance la voie du journalisme progressiste, c’est-à-dire un type de journalisme qui défie les codes du journalisme classique, que ce soit par ses positions marquées à gauche ou sa couverture de sujets absents des autres journaux. Tous deux tentent d’être une voix pour les personnes moins représentées dans les médias traditionnels.

Québec-Presse, c’est cinq ans d’existence « d’un journal d’information qui veut atteindre un public populaire et lui donner des faits », disait le rédacteur en chef, Jacques Guay, en 1969. 

Remerciements

Nous tenons à remercier Jacques Keable, ancien journaliste de Québec-Presse et auteur du livre Québec-Presse, un journal libre et engagé. Son livre est à la fois un témoignage et un rigoureux travail de recherche dans les archives du journal, et a été un élément clé de la rédaction de ce travail. M. Keable était dans l’impossibilité de répondre à nos questions pour des raisons personnelles, mais a tout de même pris la peine de répondre à notre courriel et de témoigner de son affection et de son respect pour la relève des journalistes.

Capsules vidéo

Quatre capsules vidéo, réalisées avec le professeur d’histoire au Collège Lionel-Groulx Vincent Duhaime, sont disponible sur le google drive suivant (il n’était pas possible de les intégrer au texte en raison de leur taille) : https://drive.google.com/drive/folders/1R9nPhR7cBHhHkgGkYfihrctGHkCkESeQ?usp=share_link

Marie-Maude Denis: une journaliste ambitieuse

27 mars 2025 - Par - Catégorie : Médias

Marie-Maude Denis. Source : Radio-Canada.

Un travail réalisé par Élise Lécaudé, Justine Bouchard-Girard, Élodie Bréniel et Léa Lemieux. 

Introduction 

Journaliste à Radio-Canada depuis près de 20 ans, Marie-Maude Denis se démarque par ses enquêtes. Bien qu’elle soit née en Ontario, c’est surtout au Québec que son influence dans le milieu de l’information se fait ressentir. Dans la première partie de ce travail, il sera question des débuts de Marie-Maude jusqu’à sa percée dans le domaine du journalisme. Le contexte historique des médias de l’époque sera également abordé dans cette section. La deuxième partie sera consacrée à son travail de journaliste d’enquête. Ainsi, ses enquêtes marquantes seront abordées et le procès qu’elle a gagné pour la protection des sources journalistiques sera mis en lumière. La troisième section portera sur l’émission Les stagiaires qu’elle a animée, mais également sur les distinctions qu’elle a reçues au cours de sa carrière. La quatrième et dernière partie sera consacrée à l’héritage de cette figure de proue et à sa réputation. La place des femmes en journalisme sera également traitée dans cette section.  

1. Début de carrière au tournant du millénaire

La vocation de journaliste

Marie-Maude Denis, journaliste d’enquête franco-ontarienne, a passé son enfance entourée d’une famille amatrice de nouvelles. « [Le journalisme] faisait partie de la vie de ma famille », dit-elle. Son père, Michel Denis, était réalisateur à la radio de Radio-Canada, à Ottawa. Le milieu journalistique lui est donc familier dès son plus jeune âge. Lors de ses journées pédagogiques, elle accompagnait son père au bureau de Radio-Canada. Le « bouillonnement intellectuel » environnant fascinait la jeune fille, admirative des collègues de son père. « J’avais le goût de ce monde-là », se rappelle-t-elle.

À l’adolescence, Marie-Maude Denis allait dans une école secondaire en arts. Elle s’y est spécialisée en théâtre, ce qui l’a poussée à s’inscrire en théâtre à l’université d’Ottawa. Cette vocation n’a pas fait long feu, car Marie-Maude sentait qu’elle n’était pas faite de la même étoffe que ses camarades de classe. « Les gens de théâtre étaient trop intenses, […] ils étaient trop écorchés vifs. Je me suis dit que je n’avais pas le feu sacré pour vivre [du théâtre] », plaisante-t-elle.

Comme son père l’encourageait fortement à acquérir de la rigueur intellectuelle, soit la capacité de faire des recherches et de l’analyse, elle a décidé de poursuivre des études en sciences politiques. Ces études l’ont beaucoup aidé dans son travail de journaliste. Se disant qu’au fond, c’était plutôt le métier de journaliste qui l’interpellait, elle s’est lancée dans un baccalauréat en communication à l’Université d’Ottawa, puis en journalisme à l’Université Laval. Pourtant, elle n’était pas passionnée par ses études. « Si c’était à refaire, j’étudierais dans tout sauf les communications », lance la journaliste. « En communication, on apprend des théories pour la communication […]. Mais, ce que ça prend pour être journaliste, c’est avoir une très grande culture générale et bien maîtriser sa langue », renchérit-elle.  

L’aspirante journaliste ne « tripait pas gros » sur les études et brûlait plutôt d’impatience de faire son entrée sur le marché du travail. Néanmoins, c’est seulement au début des années 2000 que Marie-Maude commence à se tailler une place notable dans le milieu de l’information. 

État du journalisme en début 2000

Depuis les années 60, le Québec est le théâtre d’une convergence des médias. Au tournant du millénaire, les entreprises de presse écrite sont en grande partie réunies sous l’égide de deux grandes compagnies, Gesca et Québecor. En 2001, Québecor a acheté le réseau TVA, le plus grand compétiteur de Radio-Canada.

Source: Lavoie, M-H. (2001). La concentration de la presse à l’ère de la “ convergence ”

Au cours des années 90, le monde du journalisme est bouleversé par des révolutions technologiques comme le cellulaire, internet et l’ordinateur portable. Ces technologies facilitent et accélèrent le travail des journalistes, tout en permettant une plus grande utilisation d’outils télévisuels dans l’information. Cependant, la démocratisation de l’accès à internet signifie aussi la multiplication de compétiteurs et des producteurs de nouvelles, ce qui a pour effet « d’intensifier la contestation de l’utilisation de contenu sans rémunération appropriée ».

Les habitudes de consommation de l’information changent. Les gens souhaitent de moins en moins payer des abonnements aux médias, car ils peuvent trouver du contenu similaire gratuitement sur internet. Ainsi, avec la concurrence, la perte d’une partie des revenus publicitaires et des abonnements du public, les entreprises médiatiques font des coupes dans leurs effectifs afin de réduire leurs dépenses. En 2009, malgré le soutien financier de l’État, Radio-Canada supprime 800 emplois au sein de son entreprise, soit 8% de ses effectifs, dont 86,5% sont dans la branche de la télévision. 

Au sein de l’industrie, le virage numérique divise. Alors que certains estiment que ce changement favorise la mise en valeur de l’information, avec, par exemple, le lancement de La Presse + qui aurait « permis de réinventer le grand reportage et donné l’occasion aux journalistes de proposer et de réaliser des projets de reportage de qualité […] », d’autres critiquent « la vitesse que les nouvelles technologies imposent au travail journalistique […] au détriment de la qualité ». Peu de médias font encore des enquêtes longues et onéreuses, mais Radio-Canada et La Presse constituent des exceptions. 

Marie-Maude impressionne dès ses débuts

Elle fait ses débuts dans le monde des médias, à l’âge de 16 ans, en faisant passer des dépliants de Radio-Canada au Salon du livre de l’Outaouais. Son talent pour parler aux gens et l’énergie qu’elle déployait dans son travail se font remarquer par les employés de Radio-Canada. De fil en aiguille et à force de traîner autour de la société d’État, elle a enchaîné les petits contrats. Puis, elle a fait la rencontre de Mario Girard, qui animait à l’époque une émission à la radio régionale d’Ottawa.

Il lui a dit « hey, toi, tu as de la détermination, tu as du bagout. Est-ce que tu as le goût de me faire une chronique jeunesse […] dans mon émission? » Du haut de ses 17 ans, elle s’est sentie à la fois flattée et anxieuse face à cette proposition. Elle a cependant fini par accepter. Ce travail lui a donné « la piqûre ». Il lui faisait vivre des sensations fortes, des poussées d’adrénaline. « C’était comme de la grosse drogue », raconte-t-elle. 

