Au nom du truck, du Ford et du Saint-Esprit

4 février 2025 - Par - Catégorie : Société

Par Zoé Vachon

Assister à une messe sans quitter sa voiture, c’est possible à Daytona Beach en Floride. Le documentaire Drive-In Jesus du New York Times (https://youtu.be/owazie9ZNBs?si=62-Wr2o8LKEWwiF8 ) s’est intéressé au phénomène.


Le sermon du pasteur résonne dans les habitacles des voitures stationnées dans l’immense rectangle de gazon de la Daytona Beach Drive-In Christian Church. Les gens assis dans leurs véhicules l’écoutent attentivement, le visage grave.

Quand vient le temps de la communion, il n’y a pas de contact humain : les hosties et le vin sont distribués à l’entrée dans un gobelet de plastique jetable.

Des klaxons répondent au dernier amen qui clôt le sermon, puis une voiturette de golf zigzague entre les voitures pour récolter la dîme.

Aliénation

La religion a pour fonction, traditionnellement, de rassembler une communauté. Pourtant, à la Daytona Beach Drive-In Christian Church, tous restent dans leur voiture.

« De plusieurs façons, nous sommes tous assis, isolés dans nos propres expériences individuelles, les fenêtres fermées et l’air climatisé à fond, à se demander pourquoi nous peinons à tisser des liens avec notre monde et les gens qui nous entourent », explique la réalisatrice du documentaire Lauren DeFilippo en entrevue au New York Times.

« Qu’est-ce qui pourrait être plus dépouillé de spiritualité et de connexion humaine que d’aller à l’église enfermé dans l’invention américaine la plus aliénante, sa voiture ? » s’est-elle demandé.

Service au volant


Le concept des églises « service au volant » a connu une renaissance pendant la pandémie de COVID-19. Les mesures sanitaires limitaient la possibilité de se rassembler en grands groupes.
L’idée n’est pas entièrement nouvelle : la Daytona Beach Drive-In Christian Church existe depuis 1953. Alors pourquoi certains assistent-ils à ces messes en voiture ? Pour Lauren DeFilippo, les explications ne manquent pas.


« Certains étaient affaiblis par la maladie et profitaient de l’accessibilité de l’endroit. D’autres avaient perdu un être cher et souhaitaient faire leur deuil en privé. Quelques-uns voulaient tout simplement assister à la messe avec leurs animaux de compagnie. Peu importe la raison, tous recherchaient du réconfort et de la force, peu importe sous quelle forme », dit-elle.


Que Dieu bénisse l’Amérique


La religion aux États-Unis a connu une vaste évolution depuis les années 70, où 90% des Américains se disaient chrétiens selon le Pew Research Center (https://www.pewresearch.org/short-reads/2024/04/30/voters-views-of-trump-and-biden-differ-sharply-by-religion/). Ce chiffre est maintenant de 63% dans la dernière décennie.

Malgré ce déclin, la religion joue encore un rôle important dans la société américaine et dans la politique du pays.

69% des Américains n’ayant pas d’appartenance religieuse appuyaient le président sortant Joe Biden lorsqu’il était encore dans la course. Le président américain Donald Trump a profité de l’appui d’une majorité de la population chrétienne aux élections de 2024. Il a courtisé la branche religieuse de son électorat lors de sa dernière campagne.

« Dans quatre ans, vous n’aurez plus à voter », avait-il déclaré en juillet 2024 dans un événement de campagne s’adressant à la population chrétienne. « J’aime les chrétiens. Je suis chrétien. Vous devez aller voter ».

https://www.nbcnews.com/news/us-news/churches-offer-drive-services-coronavirus-forces-social-distancing-n1170896
https://www.reuters.com/world/us/trump-tells-christians-they-wont-have-vote-after-this-election-2024-07-27

 Une nouvelle forme de messe au sud de la Floride

4 février 2025 - Par - Catégorie : International

Laurent Larose

Chaque dimanche, à Daytona Beach, une messe inhabituelle est pratiquée : dans un ciné-parc, dans leurs véhicules, écoutant le prête parlé dans la radio.

Religion aux États-Unis

Les États-Unis sont l’un des pays les plus religieux au monde, avec 70 % de la population qui se dit chrétien ou protestant. La Floride est l’un des États les plus religieux et les plus peuplés des États-Unis, où plus de 51 % de la population se considère comme protestante et 25 % comme chrétienne.