Se cherchant un emploi de journaliste, il était clair pour Marie-Maude qu’il fallait sortir d’Ottawa. Elle voulait s’émanciper du travail de son père. « [Si j’étais restée]  j’aurais toujours été la « fille à papa », je ne voulais pas ça », dit-elle.

En 2000, elle a donc pris la route pour Québec et s’est empressée d’envoyer son « CV » à tous les médias possibles. Après plusieurs refus, un appel d’une employée du service des communications de Radio-Canada Ottawa l’a remise dans le bain. L’employée, qui avait pris connaissance de la présence de Marie-Maude à Québec et qui avait entendu parler d’elle comme étant une fille « déniaisée », lui a proposé de faire un remplacement d’un mois aux communications de Radio-Canada à Québec. Ce travail n’était cependant pas particulièrement fascinant, selon Marie-Maude. 

Un peu plus tard, l’aspirante journaliste s’est trouvée un travail de sous-titrage pour les personnes malentendantes. Avec cet emploi, Marie-Maude corrigeait des textes de journalistes et s’occupait de la mise en forme des sous-titres. Cette expérience a été enrichissante pour la jeune femme. « Parce que tu travailles dans les fichiers où les journalistes écrivent leurs topos, tu vois le texte apparaître, tu vois les corrections qu’ils font, tu vois les clips qu’ils mettent, donc ça rentre dans ton cerveau », affirme la journaliste.

Elle insistait souvent auprès de son patron pour pouvoir réaliser de nouvelles tâches, tant et si bien que ce dernier a fini par lui octroyer du travail de recherche. « J’étais vraiment tannante », se rappelle-t-elle. À 21 ans, elle a donc commencé à assembler des dossiers de recherche et à « booker » les invités des émissions. 

Un jour, il manquait un journaliste pour aller tourner un extrait. « Il venait d’arriver un incident dans une garderie. Il y avait une éducatrice qui avait sauvé une petite fille. Le patron m’a envoyé faire l’extrait », se souvient Marie-Maude. Elle a paniqué un instant, consciente de son manque d’expérience, mais elle s’est tout de même exécutée. À la suite de la remise de son travail, son patron lui a demandé de faire un topo avec ce même contenu pour le lendemain.

C’était la fin de semaine et « le week-end, il y a vraiment de la marge de manœuvre pour quelqu’un qui veut prendre de l’expérience », nous raconte la journaliste chevronnée. Après cette première expérience au téléjournal, elle a continué de produire des topos et des petits reportages. Son travail s’est rapidement fait remarquer par de grands noms de Montréal. Très vite, elle a reçu un appel élogieux de la part de la journaliste Michaëlle Jean, qui appréciait son élocution. « [Il y a des journalistes qui] font une petite voix, une petite intonation. Toi, tu ne le fais pas, tu ne chantes pas. Continue comme ça, tu vas aller très loin », l’a complimentée Mme Jean.

Marie-Maude a tapé dans l’œil d’une autre journaliste d’expérience, qui deviendra plus tard une proche collègue et amie. « Quand je l’ai vue pour la première fois, il y a plus de 20 ans à la télévision, j’étais très impressionnée par elle », se rappelle Isabelle Richer, journaliste à Radio-Canada. « Elle était jeune, elle était très affirmée, très sûre d’elle, je voyais qu’elle avait énormément de talent et de potentiel. Elle était à Québec et je me disais qu’elle ne resterait pas longtemps dans cette ville », ajoute Isabelle. 

Vers 2002, Isabelle souhaitait ardemment que Marie-Maude soit repêchée à Montréal. Pour elle, une chose était claire: la jeune journaliste débordait de talent. Selon Isabelle, il suffisait de voir Marie-Maude à la télévision pour comprendre à quel point elle se démarquait de ses pairs. « Il y avait une assurance, une fluidité, un esprit de synthèse et une qualité dans ses propos et dans sa façon d’expliquer une histoire. Ça se sent et ça s’entend très rapidement », ajoute Isabelle.

Isabelle Richer et sa meilleure amie, Marie-Maude Denis. Source : Radio-Canada. 

Isabelle qualifie sa rencontre avec Marie-Maude de « coup-de-foudre ». « S’il existait une telle chose que la ‘’bromance’’ en français, qui parle des filles, une ‘’girl-mance’’ [ça décrirait notre relation] », plaisante-t-elle. « On est tout de suite tombées en amitié toutes les deux et on ne s’est jamais laissées depuis », renchérit-elle. 

2. La journaliste d’enquête 

En 2008, Marie-Maude Denis a rejoint l’équipe de l’émission Enquête pour « lever le voile sur l’un des plus gros dossiers de corruption de l’histoire du Québec ». En 2015, elle a commencé à animer l’émission, à la suite du départ du journaliste Alain Gravel. 

Lorsqu’elle travaillait aux faits divers, à Radio-Canada, en 2008, Marie-Maude a reçu une enveloppe d’une source confidentielle contenant une information cruciale. Elle est allée porter cette enveloppe à la cheffe recherchiste de l’émission Enquête, Monique Dumont. Mme Dumont travaillait depuis des années sur la collusion, notamment à Laval. L’information que contenait l’enveloppe lui permettait d’aller plus loin dans l’enquête. Peu de temps après, Marie-Maude a intégré l’émission pour travailler sur le dossier avec le journaliste Alain Gravel. 

De fil en aiguille, le tuyau, qui n’était au départ qu’une simple anecdote, s’est avéré être une véritable piste. À force de rencontrer des sources, les informations se sont concrétisées et ont mené à de solides enquêtes. « L’équipe d’Enquête a fait trembler l’industrie de la construction et la classe politique avec sa série d’une trentaine de reportages traitant de la corruption et de la collusion. »

La commission Charbonneau 

D’ailleurs, l’émission Enquête a joué un rôle crucial dans le déclenchement de la commission Charbonneau. « Je demande qu’une commission d’enquête soit menée », lance Sylvie Roy, la députéé de l’Action démocratique du Québec (ADQ), le 7 avril 2009. « C’est peu après les premières révélations de l’émission Enquête […] sur les irrégularités dans l’industrie de la construction » que Mme Roy a prononcé  les mots qui allaient être sans cesse répétés par les partis d’opposition durant deux ans, explique Radio-Canada

« Je ne suis pas une militante pour dicter ce que doit faire la politique, je suis là pour informer la société », soutient Marie-Maude en réponse au déclenchement de la commission Charbonneau.

La juge France Charbonneau. Source : Radio-Canada 

La commission Charbonneau avait le mandat d’enquêter sur « l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction ». Elle a été mise sur pied par le gouvernement de Jean Charest en 2011. La juge France Charbonneau présidait cette commission d’enquête sur la collision et la corruption. « Les stratagèmes de corruption et le financement politique illégal mis au jour par la commission ont surtout fait mal au Parti libéral », mentionne Denis Saint-Martin, professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal et membre du Comité de suivi des recommandations de la commission Charbonneau. D’ailleurs, cette commission a alimenté l’opposition et a donné des armes à la Coalition avenir Québec (CAQ) qui a fait de la corruption l’enjeu principal de sa campagne électorale. 

Ses enquêtes marquantes 

« Marie-Maude a reflété les débats de la société avec ses reportages chocs sur la collusion et la corruption. Elle s’est penchée sur toutes les questions de l’heure et les grands enjeux de société à travers l’émission Enquête », avance la journaliste Isabelle Richer, qui est également sa meilleure amie. 

« On avait de la chance d’être deux à la tête de cette émission phare ; l’émission la plus écoutée de Radio-Canada », raconte Isabelle. 

Marie-Maude a commencé à animer l’émission Enquête en 2015, ça fait maintenant 10 ans qu’elle est à la barre de celle-ci. 

La journaliste considère qu’un de ses reportages les plus marquants est celui sorti en 2016, qui se nomme Les « baux » cadeaux. Il s’agissait d’une enquête sur un important détournement de fonds. Le reportage a révélé au grand jour un scandale de corruption. « Ce serait la plus importante fraude dans une société d’État au Québec et peut-être même au pays. D’importants collecteurs de fonds du Parti libéral et l’ex-pdg de la Société immobilière du Québec (SIQ), [Marc-Andrée Fortier], se seraient partagé des millions de dollars lors de transactions immobilières », souligne l’émission. Pour découvrir le pot aux roses, Enquête a suivi la trace de transactions immobilières suspectes passant par des comptes aux Bahamas et en Suisse. 

Marie-Maude a su refléter les débats de l’époque à travers ses enquêtes sur la collusion et la corruption, mais, récemment, elle a réalisé un reportage sur un enjeu de société actuel, soit la tragique réalité du fentanyl. L’enquête diffusée en février 2025 s’intitule Place-des-âmes. Il s’agit d’un reportage sur les ravages du fentanyl, une drogue qui tue « une vingtaine de Canadiens par jour ». En se penchant sur l’histoire de Maïa, une jeune chanteuse de 31 ans, qui a fait une surdose à la station Place-des-Arts, l’équipe d’Enquête s’est plongée au cœur du phénomène. Marie-Maude estime que c’est une enquête marquante et poignante. 

La défunte chanteuse Maïa Léia Fournier. Source : Radio-Canada. 

« J’ai réussi à gagner la confiance des gens. Ils m’ont laissé rentrer dans un milieu où les caméras ne rentrent pas souvent », exprime la journaliste avec émotion. Le reportage a eu une réception incroyable auprès du public, ajoute-t-elle. 

« Je trouve ça important ce que je fais. Ce n’est pas moi qui ai de l’importance, c’est mon travail », précise Marie-Maude. 

« Elle a commencé comme reporter à Enquête et au fil des ans, elle est devenue une partie importante de cette émission, jusqu’à en devenir l’âme », affirme Isabelle avec fierté.  

Une femme prête à tout 

Marie-Maude a le journalisme d’enquête tatoué sur le cœur. Elle est prête à tout pour informer les gens, selon Isabelle. Elle met en lumière les injustices et elle lève le voile sur des histoires passées trop longtemps sous silence. En outre, elle donne une voix à ceux qui trop souvent n’en ont pas, comme les victimes, par exemple.

La journaliste agit en véritable chien de garde de la démocratie. D’ailleurs, le travail qu’elle a fait au fil des ans a permis de contrebalancer les trois pouvoirs officiels, en mettant sous les projecteurs certaines pratiques douteuses de l’autorité. 

Elle est tellement dévouée à sa profession qu’elle est prête à « prendre des risques calculés » pour le bien de la liberté de presse et donc, par le fait même, pour le bien de la démocratie. Marie-Maude a conscience du danger de son métier, mais elle ne se sent pas « en danger ». La journaliste sait que faire des enquêtes sur le crime organisé peut compromettre sa sécurité, mais ça ne l’arrête pas pour autant. 

« Marie-Maude est extrêmement audacieuse et fonceuse. C’est une batailleuse. C’est une fille qui sait où elle va et ce qu’elle veut. Elle ne prend jamais de risques inconsidérés pour obtenir ce qu’elle veut », témoigne Isabelle. 

Une journaliste face à la justice

Une des enquêtes qui a marqué la vie de la journaliste est le reportage nommé Anguille sous Roche diffusé en 2012, car l’enquête est le point de départ de ce qui l’a amenée en cour quelques années plus tard. 

Anguille sous Roche lève le voile sur le financement clandestin des partis politiques. Des documents démontraient pour la première fois le lien problématique entre les entreprises et les partis politiques. D’ailleurs, dans ce reportage, un témoin clé raconte l’histoire de la firme de génie-conseil Roche qui a obtenu un contrat public, « à la suite de ce qui semble être une série de manœuvres soigneusement orchestrées ». Quelques années après la diffusion de l’enquête, Marc-Yvan Côté, qui est l’ex-président de Roche, a traîné la journaliste devant les tribunaux. 

M. Côté subissait un procès pour fraude, complot et abus de confiance et il soutenait que les reportages présentés à son sujet dans l’émission Enquête « comportaient des éléments de preuve de l’enquête policière qui avaient été divulgués par une source confidentielle ». M. Côté considérait que cette fuite d’information l’empêchait d’avoir un procès juste et équitable. Sa théorie était que l’information provenait directement de l’État, plus précisément de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Il exigeait que Marie-Maude dévoile le nom de sa source confidentielle, afin de pouvoir prouver son point et ainsi faire annuler son procès. 

Il est important de savoir qu’une source anonyme est une personne dont les journalistes ne connaissent pas l’identité. Une source confidentielle est quant à elle une personne dont les journalistes connaissent l’identité, mais ils décident de la cacher au public pour de bonnes raisons, par exemple pour éviter que celle-ci ait des représailles. 

Une victoire en Cour suprême

Marie-Maude a perdu la cause en Cour supérieure contre M. Côté, mais la décision s’est rendue en appel. Cependant, la Cour d’appel a dit ne pas être en mesure de se prononcer sur le litige. Puisqu’il s’agissait d’une défaite pas juste pour elle, mais pour le journalisme, Marie-Maude a décidé de contester le verdict et d’essayer de faire entendre cette affaire en Cour suprême. Ainsi, elle voulait tenir son point devant le plus haut tribunal du pays. 

Marie-Maude Denis, lors de son combat judiciaire pour la protection des sources journalistiques confidentielles. Source : Le Soleil. 

La Cour suprême n’entend pas toutes les causes, elle choisit celles qui sont d’intérêt national. Ainsi, la journaliste se dit émue que ce tribunal ait accordé de l’importance à une affaire concernant la protection des sources journalistiques. Il s’avère que Marie-Maude a gagné en Cour suprême. Cette victoire est collective plus qu’individuelle. 

« Les juges qui se sont prononcés ont réaffirmé l’importance du journalisme d’enquête pour la société », annonce fièrement Marie-Maude. 

« Les tribunaux doivent [maintenant] accorder une grande importance à la protection des sources confidentielles, parce que s’il n’y avait pas de sources confidentielles, le journalisme d’enquête ne pourrait pas exister », explique la journaliste. Elle ajoute que les journalistes d’enquête s’appuient nécessairement sur des sources confidentielles pour faire de grandes révélations. Le combat mené par la journaliste était essentiel non seulement pour le journalisme au Québec, mais également au Canada.

3. Donner au suivant

Son parcours aux Stagiaires

En 2023, Marie-Maude Denis a été à la barre de l’émission Les stagiaires sur les ondes de Radio-Canada. Il s’agit d’une série documentaire de huit épisodes de 52 minutes qui suit le parcours de six stagiaires effectuant des défis hebdomadaires relevant de réelles affectations dans une salle de nouvelles de Radio-Canada. À la fin de chaque défi, Patrice Roy, Isabelle Richer, ainsi qu’un journaliste de la spécialisation de la semaine, procèdent à une évaluation du contenu produit. 

Patrice Roy, Isabelle Richer et Marie-Maude avec les six stagiaires de l’émission. Source : Radio-Canada.

Tout au long de la saison, la journaliste d’expérience guidait les stagiaires dans leur travail. Elle expliquait aussi au public les raisons derrière les exercices. « Elle a montré aux stagiaires toutes les facettes du métier et elle a réuni les experts pour chacune de ces facettes-là. C’était ça son rôle », explique Isabelle.

Marie-Maude a aussi mentionné en entrevue qu’elle fournissait une forme d’aide émotionnelle aux participants. « On s’entend que c’est difficile. On travaillait vraiment fort. On tournait des fois 10 heures par jour. Ils faisaient un vrai stage, mais, en plus ils étaient filmés. J’avais de la sympathie pour eux », mentionne la journaliste. Elle raconte aussi la relation d’amitié qui s’est créée entre elle et les apprentis. 

Lorsqu’elle a été approchée pour ce projet, elle a aimé le concept. Il est important pour elle de vulgariser le travail des journalistes, ainsi que l’envers du décor. La transparence du métier est essentielle pour elle. 

En participant à cette minisérie, elle souhaitait inciter les plus jeunes à devenir des journalistes. Elle désirait transmettre sa passion pour son métier. « On a probablement la même motivation, Marie-Maude et moi, c’est-à-dire le plaisir de la transmission », souligne Isabelle. Toutes les deux ont participé à l’émission afin d’aider la prochaine génération. « Mon père me disait: “Il faut que chaque génération fasse mieux que la précédente” », raconte Marie-Maude en souriant. 