Lauren Defilippo, la réalisatrice du documentaire « Drive-in Jesus », publié dans le New York Times, suit le quotidien d’une petite communauté chrétienne qui pratique sa foi de façon inhabituelle.

Une messe par Bluetooth

Dans cette petite communauté, la messe ne se passe pas à l’église. À l’entrée, un homme en charge de la sécurité donne une hostie et du vin de messe. Ils se stationnent et attendent dans leurs voitures le moment où le pasteur va prêcher à la radio. Le pasteur prêche la Bible devant une centaine de voitures ; ces gens, qui semblent proches, n’ont jamais été aussi éloignés les uns des autres.

Cette messe existe depuis 1953. Lauren Defilippo a discuté avec cette petite communauté et beaucoup disent : « qu’ils partent à cet endroit parce qu’ils veulent de la discrétion ou être tranquille. Sinon, ils sont malades et c’est le moyen le plus facile pour eux de pratiquer leur foi. Alors que d’autres veulent y aller avec leurs animaux de compagnies ».

Cette messe existe depuis 1953. Lauren Defilippo a discuté avec cette petite communauté, et beaucoup disent : « qu’ils viennent à cet endroit parce qu’ils recherchent de la discrétion ou de la tranquillité. D’autres y viennent parce qu’ils sont malades, et c’est le moyen le plus facile pour eux de pratiquer leur foi. Certains y vont même avec leurs animaux de compagnie ».

Selon Defilippo cette messe est une représentation « du microcosme de la difficulté du quotidien, de la solitude croissante, et de la technologie qui nous rapproche d’un environnement d’isolement.

La Solitude

Le pasteur a prononcé un sermon sur la nature de la technologie et sur son rôle dans la division qu’elle crée entre nous. La technologie est à l’origine de cette crise d’isolement social, où l’on n’interagit plus avec ses pairs.

Selon des recherches, la société américaine se rapproche de plus en plus du phénomène de la solitude. Selon Pew Research center, plus d’un Américain sur 6 Américains se sentent seul ou isolé, et que 4 sur 10 se sentent parfois seul ou isolé. Une autre étude de l’American Psychiatrique Association montre que la solitude toucherait 30% des 18 à 34 ans.

Cette perspective a amené Defilippo à comprendre que ce documentaire est un symbole à plusieurs égards : « Ces gens sont isolés par leurs propres expériences, fenêtres baissées, avec la climatisation au maximum. Ils se demandent pourquoi ils ont tant de mal à se connecter au monde ou aux gens autour d’eux. »
Cette messe, qui semble inhabituelle et loufoque, a en réalité des implications bien plus vastes qu’on ne pourrait le penser. Ce fléau touche de plus en plus les populations locales en raison des problèmes économiques, de l’après COVID-19, des nouvelles technologies et de l’hyperconsommation. Un problème qui ne se limite pas aux États-Unis, mais qui concerne aussi le Canada. Les médecins conseillent que si vous sentez seul, vous devriez consulter un psychologue et chercher à interagir socialement.

Mots Clés: Religion, Christianisme, États-Unis, Floride, Messe

Messe au volant, innovation au tournant ?

4 février 2025 - Par - Catégorie : International

Agathe Nogues

« Il n’y a plus grand monde à la messe le dimanche! », voilà une expression qui a pris de plus en plus de sens avec les années. Enfin, pas pour tout le monde : les États-Unis, eux, ont trouvé leur solution. Drive-In Jesus, un documentaire de Lauren Defilippo, fait le portrait d’une église qui a su se réinventer. 

Une estrade sur laquelle un prêtre prêche face à un stationnement de voiture. À l’intérieur de ces voitures, des gens assis : seul, accompagnés, ou encore avec leurs animaux, écoutant attentivement chacune des paroles du prêtre, les fenêtres ouvertes. Voici ce que retrace le documentaire de 9 min 24 s de la réalisatrice floridienne pour le New-York Times. Si les bancs inconfortables, le manque d’intimité, la température ont découragé plus d’un fidèle de franchir le pas des églises, le Daytona Beach Drive-In Christian Church, lui, a trouvé sa solution : regarder la messe depuis sa voiture. 