Elle explique aussi que les journalistes sont d’autant plus importants à notre époque. Le journalisme est en difficulté et les démocraties sont en danger à cause de grandes puissances économiques, comme les GAFAM. Les médias sont souvent les premiers à être attaqués par les forces totalitaires et il est important qu’ils soient assez forts pour faire face à ces menaces, explique Marie-Maude.

L’animatrice d’Enquête raconte qu’elle a adoré participer à l’émission Les stagiaires en tant qu’animatrice et mentore. Elle mentionne que cette expérience est autant enrichissante pour elle que pour les participants. « Je le referais demain matin. J’aimerais qu’il y ait [une deuxième saison] », mentionne Marie-Maude. 

Ses prix et reconnaissances

Au cours de sa carrière, Marie-Maude a reçu de nombreux prix pour les reportages qu’elle a produits au sein de l’émission Enquête, dont trois prix d’excellence en journalisme économique et financier des économistes québécois. Elle explique que tous ses prix ont aussi eu une répercussion importante pour ses patrons. En effet, ils apportent une plus grande crédibilité aux émissions qui les reçoivent. 

En 2010, Alain Gravel, Emmanuel Marchand, Claudine Blais et elle remportent le Grand prix Judith-Jasmin pour le reportage Collusion frontale. Deux ans plus tard, elle en reçoit un autre avec Sonia Desmarais, cette fois-ci, dans la catégorie Enquête pour l’émission Anguille sous Roche

Elle remporte, en 2015, son premier prix Gémeaux avec Chantal Cauchy et Martyne Bourdeau pour le reportage Un train nommé Délire faisant état d’un système léger sur rail et des conflits d’intérêts associés à ce projet à Montréal. Elle gagne également un prix d’excellence en journalisme économique et financier pour le même reportage l’année suivante. Marie-Maude racontait d’ailleurs en entrevue que ces prix sont très prestigieux. Ainsi, ceux-ci apportent à la journaliste une reconnaissance supplémentaire de la part de ses proches.

En 2017, à la suite de l’enquête phare Les « baux » cadeaux, elle gagne un prix Judith-Jasmin dans la catégorie Enquête en compagnie de ses collègues Daniel Tremblay et Jacques Taschereau. Ce reportage se mérita aussi deux Gémeaux la même année. L’année suivante, elle reçoit le prix Charles Bury de la Canadian Association of Journalists pour avoir défendu la liberté de presse jusqu’en Cour suprême. 

Isabelle Richer et Marie-Maude Denis, accompagnées de deux membres de l’équipe de l’émission Enquête, lors des prix Gémeaux en 2017. Source : Radio-Canada. 

En 2020, elle remporte le Gémeaux de la meilleure animation d’affaires publiques pour Le vaisseau dort et La crise de Val-d’Or sur les déboires du traversier F.A-Gauthier et sur les abus de certains policiers de la Sûreté du Québec envers des femmes autochtones à Val-d’Or. L’année suivante, elle se mérite le même Gémeaux pour le reportage Ces avocats qui dépassent la ligne

4. Leçons et héritage 

Être une femme en information

Bien que la parité soit atteinte dans les salles de presse québécoises, cela ne signifie pas qu’il y a davantage de femmes protagonistes dans les reportages (sources ou expertes). En 2024, les femmes représentaient seulement 29 % des sources citées sur les sites web de Radio-Canada, du Journal de Montréal, du Devoir, de TVA Nouvelles et de La Presse rassemblés. 

Radio-Canada possède son propre Bureau de l’équité en matière d’emploi depuis 1986. La Société d’État doit respecter les exigences du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), des politiques fédérales et de la population en matière de parité et d’équité. De 2000 à 2010, la proportion de temps de parole des femmes journalistes à la télévision dépasse 40 % à Radio-Canada, alors que TVA traîne la patte avec environ 16 % du temps de parole accordé aux femmes journalistes.  

Marie-Maude ne se souvient pas d’avoir rencontré des difficultés à ses débuts dans les années 2000 parce qu’elle était une femme en information. « Je pense que je dégage quand même une fille qui a confiance en elle, même si ce n’est pas entièrement vrai », s’explique-t-elle. 

Toutefois, les prises de conscience sociale lui ont fait réaliser la prépondérance des hommes en information. « Je réalise avec le recul le caractère masculin des décisions et du pouvoir dans tout mon début de carrière. Oui, j’ai fréquenté beaucoup de femmes motivées et déterminées, mais c’était quand même un monde dans lequel il y avait beaucoup d’hommes en situation d’autorité et de pouvoir », dit Marie-Maude. Néanmoins, elle ne pense pas que cela l’a désavantagée au cours de sa carrière.

Selon elle, les hommes ont encore plus de crédibilité que les femmes en information. « Je pense qu’on a une éducation qui fait en sorte qu’un homme est perçu comme ayant davantage de crédibilité, et je hais ça, mais les femmes pensent ça aussi. » Encore aujourd’hui, lorsqu’elle tente d’avoir des entrevues dans le cadre de son travail, Marie-Maude voit l’effet de cette perception. « Les femmes vont se trouver mille excuses pour dire qu’un collègue [masculin] est plus compétent, plus spécialisé, plus disponible. Les femmes hésitent beaucoup à se mettre de l’avant », contrairement aux hommes, analyse-t-elle. Un phénomène que des recherchistes de Radio-Canada ont également observé dans un reportage d’Anne Marie Lecomte en 2023

Une influence certaine 

« Je suis chanceuse, parce que je fais quelque chose qui est appréciée des gens, en général, et j’ai beaucoup de retours positifs, que je ne mérite même pas tant que ça, car ils reviennent aussi à mes collègues de l’émission », considère Marie-Maude.

Dans le monde du journalisme, Marie-Maude est respectée « à mort » parce qu’elle est « extrêmement déterminée », selon Isabelle Richer. « Cette fille a un capital d’amour tellement grand, car elle est hilarante. Vraiment, elle est très drôle. Tu veux tout le temps être proche de Marie Maude dans n’importe quel événement parce que tu sais que tu vas t’amuser », mentionne son amie. 

Isabelle croit qu’avec ses enquêtes, Marie-Maude inspire beaucoup les futurs journalistes qui souhaitent faire autre chose que de l’information quotidienne. « Elle fait la démonstration que du reportage d’enquête, ça se fait et ça a de l’influence. Et ça, c’est majeur. Tant qu’elle en fera avec autant de fougue et de plaisir, je pense qu’elle continuera d’inspirer des générations de journalistes », dit-elle. À chaque nouveau reportage, elle « sautille de bonheur », relate son amie Isabelle. « Elle va léguer le plaisir de faire de l’enquête et cette rigueur qu’elle a et cette force qu’elle démontre », soutient Isabelle.

Pour Marie-Maude, il est beaucoup trop tôt pour aborder la question d’héritage, puisqu’elle n’a que 44 ans. Elle espère que sa carrière se poursuivra encore de nombreuses années. « Je serais bien contente, quand je vais finir ma carrière, dans longtemps, que le public dise: “Ouais, cette fille-là, on pouvait la croire” », pense-t-elle. Chose certaine, elle se réjouit d’avoir obtenu une décision favorable de la Cour suprême. L’arrêt Denis contre Côté lui a non seulement été favorable, mais il l’est aussi pour le travail des journalistes du pays. Il réitère l’importance des sources confidentielles en journalisme d’enquête, et, par le fait même, l’importance du journalisme d’enquête pour le maintien d’une démocratie saine et juste.

La plus grande leçon de la jeune carrière de Marie-Maude est que le meilleur journalisme ne s’exerce pas entre les quatre murs d’un bureau. « Le journalisme, ce n’est pas la recherche pour la beauté de la recherche. C’est une recherche appliquée à un enjeu d’intérêt public qui touche des vraies personnes. »

L’animatrice d’Enquête multiplie les conseils pour réussir à se frayer un chemin dans le monde du journalisme. « Comment on se trouve un travail ? On prend n’importe quoi. On se présente. On est motivé, mais on est à sa place. On regarde. On se fait aimer des plus vieux. On est humble », soutient-elle. 

« Ceux qui m’ont le plus aidé dans ma vie, ce sont des journalistes qui étaient extrêmement compétents et humbles. Ils étaient amoureux du métier et voulaient transmettre [cet amour] », raconte la journaliste. « Repérer ces gens-là, ils vont vous faire faire des pas de géant », conseille Marie-Maude à l’endroit des aspirants journalistes.

Conclusion

À travers son parcours et ses enquêtes, Marie-Maude Denis constitue un excellent exemple de détermination. Elle démontre aux futures générations qu’avec beaucoup de persévérance et de rigueur, il est possible d’exercer le métier de journaliste et d’exceller. Bien que sa carrière continuera d’évoluer dans les prochaines décennies, elle léguera assurément un amour profond de l’enquête.

D’ailleurs, grâce à l’émission Enquête, Marie-Maude a su exposer la vérité en révélant des histoires et des faits cachés ou peu connus sur des sujets d’intérêt public. Son combat en cour est aussi une preuve de son dévouement pour son métier. Sa victoire restera gravée dans les mémoires. En outre, c’est une journaliste qui est extrêmement respectée, ses nombreux prix en témoignent. Marie-Maude est marquante dans l’histoire du Québec, également parce qu’elle a contribué avec son équipe à la création d’une des plus importantes commissions d’enquête de la province, soit la commission Charbonneau. 

Elle est partie de rien, elle a réussi à gravir les échelons et c’est maintenant une figure de proue du journalisme québécois. Elle est une source d’inspiration pour plusieurs femmes. Sa générosité, son franc-parler et sa transparence en font une personne remarquable. Elle n’a d’ailleurs pas hésité à jouer le rôle de mentore pour l’émission Les Stagiaires parce que donner au suivant fait partie de sa nature. Marie-Maude a su illustrer les débats et les préoccupations de son époque à travers ses différents reportages et elle continue de le faire aujourd’hui. 

Pierre Nadeau : Un Pilier du Journalisme Québécois

25 mars 2025 - Par - Catégorie : Médias

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Pierre Nadeau quelques minutes avant une prise d’antenne

Par Emir Mahjoub :

Pierre Nadeau est l’un des personnages les plus importants du journalisme québécois. Son nom est synonyme de rigueur et d’excellence journalistique. A travers sa carrière exceptionnelle, qui s’est étendue sur plus de quarante ans, il a couvert des événements majeurs aux quatre coins du monde, et contribue à redéfinir le journalisme télévisé au Québec. 

De nos jours, l’information évolue rapidement et la véracité des faits est tout le temps mise à l’épreuve, Pierre Nadeau a su imposer un style de journalisme spécifique . Avec ses reportages percutants, il a offert aux québécois un regard éclairé sur les grands évènements internationaux, de la guerre du Vietnam aux changement politiques en Europe. Grâce à son talent et son intelligence, il a su poser des questions incisives et avait une capacité à rendre l’actualité accessible et compréhensible .

Son engagement dans le journalisme ne s’est pas arrêté à la couverture des informations et des actualités, Il a aussi joué un rôle important pour former de nouvelles générations de journalistes, il avait pour objectif de transmettre les valeurs fondamentales du métier . Son influence perdure jusqu’à aujourd’hui , inspirant ceux qui croient encore au journalisme indépendant .

Nous allons aujourd’hui rendre hommage et retracer la vie et la carrière de Pierre Nadeau, depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui et constater l’héritage durable qu’il a laissé dans le paysage médiatique du Québec . 

Enfance et jeunesse

Pierre Nadeau est né le 19 décembre 1936 à Montréal dans une famille où les discussions politiques et intellectuelles sont courantes . Son père, Jean-Marie Nadeau était avocat et analyste politique respecté, est une personnalité importante du monde médiatique québécois. Il commente régulièrement l’actualité à Radio-Canada, ce qui expose Pierre dès son plus jeune âge au journalisme et à l’importance de l’information dans une société démocratique. 

Dès l’enfance, Pierre développe une curiosité pour les affaires du monde. Il lis les journaux et écoute les bulletins d’informations à la radio avec son père. Fasciné par les grands événements politiques , il se forge rapidement une opinion sur les enjeux de son époque. 

Un parcours scolaire exemplaire  

Pierre effectue ses études secondaires au Collège Jean-de-Brébeuf, un collège prestigieux qui forme plusieurs des futurs personnes importantes québécoises . Là, il se fait remarquer pour ses aptitudes en rédaction, son esprit d’analyse et son éloquence. Passionné par l’histoire et les sciences politiques, il s’illustre dans les débats étudiants, démontrant déjà un talent pour argumenter et poser des questions percutantes. 

Encouragé par sa famille , il décide de poursuivre des études en sciences politiques à l’Université de Montréal. Ce choix lui permet de comprendre le fonctionnement des institutions, les mécanismes du pouvoir et l’impact des décisions politiques sur la société. Cette formation sera précieuse tout au long de sa carrière , elle lui permet plus tard de proposer des analyses éclairées à son public. 

Les premiers pas vers le journalisme 

Durant ses études universitaires, Pierre Nadeau s’intéresse au journalisme , non seulement comme un moyen de comprendre le monde, mais aussi comme un futur travail. Il écrit des articles pour des journaux étudiants et participe à des émissions de radio universitaires, où il améliore sa capacité à vulgariser des concepts complexes et à captiver un public . 

Son père, qui voit en lui un futur grand journaliste, continue à l’encourager et à multiplier les expériences. Il lui présente plusieurs professionnels du milieu journalistique , ce qui lui permet d’obtenir des conseils précieux et de mieux comprendre les exigences du métier. Cet environnement renforce la détermination de Pierre à se lancer dans une carrière journalistique. 

Un premier pas vers les médias 

À 20 ans, en 1956, il décroche son premier poste dans une station de radio locale, CJBR-FM à Rimouski. Ce passage dans les médias régionaux est une véritable école pour lui. Il y apprend les bases du métier : la rédaction de bulletins d’information, la présentation en direct et, surtout, l’importance de la vérification des sources. 

Ses premières expériences en ondes sont marquantes : il comprend directement que le journalisme ne se limite pas à rapporter des faits et des informations , mais qu’il implique aussi une responsabilité envers le public. Il s’oblige donc de livrer des informations claires, précises et équilibrées. Ses supérieurs remarquent son sérieux et son professionnalisme.

Ce premier contact avec la radio confirme ses choix de carrière . Il découvre une passion pour le reportage .  

Le premier travail de Pierre à CJBR-FM constitue une véritable école où il apprend les rouages du métier. Dès ses premières semaines, il est directement plongé dans le feu de l’action, s’occupant de la lecture des bulletins d’information, de l’animation d’émissions et de la rédaction de nouvelles. Il découvre les exigences du métier : la nécessité d’un ton clair, la concision et surtout, la rapidité d’exécution

L’apprentissage du terrain 

À cette époque, les journalistes doivent être polyvalents. Pierre est sollicité pour couvrir des sujets très divers : faits divers, nouvelles locales et événements politiques. Il apprend vite à interroger des témoins, à croiser ses sources et à structurer des reportages digne d’un grand journaliste . Ses journées sont longues, mais il est passionné par son travail, la collecte et la transmission d’informations deviennent ses taches du quotidien . 

L’une de ses premières grandes expériences journalistiques arrive lorsqu’il est envoyé sur le terrain pour couvrir une grosse tempête qui s’abat sur la région du Bas-Saint-Laurent en 1957. Conscient de l’importance de son travail pour informer la population, il s’investit pleinement dans ce reportage, multipliant les entrevues avec les habitants, les secouristes et les autorités de la ville. Ce reportage lui vaut ses premiers éloges.

Une ascension rapide 

Son talent ne passe pas inaperçu au yeux des grands du métier . Grâce à sa voix posée, à son éloquence et à sa rigueur journalistique ‘, il se voit très vite confier de hautes responsabilités et commence à rédiger des analyses plus approfondies sur l’actualité du Canada . Il démontre une grande capacité à vulgariser des sujets complexes, une compétence qui deviendra l’un de ses atouts majeurs . 

À coté , il cherche constamment à devenir meilleur . Il observe les journalistes les plus expérimentés, étudie leur manière d’interviewer et leur façon de structurer les nouvelles. Son but est claire : il veut évoluer vers de plus grands défis et intégrer un media de premier plan. 