Le choix du confort

« Qu’existe-t-il de plus vide de spiritualité et de connexion humaine que d’aller à l’église ancré dans […] votre voiture? », déclare la réalisatrice. La distribution de l’hostie et du vin de messe dans un petit verre en plastique, la quête faite depuis une voiturette de golf ou encore le klaxon collectif des fidèles après le « amen » du prêtre : voilà des scènes peu habituelles que l’on peut observer au travers du documentaire. Si ces scènes peuvent esquisser un sourire chez certains spectateurs, tous se poseront la même question « pourquoi faire cela? ». Si cette idée de drive-in peut sembler un peu ridicule, c’est pour un certain confort que quelques fidèles sont friands de cette méthode. Par exemple, les personnes « affaiblies par la maladie » peuvent profiter d’accessibilité et d’espace auquel ils n’ont pas accès autrement. D’autres, apprécient « l’intimité » offerte ou encore de pouvoir « assister à la cérémonie avec leurs animaux », explique Lauren Defilippo.

Difficultés du siècle

Loin de l’église traditionnelle, cette variation semble refléter certains enjeux de notre siècle. « Selon moi, l’église drive-in représente un microscope de ce que nous combattons tous les jours : essayer de se lier avec les autres et avec notre environnement malgré l’isolation croissante que nous impose la technologie », remarque la réalisatrice. Au-delà du confort, c’est aux difficultés de ce siècle que répond le drive-in.

Melting-pot religieux et politique

Si la religion semble perdre en popularité un peu partout en occident, ce n’est absolument pas le cas aux États-Unis. La religion chrétienne représente plus de la moitié de la population états-unienne. Non seulement l’église est très présente chez les États-Uniens, mais elle a un grand pouvoir d’influence sur les débats politiques. Cette influence se démarque dans certains débats actuels comme l’avortement, par exemple. Cette confusion entre le politique et la religion affecte alors de nombreux aspects de leur vie comme les écoles, les hôpitaux, la vie sociale.

La solution qui fait gagner l’Église

De nos jours, c’est 64% d’États-Uniens qui fréquentent des églises. Ce haut taux de fréquentation s’explique par des discours politiques qui donnent l’impression d’une ferveur religieuse.  Avec les nouvelles politiques et l’arrivée au pouvoir de groupes d’extrême droite, on peut s’attendre à une fréquentation de plus en plus importante. L’église se doit, alors, de se réinventer afin de toucher un plus large public. 

Les sites religieux comme le drive-in répondent complètement aux nouveaux critères sociétaux de notre génération. Comblant notre besoin de social et d’isolement, il se pourrait que le petit drive-in ait bientôt besoin de s’agrandir. 

Sources :

Drive-In Jesus: prier à travers son pare-brise

4 février 2025 - Par - Catégorie : International

Une cinquantaine d’automobiles sont stationnées devant une petite église. Une affiche se distingue : « Connectez vous au 88,5 FM pour vénérer ». Le prêtre, grâce à son microphone, projette sa voix et livre la messe à tous ceux assis dans leur moyen de transport quotidien.

Mélody Deveau

Le documentaire Drive-In Jesus réalisé par Lauren DeFilippo présente une messe en plein air à Daytona Beach dans le sud de la Floride. La particularité de celle-ci : tout le processus se déroule dans le confort de sa propre voiture à l’aide d’une station de radio.

La prière, l’hostie et le vin, entièrement préparés dans des contenants individuels pour l’occasion, sont distribués à l’entrée du terrain. Lors de la fin de la prière, diffusée par le prêtre, les automobilistes procèdent à manger l’hostie et boire le vin. Un conducteur dans une voiture de golf vient récupérer les dons et le mot Amen se fait entendre grâce aux klaxons.

Une méthode hors du commun

Dans une entrevue pour le New York Times, la réalisatrice admet que l’idée de prier dans sa voiture semblait étrange au départ: « Qu’est-ce qui pourrait être plus vide de spiritualité et de connexion humaine que d’aller à l’église dans l’invention américaine la plus aliénée : votre voiture? »

Elle déclare plus tard que son idée de départ s’est affaiblie en parlant avec des membres de la congrégation. Plusieurs personnes présentes à cette messe prônent l’accessibilité de l’endroit ou encore veulent être seules pendant celle-ci. « Peut importe la raison, ils cherchent tous une forme de confort et de force dans une forme comme dans une autre », dit-elle.

L’importance de la religion

Selon une étude réalisée par le Pew Research Center, environ 53% des Américains considèrent que la religion est très importante dans leur vie. Les États-Unis sont plus susceptibles d’accorder une importance majeure à la religion que les autres pays économiquement avancés.

En comparaison, 29,9% de la population totale du Canada se considère catholique, selon Statistiques Canada. Pour la France, la présence de catholicisme dans la population s’élève à 29%, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques.

Une place douteuse pour la technologie

La réalisatrice se livre également concernant ses doutes avec la technologie : « Pour moi, les églises drive-in représentent le microcosme de ce que chacun de nous essaie de surmonter chaque jour : essayer de se connecter entre nous et avec notre environnement malgré la hausse d’isolation sociale causée par la technologie ».

Elle dit avoir réalisé grâce à ce documentaire l’ampleur de cette isolation sociale et cette incompréhension face à la solitude de chacun et de soi-même. « […] Ce film est une vis sans fin entre l’absurdité apparente de surface et l’humanité qui se cache au fond », conclut-elle.

Le documentaire est disponible sur le site web officiel du New York Times.

Drive-In Jesus : quand l’église se déplace dehors

4 février 2025 - Par - Catégorie : Société

Par Félix Rousseau-Giguère

« Est-ce qu’il y a quelque chose de moins spirituel que d’aller à l’Église enfermé dans la plus aliénante des inventions américaines, la voiture ? », se demande la réalisatrice Lauren DeFilippo dans un texte du New York Times. Telle est la question qui l’a menée à réaliser son court-métrage documentaire Drive-In Jesus, disponible sur YouTube.

C’est en roulant sur l’autoroute depuis la maison de ses parents en Floride, que Lauren DeFelippo est tombée sur la Daytona Beach Drive-In Christian Church, une église façon ciné-parc où les gens viennent stationner leurs autos sur un grand terrain pour écouter la messe à même leur habitacle de voiture.

Des motivations insoupçonnées

« Il fallait que j’aille à un service », s’est dit la cinéaste en voyant l’église de type service au volant. Après plusieurs moments passés avec ces croyants en voiture, son jugement face à cet endroit s’est mis à changer. « J’ai réalisé que plusieurs de ces gens avaient des motivations réelles pour venir dans une église comme celle-ci. Certains étaient affaiblis par la maladie et trouvaient que l’accès facile au service était un atout », enchaîne-t-elle dans son texte.

Une plongée dans la réalité des drive-in

Drive-In Jesus brosse le portrait d’une messe à l’église de Daytona Beach. Tout au long des 9 minutes 23 secondes que durent le documentaire, on assiste aux différents moments qui ponctuent le service particulier que reçoivent les fidèles présents.

Le film démarre avec l’arrivée des chrétiens à l’église. Tour à tour, les voitures entrent sur le site et un employé de l’église remet à chaque personne par véhicule un morceau d’hostie et un petit contenant de vin de messe.

Quelque temps après, la messe débute. Le prêtre parle à ses fidèles, leur lit un psaume ainsi que son homélie. Son discours est diffusé à travers une chaîne de radio que chaque voiture dans l’audience syntonise. Plusieurs plans de différents fidèles à l’écoute du prêtre sont montrés : une femme en décapotable accompagnée d’un gros chien noir, un couple âgé dans une minifourgonnette, un homme portant un chapeau de cow-boy.

À la fin du service, qui équivaut à la fin du film, un homme se déplace entre les voitures sur une voiturette de golf pour ramasser les dons en argent des gens. Dans un moment bien précis du court-métrage, l’homme, muni de son petit sac en velours vert, s’approche de la fenêtre d’un fidèle qui est dans son auto, accompagné de son chat sur le siège du passager.

Un peu d’histoire

Les églises au volant (drive-in churches), comme celle de Daytona Beach, ne datent pas d’hier. Le magazine Time raconte que la pratique a été popularisée par le Révérend Robert Schuller dans la ville de Garden Grove en Californie dans les années 1950.

Elle ne s’est pas répandue massivement à cause du coût élevé de terres immobilières que ça nécessite, note le magazine The Banner.

Les Américains ne sont peut-être pas nombreux à pratiquer la religion dans leurs voitures, mais ils sont beaucoup à en faire la pratique en général. Selon Voyageurs du Monde, « les États-Unis comptent 56% de protestants, 28% de catholiques, 2% de juifs et 1,5% de musulmans ».  

À cette époque où la religion est encore si présente chez nos voisins du sud, Drive-In Jesus est un film incontournable.