L’entrée à Radio-Canada : un tournant décisif 

En 1957 , après un ans d’expérience en radio locale, Pierre Nadeau revient à Montréal car il est repéré par Radio-Canada, qui lui propose une place au sein de son équipe à Montréal . Il anime notamment une émission de Jazz avec Richard Garneau . Ce nouveau travail marque le début d’un changement radical dans sa carrière. Désormais, il est au quotidien à coté des meilleurs journalistes du pays et non seulement ça, mais l’information n’est plus seulement locale, mais nationale et internationale. 

son charisme attire l’attention de ses collègues et supérieurs. En quelques mois, il devient l’une des voix les plus reconnues de la station , le public tombe sous son charme.

Cette même année il part s’installer en France pour acquérir plus d’expérience journalistique . Il y fait des reportages comme pigistes pour le diffuseur public mais aussi pour l’Office de radiodiffusion télévisons française (ORTF) il a côtoyer là-bas Judith Jasmin qui était correspondante officieuse pour Radio Canada a cette époque.

un an après de retour au pays Il participe alors à plusieurs émissions qui traite l’actualité nationale Internationale . Ce nouveau rôle lui permet d’améliorer ses compétences journalistiques en réalisant des entrevues et des reportages plus approfondis. Il devient spécialiste dans les sujets de société, il met en lumière les enjeux économiques et politiques qui concernent le Québec et commence à faire entendre sa voix .

Une première reconnaissance professionnelle 

Son travail acharné commence à porter ses fruits. À la fin des années 1950, il reçoit des éloges de ses supérieurs pour la qualité de ses reportages. On le décrit comme un journaliste déterminé, rigoureux et à l’aise à l’antenne . Sa capacité à poser les bonnes questions et à relancer ses interlocuteurs avec pertinence fait de lui un journaliste au futur prometteur . 

En 1960, après seulement un an à Radio-Canada, il est promu à un poste de reporter. Cette promotion lui ouvre les portes de sujets plus complexes et de missions plus prestigieuses. Il est envoyé sur le terrain pour couvrir des événements marquants de l’actualité québécoise et canadienne, ce qui lui permet d’affiner son style et d’acquérir encore et encore de l’expérience . 

 Un avenir prometteur 

à cette époque , pierre est considéré comme étoile montante du journalisme québécois. son éloquence naturelle et son professionnalisme lui permettent d’accéder à des opportunités plus grandes. 

Son ascension est rapide , et très vite, il s’attaque à des sujets d’envergure nationale et internationale. C’est le début d’une carrière qui le mènera à devenir l’un des plus grands journalistes du Québec.

L’ascension à Radio-Canada et les grands reportages (1960-1970) 

Les années 1960 marquent un tournant dans la carrière de Pierre Nadeau. En rejoignant Radio-Canada, il entre dans la cour des grands et se forge une grande réputation de journaliste de renom. Très rapidement il passe du statut de simple annonceur à celui de reporter, il commence à couvrir certains des événements les plus marquants de cette période . 

Un journaliste toujours à la recherche de la vérité

En 1962, Pierre Nadeau devient l’animateur de l’émission « Caméra », produite par Radio-Canada . Cette émission plonge le public dans les coulisses de l’actualité internationale. Le style de Pierre, percutant et analytique, combiné à sa capacité à rendre des sujets complexes accessibles; il devient rapidement une des personnes les plus respectée du journalisme au Québec

Ses premiers reportages à l’international sont marqués par une approche immersive. Il ne se contente pas de relayer des faits ; il se rend sur le terrain, interroge les acteurs importants des événements et s’efforce de livrer une vision équilibrée et nuancée. 

Les grands événements couverts 

La crise des missiles de Cuba (1962) 

En octobre 1962, le monde est au bord de la guerre nucléaire lorsque les États-Unis découvrent l’installation de missiles soviétiques à Cuba. Pierre Nadeau, alors jeune reporter, suit de près cette crise internationale. Depuis Montréal, il compile les informations, interviewe des experts et analyse les implications de ce face-à-face tendu entre les États-Unis et l’URSS. Ses reportages permettent aux Québécois de mieux comprendre la complexité de cet affrontement idéologique et militaire. 

La guerre du Vietnam

En 1965, Pierre Nadeau effectue l’un de ses reportages les plus marquants en se rendant au Vietnam. Il y capture l’horreur de la guerre, interroge des soldats américains et vietnamiens, et documente les souffrances des populations civiles. Ses images et témoignages poignants choquent le public québécois, peu habitué à voir la guerre sous un angle aussi humain et dramatique. Il met en lumière les contradictions du conflit et suscite des débats sur l’implication des grandes puissances dans ce bourbier militaire. La guerre du Vietnam a été l’un des conflits les plus dévastateurs du XXᵉ siècle, avec des conséquences profondes, multiples et durables :

Environ 3 millions de Vietnamiens, dont plus de la moitié étaient des civils, ainsi que 58 000 soldats américains morts et des centaines de milliers de blessés.

Victimes collatérales : le Laos et le Cambodge voisins ont subi des bombardements massifs causant environ 2 millions de morts supplémentaires et provoquant une instabilité politique durable dans toute la région.

des millions de réfugiés vietnamiens ont fui le pays après la chute de Saïgon en 1975, provoquant une diaspora internationale importante (les « boat people »).

Traumatismes psychologiques profonds : la guerre a laissé un héritage de stress post-traumatique et de traumatismes sociaux profonds chez les vétérans américains, vietnamiens et les populations civiles.

Cet évènement est l’un des Premier conflit médiatisé : première « guerre télévisée » qui a radicalement transformé la perception du publique de la guerre.

La guerre du Vietnam a provoqué d’importants mouvements sociaux dans les pays occidentaux, influençant profondément la culture populaire, la musique, le cinéma et l’art de cette époque.

Cette guerre a laissé un héritage durable, dont les conséquences humaines, environnementales, économiques, sociales et politiques sont encore perceptibles aujourd’hui. Le travail journalistique courageux et engagé de personnalités comme Pierre Nadeau a contribué à exposer ces réalités au grand public, déclenchant d’importantes prises de conscience sur les horreurs et les complexités de cette guerre controversée.

Les émeutes de Mai 68 en France 

Nommé correspondant à Paris en 1965 , Pierre Nadeau est témoin des manifestations étudiantes et ouvrières qui secouent la France en mai 1968. Il réalise des entrevues avec des manifestants, des intellectuels et des figures politiques de l’époque. Son reportage est salué pour sa capacité à illustrer les tensions profondes qui traversent la société française et les idéaux de changement qui animent la jeunesse de l’époque. 

Un journaliste respecté 

Grâce à ses reportages marquants et à son engagement à rapporter les faits avec rigueur et objectivité, Pierre Nadeau acquiert une reconnaissance internationale. Il devient un modèle pour de nombreux journalistes québécois, prônant un journalisme audacieux, sans concession et toujours au service du public. 

Les années 1970 : Une influence croissante   

Les années 1970 marquent une période d’expansion pour Pierre Nadeau.
Ayant déjà une notoriété importante grâce à ses reportages internationaux dans les années 1960, il devient un acteur important du journalisme canadien .

Il a même travaillé pour CBS Toronto , branche anglophone de Radio Canada de 1970 à 1973 . Parmi ses entrevues les plus marquantes, on peut citer aussi celles réalisées en 1970 avec deux militants du Front de libération du Québec (FLQ) dans un camp d’entraînement palestinien en Jordanie. leurs noms de guerre est Selim et Salem

Ces reportages sont les plus marquants et controversés de sa carrière. À cette époque, le Québec est plongé dans une période de tension extrême marquée par la montée de mouvements indépendantistes radicaux, dont le FLQ, qui prônait l’action directe, allant jusqu’à des actes terroristes tels que des attentats à la bombe, enlèvements et assassinats.

Ces entrevues approfondies révèlent les motivations idéologiques et politiques des militants québécois. Les felquistes expriment leur conviction que la lutte armée constitue le seul moyen efficace de libérer le Québec de ce qu’ils considéraient comme une oppression coloniale. L’identité de Selim et de Salem restera longtemps énigmatique. Aucun des membres de l’équipe de tournage de Pierre Nadeau n’a pu voir leurs visages.