Une église au volant, symbole de la société américaine

4 février 2025 - Par - Catégorie : Société

Du drapeau confédéré au collant « Obama Biden », de la Cadillac Allante à la Chrysler PT Cruiser, un sermon « drive-thru » semble être le summum de la société de consommation américaine tout en étant un événement qui rassemble toutes les classes sociales.

C’est le thème qu’a choisi d’aborder le New York Times dans un documentaire d’une dizaine de minutes publié sur sa chaîne YouTube. Réalisé par Lauren Defilippo, le court film amène le spectateur dans cet univers étrange pour plusieurs en témoignant de l’importance de la religion aux États-Unis.

Prier seul, en groupe

La Daytona Beach Drive-In Christian Church offre ses services depuis 1953, permettant à tous de venir assister à diverses cérémonies religieuses sans même sortir de leur véhicule. Du vin et des hosties sont distribués à l’entrée, de même que quelques pages de textes pour suivre les paroles du prêtre, qui, à l’aide d’un micro, sont diffusées sur les ondes radio.

Pendant que les voitures tournent au ralenti, fenêtres ouvertes et air climatisé au tapis, les fidèles suivent la cérémonie, certains accompagnés de leur animal de compagnie. Il y a autant de jeunes que de vieux, de toutes classes sociales et idéologies politiques. À la fin de la cérémonie, c’est un homme au volant d’un kart de golf qui vient recueillir les petits gobelets vides en plastique à la fenêtre de chaque voiture.

« Peu importe la raison, tous recherchent un certain confort, de la force, d’une façon ou d’une autre », précise Mme Defilippo dans son texte accompagnant le documentaire. Elle ajoute : « Certains étaient affaiblis par la maladie, d’autres percevaient l’accessibilité de la chose comme un avantage. Certains voulaient un peu d’intimité pendant qu’ils pleuraient la mort d’un proche ».

Une Église nouvelle

Pour Lauren Defilippo, le tout est plutôt contradictoire: « Qu’est-ce qui pourrait être plus vide de spiritualité et de connexion humaine qu’aller à l’Église, isolé dans l’une des inventions américaines les plus aliénantes; la voiture? ». 

Le principe d’une église au volant est d’ailleurs en complète opposition au discours du prêtre, qui dénonce le surplus de technologie dans nos vies, qui, selon lui, nous déconnecte de la réalité. Il faut croire que, malgré son message, l’Église est aussi tombée dans le panneau.

Après tout, plus de 60% des états-uniens sont chrétiens, selon le Pew Research Center. Au Congrès, ce chiffre grimpe à 87%. Il est peu réaliste de croire que plus de 200 millions de personnes se sont limitées à vivre une vie dépourvue de technologie.

La société de consommation au centre du religieux

Cette église à Daytona Beach n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Selon le livre Religions as brands? Religion and spirituality in consumer society, écrit par deux chercheurs en science des religions à l’Université de Lausanne, « les religions et spiritualités prennent parfois la forme de produits ou de marques ». Parmi les meilleurs exemples chrétiens: les mégaéglises, les télé-évangélistes ou encore les sites web religieux.

La chrétienté aux États-Unis serait-elle devenue un simple « business », ou s’est-elle réellement adaptée aux méthodes modernes? La ligne est fine, et depuis longtemps.

Justin Heendrickxen-Cloutier

«Amen» au klaxon

4 février 2025 - Par - Catégorie : Société

À bord de leur voiture, tous les dimanches dans un terrain vague, plusieurs se tournent vers une forme alternative de la messe. Un documentaire de Lauren DeFilippo illustre une «drive-in» église à Daytona Beach en Floride.

À première vue, le concept peut paraitre étrange et “deranged”, le documentaire démontre les multiples aspects de cette messe, pouvant possiblement défaire des perceptions. Vivant tous des réalités différentes, ils ont des raisons variées d’y être, mais tous avec l’envie de rester connecté avec leur chrétienté.  Ce qui fait un parallèle avec le sentiment de la réalisatrice que «sa vision à propos de l’endroit étrange a commencé à changer» après avoir assisté à trois dimanche.

Derrière les stéréotypes

Originaire de la région, Lauren DeFilippo vient défendre cet État qu’elle juge un «monde mélangé et sensible, une jungle indomptable et d’une inhérente complexité». La réalisatrice avait elle-même ses jugements préconçus, par circonstances elle est de retour en Floride et voulait faire un documentaire sur l’idiosyncrasy.

Les palmiers entourant le paysage, les lunettes de soleil, les chemises d’été, les décapotables ancrent la messe dans les stéréotypes de la Floride. Toutefois, c’est là que s’arrêtent les clichés, la prière rassemble cette communauté comme une autre. Chacun suit la messe de leur véhicule, avec le pain et le vin cérémonial portant attention aux mots prononcés par le prêtre, jusqu’au «Amen» où ils klaxonnent, puis partent.

Une quête au-delà de la religion

Tout au long de la vidéo, on voit des animaux de compagnies qui en accompagnent certains dans leur véhicule, d’autres sont à mobilité réduite. Ceci remonte directement l’idée que, pour «quelconque raison, ils cherchaient tous une forme de confort et de force sous une forme ou une autre».

Dans un retour en entrevue au New York Times, Lauren DeFilippo établi que, pour elle, ce phénomène est représentatif d’un «microcosme de ce que chacun lutte tous les jours : tenter de connecter avec l’un et l’autre et notre environnement malgré l’augmentation de notre isolation alimentée par la technologie». Elle y détache la religion, qui reste centrale, mais voit un sentiment qui va au-delà, une quête de communauté.

Le prêtre dicte la prière «nos cœurs remplis de gratitude pour notre Dieu […] dans notre présence en observant autour et voici la création» suivie des multiples véhicules distancés de plusieurs mètres sur le gazon en face de lui. La réalisatrice vient imager et confronter son propre biais dans son questionnement initial «qu’est-ce qui pourrait être plus vide de spiritualité et connexion humaine que d’aller à l’église enfermée dans l’invention américaine la plus aliénante, ta voiture?».

La religion est intercalée dans plusieurs sphères aux États-Unis, il est difficile d’y voir une facette de la vie qui n’est pas impactée. La messe du dimanche est observée chaque semaine par une minorité d’Américains, mais elle offre une vie de communauté facile d’accès pour plusieurs qui se retrouvent seuls.

État et religion

L’importance de la bible dans plusieurs régions est une des raisons que la vie familiale est autant présente encore aujourd’hui. Ceci vient toucher la taille des familles, mais également l’importance accordée à l’avortement. La religion vient modeler de façons subséquentes le monde politique.

Dans les grands points des campagnes électorales américaines se trouve inévitablement la question du droit à l’avortement. La religion vient dépasser l’importance des droits des femmes à plusieurs reprises lors des élections. Certains vont parfois ignorer tout aspect d’un candidat, votant uniquement pour cette ligne de parti.

Gabrielle Martineau

Need for Christ-Tom Da Costa

4 février 2025 - Par - Catégorie : Société


Il n’est jamais bon de se fier aux clichés. La personnalité, le caractère, l’histoire, les centres d’intérêt, tout ça est des choses qui sont impossibles à prédire. Aujourd’hui, avec une société et un espace social qui s’est déplacé sur internet, les clichés et le jugement basé sur l’apparence se sont d’autant plus répandus. Le fait qu’à travers notre écran nous puissions nous baser uniquement sur l’apparence de quelqu’un et sur les quelques actions ou paroles qui nous sont offertes favorise l’expansion des idées reçues. Dire que les Français sont des mangeurs de pain et de fromage, que les Algériens ont tous de très beau dégradé, ou pire, que les États-Uniens sont des chrétiens amateurs de véhicules polluants est inacceptable… Sauf à Daytona Beach.


Daytona Beach est une ville de Floride, une station balnéaire côtière de l’atlantique d’environ 82,000 habitants, mais surtout un endroit où la population n’a pas l’air de vouloir quitter son véhicule. Si la ville est connue pour son circuit automobile, le « Daytona International Speedway » et sa course de NASCAR, le « Daytona 500 », la réalisatrice américaine Lauren Defilippo a tenu à nous montrer que les voitures, elles aussi, ont le droit de prendre une pose spirituelle.


Menu hostie best-of


À travers son documentaire Drive-In Jesus, Lauren Defilippo nous montre une manière de consommer la religion chrétienne plus qu’inhabituelle. C’est sur un terrain grand terrain verdoyant surplombé d’une église que l’action se déroule. Le dimanche, à partir 8h30 du matin, c’est plus d’une centaine de voitures qui se réunissent sur ce terrain clôturé pour assister à une messe en voiture.