Illustration des combattants Salim et Salem

Sur le plan médiatique , la diffusion de ces entrevues a eu un effet de bombe au Québec. Pour la première fois, les Québécois étaient confrontés directement aux visages, aux voix et aux discours radicaux de militants québécois prêts à envisager la violence comme moyen politique légitime. Cette prise de conscience a suscité un profond débat dans la société québécoise sur les limites de la résistance politique, la légitimité de la violence dans la quête d’indépendance.

De plus, ces révélations surviennent quelques mois seulement avant la crise d’Octobre de 1970 , durant laquelle le FLQ kidnappe le diplomate britannique James Cross et le ministre québécois Pierre Laporte qui a été assassiné quelque jours après . La proximité chronologique entre les entrevues de Nadeau et ces événements tragiques accentue davantage leur impact, incitant l’opinion publique et les autorités canadiennes à prendre conscience du degré de radicalisation de plusieurs membres du mouvement indépendantiste.

En abordant ce sujet , Pierre Nadeau nous prouve son courage journalistique. À travers ses questions directe il expose non seulement l’engagement des felquistes, mais aussi les contradictions internes de leur démarche : entre l’idéalisme politique affiché, les méthodes violentes employées, et les dilemmes moraux qui en résultent. Ce reportage a ainsi contribué à renforcer la réputation de Pierre Nadeau en tant que journaliste. capable de se rendre au cœur même de situations complexes et risquées afin d’offrir une compréhension approfondie d’enjeux sensibles.

Il a aussi réalisé des reportages sur la guerre du Liban, les massacres au Burundi et la réalité des Palestiniens en Cisjordanie . Son influence grandit non seulement en tant que reporter, mais également en tant qu’animateur et commence même à former des jeunes journalistes. 

Une couverture élargie des enjeux mondiaux 

Pierre Nadeau continue aussi de couvrir des événements internationaux de grande importance . Il voyage à travers le monde pour réaliser des reportages sur des conflits, des changements politiques et des crises humanitaires. Parmi ses couvertures les plus notables des années 1970 on peut citer par exemple :

Il a réalisé un reportage sur l’impact de la crise du pétrole de 1973 sur les consommateurs québécois, qui a été diffusé dans l’émission Le 60 le 15 janvier 1973. Ce reportage met en lumière les difficultés auxquelles les Québécois étaient confrontés, notamment avec l’augmentation du coût du mazout et la crainte d’une hausse du prix des logements. La crise du pétrole a également eu des répercussions sur divers secteurs d’activité, comme le transport aérien et la construction automobile

Un modèle de journalisme rigoureux 

Durant cette période, Pierre Nadeau ne se contente pas de rapporter l’information; il la met en contexte, l’analyse et la questionne.
Il donne des conférences, participe à des séminaires et encadre des journalistes en début de carrière, leur transmettant sa passion pour l’information .

Une notoriété grandissante et des distinctions 

Au fil des années , Pierre Nadeau reçoit plusieurs distinctions pour son travail. en 1964 il remporte le Trophée Méritas pour le meilleur reporter a la télévision . En 1979 il il remporte le prix Olivar-Asselin qui récompense un journaliste québécois qui s’est démarqué a la défense du Français au Québec . il est reconnu comme l’un des meilleurs journalistes canadiens de sa génération. Son style d’entrevue incisif, son engagement sur le terrain et sa capacité à expliquer des sujets complexes en font une figure respectée du journalisme d’enquête. 

À l’aube des années 1980, Pierre Nadeau est au sommet de sa carrière. Il a non seulement consolidé sa place parmi les figures médiatiques les plus influentes du Québec, mais il s’apprête aussi à franchir une nouvelle étape en s’impliquant encore plus activement dans la transmission de son savoir et la défense des valeurs journalistiques. 

Photo archive de Pierre Nadeau à Radio Canada

Les émissions les plus importantes

Le Point :

Créée à la fin des années 60, puis relancée en 1984, « Le Point » est devenue l’une des émissions phares de Radio-Canada, réputée pour son sérieux, son professionnalisme et ses enquêtes approfondies.

Pierre Nadeau était l’animateur principal de l’émission , Il incarnait parfaitement l’esprit critique de celle ci , privilégiant toujours l’analyse, la réflexion et la rigueur journalistique, sans jamais tomber dans le sensationnalisme.

Chaque épisode abordait des thèmes politiques, économiques ou sociaux sensibles. Nadeau menait des entrevues approfondies, questionnait les personnes en position d’autorité, et effectuait des reportages . L’émission était réputée pour aborder les enjeux controversés de manière directe, claire et sans détour

« Le Point » est considérée comme une référence dans le journalisme d’affaires publiques au Québec.

L’approche rigoureuse et analytique instaurée par Nadeau est devenue un modèle pour de nombreuses émissions d’affaires publiques québécoises qui ont suivi.

Plusieurs journalistes actuels mentionnent encore « Le Point » comme une source d’inspiration en matière d’entrevue journalistique et d’enquête télévisée

Caméra :

Lancée en 1962, « Caméra » était une émission hebdomadaire consacrée à l’actualité internationale. À une époque où l’accès à l’information internationale était limité au Québec, elle a constitué une véritable fenêtre sur le monde.

Pierre a marqué l’émission par son style dynamique et engagé. Il se distinguait par sa capacité à rendre accessibles des sujets complexes.

Sa voix reconnaissable, son charisme naturel, et sa maîtrise du reportage de terrain lui ont permis de créer un lien fort avec le public québécois.

Il se rendait régulièrement à l’étranger pour couvrir directement les événements internationaux majeurs, offrant ainsi aux téléspectateurs québécois un accès privilégié à l’information.

Divers conflits internationaux des années 60, dont certains liés à la guerre froide, permettant au public québécois de mieux comprendre les enjeux géopolitiques mondiaux.

« Caméra » a été pionnière dans la télévision québécoise en matière d’affaires internationales. L’émission a établi une norme élevée pour le journalisme québécois, notamment grâce à la rigueur et au professionnalisme incarnés par Nadeau.

Des reportages marquants des années 1980 et 1990 

Pierre continue à couvrir des événements internationaux majeurs. Parmi ses reportages marquants de cette époque : 

-Les conflits en Afrique subsaharienne : durant les années 1990, il s’intéresse particulièrement aux guerres civiles et aux crises humanitaires en Afrique.

-L’effondrement de l’URSS (1991) : en tant que journaliste passionné par les relations internationales, Pierre Nadeau couvre également la chute du bloc soviétique, analysant les impacts politiques et économiques de la transition vers une économie de marché en Russie et dans les anciennes républiques soviétiques. 

Une reconnaissance méritée 

En 1992, il est fait chevalier de l’Ordre national du Québec, L’engagement et le travail inlassable de Pierre Nadeau lui valent plusieurs distinctions prestigieuses. En 2001 il remporte le grand prix Gémeaux de l’académie de la télévision et du cinéma .En 2008, il reçoit le Prix Judith-Jasmin, la plus haute distinction journalistique au Québec, qui souligne son apport énorme au métier et son engagement envers une information de qualité. Cette reconnaissance marque le sommet d’une carrière exceptionnelle et confirme son rôle d’inspiration pour les générations futures. Il est nommé en 2009, officier de l’Ordre du Canada

Pierre Nadeau victorieux du prix Gémeaux de l’académie de la télévision et du cinéma en compagnie de sa fille Pascale Nadeau

Un modèle de déontologie journalistique 

Au fil des années, Pierre Nadeau insiste sur l’importance de l’intégrité et de l’indépendance face aux pressions politiques et économiques. Il critique les dérives de son travail et milite pour un journalisme d’enquête approfondi qui sert l’intérêt public plutôt que le divertissement.

Dans une époque où l’information est de plus en plus influencée par la rentabilité, son message est clair. Il rappelle que le rôle du journaliste est d’expliquer le monde, de poser les bonnes questions et de permettre aux citoyens de mieux comprendre leur société. 

Une retraite active 

Dans les années 2000, bien qu’il prenne du recul par rapport aux plateaux de télévision et aux grandes enquêtes de terrain, Pierre Nadeau reste une voix influente. Il continue de partager son expertise lors de conférences et d’événements académiques, et devient une figure incontournable du débat sur l’avenir des médias. 

Sa carrière exemplaire et son impact durable sur le journalisme québécois en font une référence indéniable, un modèle de professionnalisme et de persévérance qui inspire encore aujourd’hui de nombreux journalistes et communicants. 

Un hommage unanime 

Lorsque Pierre Nadeau s’éteint en 2019 des suite de la maladie de Parkinson , le Québec perd l’un de ses plus grands journalistes. Son décès suscite une vague d’émotion dans le milieu médiatique, mais aussi auprès du grand public qui reconnaît en lui un homme de parole et de vérité. De nombreux hommages affluent de ses collègues, d’anciens élèves et de figures politiques, soulignant son impact sur le journalisme québécois et canadien. 

Le Commentateur et journaliste Paul Rivard, qui a travaillé à ses côtés a TVA , décrit Pierre Nadeau comme une figure de référence pour toute une génération :

« Comme tous les gens de ma génération, Pierre Nadeau était une des plus importantes et célèbres références dans le monde du journalisme québécois. Je l’ai côtoyé au début des années 1990, alors que je travaillais au réseau TVA et qu’il a fait un bref passage dans cette entreprise. Outre sa carrière impressionnante de reporter international et d’animateur d’émission d’affaires publiques, c’est sa voix que je retiens. Oui, sa voix. Belle et grave, non seulement lui donnait-elle de la prestance à l’antenne, mais elle en était presque impressionnante lorsqu’il vous parlait. » 


La journaliste Martine Lanctôt s’exprime à son sujet avec beaucoup d’admiration :

« Je n’ai pas travaillé longtemps avec Pierre Nadeau, trois années, mais ce furent des années marquantes. J’ai débuté dans le journalisme à ses côtés, en 1981, comme recherchiste. J’avais 25 ans et il était alors la vedette des émissions d’affaires publiques de Télé-Québec ( qui s’appelait à l’époque Radio-Québec) après avoir été à l’antenne de Radio-Canada pendant plus de 20 ans. (Il retournera à Radio-Canada après 1985).

J’étais très impressionnée par le journaliste plus grand que nature avec qui j’allais travailler. Mais j’avais la chance de l’avoir connu dans mon enfance car il habitait près de chez mes parents. La relation a été chaleureuse dès le premier jour. Pierre Nadeau est un homme exigeant, souvent impatient, mais c’est un homme d’équipe qui aime être entouré des gens avec qui il travaille et terminer la semaine au restaurant avec son équipe. J’ai aimé chaque minute de mes trois années avec lui. J’ai tellement appris à le voir et l’entendre mener ses entrevues. Ses qualités journalistiques sont exceptionnelles, son instinct, son naturel, sa façon de surprendre ses invités au détour par des questions qui déstabilisent, sa manière très personnelle de gérer l’entrevue.

Préparer un dossier de recherche pour Pierre Nadeau, c’est « faire court ». Faire ressortir les points marquants, des angles pour les questions, des citations pertinentes, quelques anecdotes. Mais pas de longue mis en contexte. Je l’ai appris rapidement. Mon premier dossier de recherche, c’était pour préparer son entrevue avec Pierre Bourgault, figure de proue du mouvement indépendantiste.
J’avais préparé un gros dossier, une dizaine de pages, après avoir fouillé dans les archives et mes livres d’histoire pour être certaine d’être à la hauteur…Il a pris le dossier et m’a dit «la prochaine fois une seule page c’est suffisant..va à l’essentiel».

Ça peut sembler facile de faire de la recherche pour Pierre Nadeau, mais identifier ce qui est essentiel et ne pas s’embourber dans le superflu, c’est aussi beaucoup de travail. Côtoyer Pierre Nadeau c’est apprendre à exercer son jugement journalistique.

J’ai poursuivi ma carrière à Radio-Canada où j’ai pu obtenir un poste de journaliste. Mes trois années avec Pierre Nadeau ont été un tremplin pour accéder au métier. Je suis restée très attachée à l’homme et je l’ai revu souvent au cours de ma vie. Les dernières années, lorsque la maladie lui a fait perdre son autonomie, j’allais le visiter à sa résidence. Il aimait encore  parler de la situation dans le monde, de ses reportages, de sa passion pour le métier»

Une icône indélébile du journalisme 

Pierre Nadeau restera dans les mémoires . Son travail continu d’influencer les journalistes actuels . Sa voix, son intégrité et son engagement envers la vérité restent des modèles pour tous ceux qui veulent faire une carrière dans le journalisme .

Sa disparition laisse un immense vide , mais ce qu’il a laissé derrière lui est immortel. À travers ses reportages et entrevues , il continue de vivre dans notre mémoire .

Il restera à jamais une figure de proue du journalisme québécois. Son travail et ses valeurs continueront d’inspirer les journalistes d’aujourd’hui et de demain, rappelant que le journalisme n’est pas simplement un métier, mais une mission au service de de la vérité.

Écrasement de l’avion de Delta Airlines : les vidéos circulent partout dans le monde

18 février 2025 - Par - Catégorie : Médias

Florence Lamoureux

Des vidéos qui montrent l’avion de Delta Airlines tenté d’atterrir sur la piste d’atterrissage à l’aéroport Pearson de Toronto font le tour du monde. On peut y voir l’avion toucher le sol et s’enflammer pour peu après glisser sur la piste avec des flammes qui s’y échappent.  

La nouvelle est également en une de plusieurs journaux mondiaux. Au lendemain de cet événement, beaucoup de craintes et de questions sont soulevées.

« Je vais utiliser le terme miracle, parce qu’avec toutes les images qu’on voit ce matin, c’est vraiment surprenant qu’il n’y ait aucune fatalité à bord de l’appareil parce que ça a été un atterrissage assez violent », a John Gradeck, directeur du programme de gestion de l’aviation à l’Université McGill en entrevue à l’émission Le Québec matin à TVA.

Selon lui, « c’est très rare qu’on voie un appareil survivre à une telle arrivée. »

« C’est un miracle qu’il n’y ait aucune fatalité à bord. »

Un drame évité de justesse

Rappel que c’est lundi après-midi, qu’un avion de Delta Airlines en provenance de Minneapolis s’est écrasé à l’aéroport Pearson de Toronto, se retrouvant renversé sur le toit. L’accident, survenu peu après 14h, a fait 21 blessés, selon les dernières informations de la compagnie aérienne Delta.

21 personnes avaient été transportées à l’hôpital lundi et 19 avait obtenu leur congé mardi matin.

En point de presse mardi midi, la présidente-directrice générale de Toronto Pearson, Déborah Flint, a mentionné aux médias qu’ils étaient sous contrôle de la situation.

Plusieurs réactions

La ministre des Transports du Canada, Anita Anand, suit la situation de près, alors que Montréal-Trudeau accueille plusieurs vols détournés.

Le premier ministre de l’Ontario Doug Ford a également réagi sur son compte X mentionnant qu’il était soulagé qu’il n’y ait aucune victime que « les responsables provinciaux sont en contact avec l’aéroport et les autorités locales et fourniront toute l’aide nécessaire. »

Enquête en cours

Une enquête sur les causes de l’accident est en cours.

Selon plusieurs experts en aviation, il est possible que des problèmes liés au train d’atterrissage puissent être à l’origine de l’écrasement, mais il est encore trop tôt pour en établir la cause exacte.

« Je vois que l’appareil était en bonne condition pour faire l’atterrissage, mais c’est au moment où l’avion a touché au sol qu’il y a eu, je pense, un écrasement du train d’atterrissage et qu’on a vu l’arrière de l’appareil se faire traîner sur la piste, puis un feu a éclaté, ils ont perdu l’aile et ça a renversé l’appareil », explique Gradeck à TVA Nouvelles.

De plus, David Soucie, expert en sécurité aérienne a comparé à CNN l’incident de Toronto à un écrasement survenu en 1987 à Denver, où 28 passagers avaient péri. Grâce à une conception repensée, les ailes de l’avion de Delta se sont détachées avant d’éventrer le fuselage, évitant une catastrophe bien plus meurtrière.

Selon lui, les avancées technologiques ont fait la différence.