À l’entrée, comme à un drive de fast-food, la consommation journalière des fidèles sera donnée directement à la fenêtre de la voiture. Hostie, vin et lecture en main, les conducteurs vont pour se garer face à l’église, mais ne sortiront jamais du véhicule.


Une messe accessible à tous


« Je me suis rendu compte que beaucoup d’entre eux avaient des motivations très personnelles pour fréquenter une église comme celle-ci. Certains étaient affaiblis par la maladie et trouvaient que la facilité d’accès à messe était un atout. D’autres avaient perdu un être cher et voulaient de l’intimité pour faire leur deuil », dira la réalisatrice.


Depuis leur voiture, les fidèles n’ont qu’à allumer leur radio et profiter de la messe, transmise en direct sur les ondes. Dans un pays où, d’après « l’Observatoire Internationale du religieux », presque 70% de la population se dit chrétienne et où d’après Nielsen, près de 26% des habitants souffrent d’un handicap mental ou physique, cette manière d’assister à la messe est plus que pratique.


Prêtre en direct du 88.5


Messe rime avec prêtre, et ici, le prêtre joue aussi le rôle d’animateur radio. Micro posé à l’oreille, posé sur une estrade surplombant les machines, le prêtre livrera une messe tout ce qu’il y a de plus banal pendant 55 minutes.


« Pour moi, cette messe automobile représente un microcosme de ce que nous combattons tous au quotidien : essayer de nous connecter les uns aux autres et à notre environnement malgré notre isolement croissant, alimenté par la technologie ». Si d’après la Lauren Defilippo, la technologie tend à nous isoler, ici c’est bien la technologie qui aide à rassembler les fidèles.


« Le pasteur a prononcé un sermon sur la nature insidieuse de la technologie et le fossé qu’elle crée entre nous ». Il est vrai que la technologie peut créer l’isolement, ou encore qu’internet puisse accroitre les clichés, mais, comme ici, la technologie permet aussi à certains de pouvoir vivre leur foi, peut-être qu’internet pourra aussi aider certains à connaitre ces alternatives pour leur permettre de rester connecter aux autres.

Exercice du 04/02

4 février 2025 - Par - Catégorie : International

Une office sur roue : quand l’église se modernise

Pour la messe, on fait le plein d’essence

Une idée saugrenue, assister à la messe depuis sa voiture. C’est pourtant comme ça que ça se fait à Daytona Beach depuis 1953. En Floride, un état connu pour ses stéréotypes et ses extravagances, ce lieu de prière met en lumière des questions sur la solitude et la manière s’adapter à la réalité du monde moderne. Dans son documentaire Drive-In Jesus, la réalisatrice Lauren Defilippo découvre et partage une communauté unie et à la recherche de réconfort, malgré les portières qui les séparent.

Une nouvelle manière de prier

Le documentaire Drive-In Jésus présente une coutume peu connue et originale de pratiquer la foi chrétienne en Floride avec drive-in de Daytona Beach. Au premier abord, cette pratique où les fidèles assistent à la messe dans leur voiture peut paraître insensé, mais ce sont des motivations personnelles qui les y encouragent. « Qu’y a-t-il de plus dépourvu de spiritualité et de lien humain que d’aller à l’église enfermé dans la plus aliénante des inventions américaines, la voiture ? »  Comme le besoin de solitude et de recueillement, des facilités d’accès pour les personnes malades, d’autres se réjouissent de pouvoir y amener leurs animaux. « Quelle que soit leur raison, ils recherchaient tous, d’une manière ou d’une autre, une forme de réconfort et de force. » Lions d’être un concept dénué de sens, c’est une façon pour tous de vivre leur foi qui s’adapte à la réalité de la vie des gens. 

Ce reportage fait prendre conscience à la réalisatrice que cette office est un lien entre recueillement et convivialité et elle décide d’en faire le thème de son film. La question de l’implication de la technologie dans l’éloignement des paroissiens se pose pendant le sermon du pasteur. Le drive-in chrurch devient une image des paradoxes de notre société où le besoin de sociabilisation cohabite avec des barrières invisibles. « Tout comme les sentiments que j’éprouve à l’égard de mon État d’origine, ce film est un chassé-croisé entre l’absurdité apparente de la surface et l’humanité qui s’y cache. »

La Floride se définit par un paysage religieux multiple et en plein changement, inspiré par des dynamiques culturelles, démographiques et technologiques. Traditionnellement marqué par le christianisme avec les églises protestantes évangéliques et catholiques, l’état voit aujourd’hui de nouvelles tendances religieuses.

On constate une baisse de la participation aux services religieux dans cet état comme dans beaucoup d’autre. Néanmoins, la Floride est dotée d’un flux de migrants provenant d’Amérique latine qui diversifie les courants religieux, allant du christianisme pentecôtiste aux pratiques afro-caribéennes. Ainsi, les nouveaux projets comme l’église drive-in de Daytona Beach apportent d’évolution des cultes dans une ère où la religion doit s’adapter aux contraintes modernes et à l’isolement grandissant des individus.

Ce projet illustre la complexité de la Floride, un Etat défini comme étrange mais porteur d’une richesse humaine ignorée. 

La Floride, terre d’innovation religieuse ?

4 février 2025 - Par - Catégorie : Société

Entre les palmiers et les plages, la Floride offre un service tout à fait particulier. L’église en service à l’auto, documentaire sincère qui met l’attention sur cette congrégation qui mélange absurde et critique sociétale.

Par Sebastian Herrera-Ramirez

Le documentaire de la réalisatrice basé à Brooklyn Lauren DeFilippo nous transporte au milieu d’un terrain vague, dans la municipalité de Daytona Beach en Floride, au croisement entre une église et un ciné-parc. Des rangées de voitures présentes et prêtes à syntoniser la messe du révérend. Munis d’une hostie et d’un gobelet de vin, les gens écoutent attentivement les psaumes et sermons du révérend. Ils échangent leurs amen pour une chorale de klaxons. La réalisatrice explique le but de ce documentaire : « Je me suis retrouvé à devoir retourner vivre en Floride et je voulais faire un film sur l’idiosyncrasie des habitants de la Floride. Au début, l’idée d’aller à l’église en voiture me semblait absurde. ». Pour lire son entrevue au New York Times : http://nyti.ms/2uhynpn.

Diversité

L’effet absurde que dénote la réalisatrice est frappant. L’interaction sociale est minime : les bancs d’église remplis de gens collés sont remplacés par des rangées de voitures distanciées les unes des autres. Un effet qui s’accentue lorsqu’un monsieur se déplace, en voiture de golf, entre chaque voiture pour collecter la quête. Cependant, on remarque aussi comment ce moment offre aussi une fenêtre dans la vie de chaque personne présente à la messe. Certains sont présents avec leurs animaux, d’autres sont venus en couple et quelques-uns sont venus entre amis. On y voit des voitures décorées avec des drapeaux, des collants d’équipes sportives, de slogans politiques et des voitures plus sobres, simplistes, nous renvoyant à notre même diversité au sein de la population.  

Recherche de connexion

C’est un effet qui résonne aussi chez Lauren DeFilippo, elle sent que la distance n’est pas seulement présente sur ce terrain qui fait office d’église, il est aussi présent dans la société en général : « Ce que j’ai réalisé en faisant ce film […] c’est que nous sommes tous assis, isolés dans nos propres expériences, en nous questionnant pourquoi nous avons tant de difficultés à connecter avec le monde et les gens autour de nous ». Ce raisonnement lui est apparu au moment où le révérend offre un sermon sur la relation malsaine et l’effet de division que la technologie crée chez les gens.

Religion aux États-Unis

Qu’est-ce qui explique que ce type de service est désiré de la population floridienne ? La réalisatrice explique, dans une entrevue, que les gens qui s’y rendent sont pris avec des difficultés de mobilités, d’autres veulent être accompagnés par leurs animaux et certains préfèrent la privacité qui est liée au fait de rester dans sa voiture : « peu importe leurs raisons, ils cherchent tous une forme de confort et de force d’une manière ou d’une autre ». Fait intéressant, cette église offre ce service depuis 1953. Évidemment, la religion occupe une place importante aux États-Unis.

Selon deux études de la Pew Research Center : « 42% des gens estiment que la religion occupe une place importante dans leurs vies » et « 64% des Américains, incluant les enfants, sont chrétiens ». Pour lire ces études : https://www.pewresearch.org/religion/2022/09/13/modeling-the-future-of-religion-in-america/ et https://www.pewresearch.org/short-reads/2024/08/09/where-is-the-most-religious-place-in-the-world/. Trouvons notre méthode absurde qui nous permet de nous rapprocher les uns des autres.